Arthur Rimbaud
Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, – heureux comme avec une femme.
Mars 1870
Arthur Rimbaud, Poésies
Dans Sensation, Rimbaud exprime une communion intime avec la nature à travers les sensations du corps et de l’âme. Le poème décrit une promenade solitaire par les champs pendant les soirs d’été. Le poète se laisse envahir par la fraîcheur de l’herbe, le vent et les blés, sans pensée ni parole, ce qui lui permet de ressentir un amour infini et une liberté absolue.
Le texte combine plaisir sensoriel, lyrisme et quête d’harmonie avec le monde naturel, évoquant une extase poétique simple mais profonde, où la nature devient à la fois lieu d’évasion et d’émotion. La dernière comparaison, « heureux comme avec une femme », souligne la fusion sensuelle et spirituelle avec le monde.
Lyrique de la nature :
Rimbaud met en avant la nature comme un lieu de refuge et d’intimité.
Le poème est traversé par le ressenti sensoriel : le toucher (« picoté par les blés »), la sensation de fraîcheur et le vent.
Éveil des sens et corps :
Le narrateur laisse son corps ressentir pleinement les éléments, ce qui traduit le caractère sensuel du poème, mais de manière subtile et pure.
Silence et méditation :
L’absence de parole et de pensée (« Je ne parlerai pas, je ne penserai rien ») traduit une expérience méditative et contemplative.
Musicalité et rythme :
Les rimes et le rythme fluide créent une mélodie douce, qui accompagne la sensation de calme et d’harmonie.
L’alternance des vers courts et longs rythme la promenade.
Figures de style et comparaisons :
Métaphore : l’amour infini comme une force universelle qui monte dans l’âme.
Comparaison finale : « heureux comme avec une femme » qui fusionne la nature et le plaisir charnel ou spirituel.
Champ lexical de la nature : « herbe », « blés », « vent », « sentiers » pour immerger le lecteur dans le paysage.
Sensation, extrait des Poésies de 1870 d’Arthur Rimbaud, est un poème du XIXe siècle appartenant au courant symboliste et précoce du jeune Rimbaud. Il explore la fusion du corps et de la nature, le lyrisme sensoriel et la liberté de l’expérience poétique. L’analyse s’articulera autour de trois axes : la relation au paysage et aux sensations, l’expérience intime et méditative, et la musicalité et figures poétiques.
De « Par les soirs bleus d’été… » à « fouler l’herbe menue » – Découverte sensorielle
Le poète décrit son contact immédiat avec la nature : « picoté par les blés » et « fouler l’herbe menue ». La précision des sensations traduit un réalisme sensoriel, proche de la peinture impressionniste en mots. L’adjectif « bleu » et la couleur des soirs ajoutent une dimension esthétique et visuelle.
De « Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur… » à « Je laisserai le vent baigner ma tête nue » – Fusion avec la nature
Le narrateur devient totalement absorbé par le paysage, son corps et son esprit s’unissent à l’environnement : « la fraîcheur à mes pieds » et « le vent baigner ma tête nue ». L’absence de parole (« Je ne parlerai pas ») et de pensée crée une sensation d’extase pure et contemplative.
De « Mais l’amour infini… » à « Par la Nature, – heureux comme avec une femme » – Intensité lyrique et comparaison
L’élévation spirituelle et sensuelle se concrétise par la métaphore de l’amour infini. La comparaison finale (« heureux comme avec une femme ») conjugue nature et plaisir sensuel, sans sexualité explicite, pour traduire une joie universelle et charnelle.
Le poème illustre la quête d’harmonie, de liberté et d’extase par l’expérience du corps et des sens.
Sensation illustre parfaitement le lyrisme sensoriel de Rimbaud, où le corps, les sens et l’âme s’unissent à la nature pour créer une expérience poétique intense. Par l’observation minutieuse, la musicalité des vers et l’utilisation de métaphores et comparaisons, le poète transmet un bonheur pur et méditatif, préfigurant le symbolisme et la modernité poétique. Le poème célèbre ainsi la fusion du plaisir sensoriel et de l’émotion spirituelle, typique de la poésie rimbaldienne.