Les Mots est un récit autobiographique écrit par Jean-Paul Sartre, publié en 1964. Dans ce livre, Sartre raconte ses premières années de vie, depuis sa naissance jusqu’à l’adolescence, en se concentrant particulièrement sur son rapport aux mots et à la littérature. Ce texte n’est pas une autobiographie traditionnelle dans le sens où il ne se contente pas de retracer des événements chronologiques, mais il explore plutôt les racines de son rapport à l’écrit, à la lecture, et à la pensée. Sartre y réfléchit sur sa propre formation intellectuelle et la manière dont il s’est forgé à travers les mots et les écrits. Il s'agit à la fois d’une introspection sur la construction de l'écrivain et d'une analyse des mécanismes sociaux et familiaux qui ont façonné son existence.
Bien que Les Mots ne soit pas une œuvre théâtrale, il est possible de décrire la structure du récit de manière similaire, en divisant le texte selon les grands thèmes abordés et les moments clés.
Le début de la lecture Sartre commence par parler de son enfance, de son rapport aux livres et à la lecture. Il se souvient de sa relation avec sa mère et de son père, un homme qu'il n’a jamais connu, mort alors qu’il était encore un bébé. Ce manque de figure paternelle marquera son enfance, mais il le compensera par sa passion pour les mots et les livres. Très tôt, il découvre que la lecture est une source de pouvoir et de plaisir, mais aussi d'isolement. Il raconte comment, dès son plus jeune âge, il a pris conscience de l’importance des livres pour son développement intellectuel, et comment ils sont devenus pour lui un refuge.
La prise de conscience des mots Sartre explore dans cette partie l’impact de la lecture sur son imagination et sa manière de voir le monde. La littérature devient pour lui une sorte de magie, capable de transformer la réalité et d’introduire un monde parallèle. Les mots deviennent un moyen de comprendre et d'interpréter la réalité. Il évoque également l'importance du langage dans sa vie familiale, notamment la place centrale qu'il occupe dans ses relations avec sa mère et les autres membres de sa famille.
La quête de la reconnaissance À mesure qu'il grandit, Sartre ressent une forte pression à se conformer aux attentes des autres, notamment de sa mère, qui voit en lui un enfant prodige. Mais pour Sartre, cette reconnaissance extérieure est en quelque sorte un piège. Il devient obsédé par la nécessité de briller et de se faire reconnaître par l'extérieur. Les mots, qui étaient au départ un refuge, deviennent un instrument de pouvoir qu’il utilise pour forger son identité.
Le rôle de la littérature et du don d'écrire Sartre se livre à une réflexion sur la manière dont il est devenu écrivain. Il distingue l'écriture des simples jeux de mots en soulignant que les mots ont pour lui une fonction plus profonde et existentielle. La littérature devient un moyen d'exister pour Sartre, mais elle est également marquée par le doute et la culpabilité, car il se rend compte que ce besoin d'écrire est lié à une certaine forme de vanité et d'égoïsme. Il évoque aussi ses premiers essais littéraires et le poids qu'il a ressenti vis-à-vis de son héritage intellectuel.
L'isolement du penseur En grandissant, Sartre se sent de plus en plus isolé dans son rapport aux mots. L’écriture devient alors une forme de révolte contre la société et contre l’illusion d’une existence préfabriquée. Sartre raconte comment il a cherché à se libérer de cette pression familiale et sociale en inventant des fictions et des personnages, qui lui permettent de se distancier du monde réel.
La relation avec sa mère Un thème majeur du livre est la relation de Sartre avec sa mère, qu’il présente comme une figure dominante dans sa vie. Son rapport à sa mère est ambivalent : d’un côté, il la considère comme une figure aimante et dévouée, mais d’un autre côté, il lui en veut de l’avoir maintenu dans une position d’enfant trop longtemps. Elle est une figure qui le pousse à s’investir dans l’écriture, mais de manière aliénante. Sartre ressent constamment une forme d’angoisse et de culpabilité par rapport à sa mère, qui semble toujours vouloir qu'il devienne quelque chose de grand, tout en le maintenant dans une dépendance psychologique.
Le manque du père Le manque du père, qui est décédé très tôt, est également un thème central dans Les Mots. Sartre ne connaît son père que par les récits et l’image qu’en donne sa mère, et ce manque paternelle laisse une empreinte dans son rapport à l'autorité et à la figure du père. Sartre décrit une sorte de lutte intérieure pour se libérer de l’ombre de ce père absent, tout en cherchant à le retrouver à travers les livres et les récits familiaux.
La prise de conscience de la liberté La lecture et l’écriture, au fur et à mesure, deviennent pour Sartre des moyens de comprendre sa propre liberté. Cependant, cette liberté n’est pas simplement un plaisir. Au contraire, elle est marquée par une forme de culpabilité, car Sartre comprend qu’écrire et penser de manière indépendante signifie aussi se libérer de toutes les attentes sociales et familiales. C’est une liberté qui vient avec une lourde responsabilité et un sentiment d’isolement.
Le dilemme du choix et de la responsabilité Sartre analyse son évolution intellectuelle et ses premiers choix en tant qu’écrivain. Il reconnaît qu’il a souvent agi par conformisme ou par désir de plaire, mais il prend aussi conscience que l’écriture, pour lui, doit être une voie vers l’autonomie. Ce moment de réflexion sur son engagement artistique et philosophique marque un tournant dans son parcours.
Jean-Paul Sartre (le narrateur) Sartre est le personnage principal de l'autobiographie. À travers lui, l’auteur explore son propre parcours de vie, ses relations familiales, et sa prise de conscience du pouvoir des mots. Il est un jeune homme en quête d’identité, cherchant sa place entre ses aspirations intellectuelles et les attentes sociales qui pèsent sur lui.
La mère de Sartre La mère de Sartre joue un rôle crucial dans l’œuvre, en tant que figure protectrice mais aussi écrasante. Elle est une source constante d’affection, mais son amour semble limiter la liberté de Sartre et l’empêcher de se libérer de la dépendance. Elle représente aussi une figure de transmission culturelle, bien qu’ayant un pouvoir trop fort sur la vie de son fils.
Le père (absent) Bien que le père de Sartre soit mort lorsqu’il était encore très jeune, sa présence symbolique se fait sentir tout au long de l’ouvrage. Sartre projette sur lui des images contradictoires de faiblesse et de grandeur, et son absence crée un vide que Sartre tente de combler par l'écriture.
Les livres et les écrivains Les livres jouent un rôle clé dans la formation de Sartre. De nombreux écrivains et auteurs, dont Victor Hugo, Flaubert, et Maupassant, sont des figures marquantes qui influencent son développement intellectuel et littéraire. L’écriture est pour Sartre une rencontre avec des pensées extérieures qui façonnent sa vision du monde.
Les Mots est une œuvre introspective qui mêle autobiographie et réflexion philosophique. Jean-Paul Sartre y aborde la manière dont il est devenu écrivain, en montrant l'importance des mots et de la lecture dans sa formation intellectuelle et personnelle. Le texte dévoile les luttes intérieures de l’auteur, entre la pression familiale, la recherche de l’autonomie et la quête de sens à travers l’écriture. Sartre y expose son rapport à la liberté, à la culpabilité, et à la révolte, tout en analysant le rôle des mots dans la construction de l’identité individuelle. C’est une œuvre où se mêlent émotion, réflexion et auto-analyse, offrant au lecteur un aperçu profond sur la manière dont un écrivain se forge à travers ses premiers rapports avec la littérature et son environnement familial.