Dom Juan ou le Festin de Pierre est une comédie en prose en cinq actes, créée en 1665. Pourtant, dès qu’on la lit ou qu’on la voit, on comprend qu’elle dépasse largement la comédie traditionnelle. Elle mêle le rire, la provocation, la réflexion philosophique et même le tragique.
👉 Molière reprend ici le mythe européen de Don Juan, celui du libertin séducteur et impie, mais il en fait une œuvre profondément moderne, où la question centrale n’est pas seulement la morale, mais la liberté humaine, le refus des règles et le rapport à Dieu, à la société et aux autres.
(À apprendre intelligemment : comprendre la logique de chaque acte)
L’œuvre s’ouvre sur une scène célèbre : l’éloge du tabac prononcé par Sganarelle. Cette tirade comique crée un effet de décalage, mais elle annonce déjà le ton de la pièce : mélange de sérieux et de burlesque.
Sganarelle discute ensuite avec Gusman, le serviteur de Done Elvire. Il dresse un portrait terrifiant de son maître, Dom Juan : inconstant, mécréant, séducteur sans scrupule.
➡️ Avant même d’apparaître, Dom Juan est présenté comme un danger moral.
Lorsque Dom Juan entre en scène, il expose clairement sa philosophie : pour lui, la fidélité est une absurdité, et aimer une seule femme serait renoncer à la liberté. Il revendique une vision du monde fondée sur le plaisir et le changement constant.
Done Elvire arrive alors pour lui demander des comptes : Dom Juan l’a épousée après l’avoir fait sortir d’un couvent… puis l’a abandonnée. Il lui répond avec un cynisme glacial et la renvoie sans remords.
👉 Fin de l’acte : Dom Juan apparaît comme un homme brillant, mais moralement inquiétant.
L’action se déplace à la campagne, près de la mer. Pierrot raconte comment il a sauvé Dom Juan et Sganarelle de la noyade. Cette scène introduit un comique populaire, très contrasté avec le cynisme aristocratique de Dom Juan.
Dom Juan rencontre deux paysannes, Charlotte et Mathurine, et leur promet à toutes les deux le mariage, séparément. Il manipule leurs paroles, joue sur leurs sentiments et crée volontairement la confusion.
➡️ Cette scène est essentielle : elle montre Dom Juan en action, utilisant le langage comme une arme.
Lorsque les deux jeunes femmes se retrouvent face à face, Dom Juan parvient à les calmer sans jamais se contredire clairement. Mais la menace approche : ses ennemis le recherchent. Il doit fuir.
👉 Fin de l’acte : Dom Juan est un maître de la parole, mais toujours en fuite.
Dans la forêt, Dom Juan et Sganarelle discutent de médecine et de religion. Dom Juan affiche un libertinage intellectuel : il ne croit ni en Dieu ni aux dogmes.
Ils rencontrent un pauvre (Francisque). Dom Juan tente de le faire blasphémer en échange d’argent. Le pauvre refuse, ce qui met en évidence un contraste fort entre la foi humble et l’arrogance du libertin.
Dom Juan sauve ensuite Dom Carlos, l’un des frères de Done Elvire. Par reconnaissance, celui-ci accepte de différer sa vengeance.
Enfin, moment clé ⚠️ : Dom Juan arrive devant la statue du Commandeur, qu’il a tué auparavant. Par défi, il invite la statue à dîner.
➡️ La statue acquiesce.
👉 Fin de l’acte : le surnaturel entre dans la pièce. Le châtiment devient possible.
De retour chez lui, Dom Juan est interrompu sans cesse avant son dîner.
D’abord, Monsieur Dimanche, un créancier, qu’il ridiculise par une avalanche de politesses hypocrites.
Puis son père, Dom Louis, qui lui fait un long discours moral. Dom Juan l’écoute avec froideur et mépris.
Enfin, Done Elvire, désormais vêtue en pénitente, qui l’avertit du courroux divin et tente de sauver son âme.
Dom Juan reste inflexible.
La statue du Commandeur arrive finalement et invite Dom Juan à dîner le lendemain. Dom Juan accepte, sans peur.
👉 Fin de l’acte : tous les avertissements ont été donnés.
Dom Juan annonce soudain à son père qu’il s’est converti. Son père est bouleversé de joie.
Mais Dom Juan avoue aussitôt à Sganarelle que cette conversion est une pure stratégie : il fait l’éloge de l’hypocrisie comme outil social.
Un spectre apparaît et lui offre une dernière chance de se repentir. Dom Juan refuse.
La statue du Commandeur revient, saisit la main de Dom Juan, qui est englouti par les flammes de la terre.
Sganarelle reste seul sur scène, pleurant non la mort de son maître, mais la perte de ses gages.
👉 Fin brutale, spectaculaire, sans rédemption.
Personnage
Rôle et signification
Dom Juan
Libertin, séducteur, esprit fort, symbole de la révolte contre Dieu et la société
Sganarelle
Valet comique, peureux, voix de la morale populaire
Done Elvire
Femme trahie, figure de la conscience et de l’avertissement
Dom Louis
Père autoritaire, représentant de l’ordre social
Dom Carlos & Dom Alonse
Honneur familial et vengeance
Charlotte & Mathurine
Victimes naïves de la séduction
Pierrot
Comique paysan, contraste social
Le Pauvre
Foi sincère et humilité
La Statue du Commandeur
Justice divine, châtiment inévitable