Arthur Rimbaud
Dans la salle à manger brune, que parfumait
Une odeur de vernis et de fruits, à mon aise
Je ramassais un plat de je ne sais quel met
Belge, et je m’épatais dans mon immense chaise.
En mangeant, j’écoutais l’horloge, – heureux et coi.
La cuisine s’ouvrit avec une bouffée,
– Et la servante vint, je ne sais pas pourquoi,
Fichu moitié défait, malinement coiffée
Et, tout en promenant son petit doigt tremblant
Sur sa joue, un velours de pêche rose et blanc,
En faisant, de sa lèvre enfantine, une moue,
Elle arrangeait les plats, près de moi, pour m’aiser ;
– Puis, comme ça, – bien sûr, pour avoir un baiser, –
Tout bas : » Sens donc, j’ai pris ‘une’ froid sur la joue… «
Arthur Rimbaud, Poésies
Le poème décrit une scène de repas intime et sensuelle dans un intérieur bourgeois :
Le narrateur est assis à son aise, mangeant dans la salle à manger, qui sent le vernis et les fruits.
Il se sent confortable et admiratif de son environnement, observant la salle et son repas.
Une servante entre, d’apparence enfantine et malicieuse, avec un fichu mal mis et une coiffure coquette.
Par ses gestes subtils et sa moue charmante, elle attire l’attention du narrateur et crée une atmosphère de flirt innocent et de sensualité légère.
Le poème joue sur l’observation, la sensation et le jeu de séduction.
Le cadre bourgeois et sensoriel
La salle à manger est décrite par ses odeurs et objets : « parfumait une odeur de vernis et de fruits ».
Le poème valorise le confort et le luxe discret, renforçant l’atmosphère de sécurité et de plaisir.
La figure de la servante et la séduction innocente
La servante est décrite avec des gestes précis et enfantins : « petit doigt tremblant », « lèvre enfantine », « moue ».
La sensualité est présente mais délicate et suggestive, jouant sur le jeu des regards et des gestes, plutôt que sur la nudité.
Le plaisir des sens et le quotidien transformé en poésie
La nourriture (« plat de je ne sais quel met belge ») et l’ameublement sont poétisés par la perception du narrateur.
Le poème exalte les petits plaisirs de la vie, typique de Rimbaud dans ses poèmes de l’adolescence et de l’éveil des sens.
Le mélange d’émerveillement et d’érotisme léger
L’attention portée à la servante transforme un moment banal en scène poétique.
La phrase finale (« Sens donc, j’ai pris ‘une’ froid sur la joue… ») introduit un jeu de séduction implicite, suggérant une interaction intime et malicieuse.
Adjectifs sensoriels et suggestifs : « brune », « velours de pêche rose et blanc », « immense chaise » → créent une atmosphère tactile et visuelle.
Hyperbole légère : « immense chaise » → souligne la présence du narrateur et son confort.
Allitérations et assonances : sons doux et chantants qui renforcent la musicalité et la délicatesse de la scène.
Gestes et attitudes personnifiés : « petit doigt tremblant », « lèvre enfantine », « moue » → la servante devient une figure vivante et poétique, plus qu’un simple personnage.
Suggestion et érotisme discret : l’usage du « bien sûr, pour avoir un baiser » → subtil jeu de flirt, typique du réalisme poétique adolescent de Rimbaud.
« Dans la salle à manger brune, que parfumait / Une odeur de vernis et de fruits, à mon aise / Je ramassais un plat de je ne sais quel met / Belge, et je m’épatais dans mon immense chaise. »
Analyse : introduction réaliste et sensorielle, description précise du lieu et du repas.
Effet : le narrateur est installé dans un confort bourgeois, qui permet à la poésie de s’épanouir dans le quotidien.
« La cuisine s’ouvrit avec une bouffée, / – Et la servante vint, je ne sais pas pourquoi, / Fichu moitié défait, malinement coiffée »
Analyse : la servante apparaît de manière soudaine et charmante, avec des détails physiques précis.
Figures : adjectifs « malinement coiffée » → souligne sa malice et son charme naturel.
« Et, tout en promenant son petit doigt tremblant / Sur sa joue, un velours de pêche rose et blanc, / En faisant, de sa lèvre enfantine, une moue »
Analyse : attention aux gestes et détails corporels, qui créent une séduction innocente mais sensible.
Figures : métaphore tactile (« velours de pêche »), synecdoque (« petit doigt ») → détail innocent mais sensuel.
« Elle arrangeait les plats, près de moi, pour m’aiser ; / – Puis, comme ça, – bien sûr, pour avoir un baiser, – / Tout bas : ‘Sens donc, j’ai pris ‘une’ froid sur la joue…’ »
Analyse : interaction finale, poème se conclut sur un jeu de séduction implicite, renforçant le thème de l’innocence sensuelle.
Figures : dialogue direct → rapproche le lecteur du narrateur et de la scène.
La Maline est un poème réaliste et sensuel, où Rimbaud transforme une scène quotidienne en moment poétique.
Il valorise les sens, la lumière, le confort et le charme féminin.
L’érotisme est subtil et suggéré, par les gestes et le langage corporel de la servante.
Le poème montre l’admiration du jeune Rimbaud pour la vie et les plaisirs simples, tout en initiant une réflexion sur la séduction et le désir léger.