Que mon fils ait perdu sa dépouille mortelle,
Ce fils qui fut si brave, et que j'aimai si fort,
Je ne l'impute point à l'injure du sort,
Puis que finir à l'homme est chose naturelle.
Mais que de deux marauds la surprise infidèle
Ait terminé ses jours d'une tragique mort,
En cela ma douleur n'a point de réconfort,
Et tous mes sentiments sont d'accord avec elle.
Ô mon Dieu, mon Sauveur, puis que par la raison
Le trouble de mon âme étant sans guérison,
Le voeu de la vengeance est un vceu légitime,
Fais que de ton appui je sois fortifié :
Ta justice t'en prie, et les auteurs du crime
Sont fils de ces bourreaux qui t'ont crucifié.
Commentaire composé de "Sur la mort de son fils" par Malherbe
Le poème "Sur la mort de son fils" de François de Malherbe exprime la profonde douleur du poète après la perte tragique de son fils, tué par des marauds. Ce poème est une œuvre à la fois de lamentation personnelle et de réflexion philosophique sur la mort, la justice divine et la vengeance. À travers ce texte, Malherbe nous livre ses sentiments de désespoir et de révolte face à une mort qu’il juge injuste, tout en interrogeant la nature de la souffrance humaine et la nécessité de faire face à l’injustice avec la force de la foi.
Le poème commence par une réflexion sur la mort en général : "Que mon fils ait perdu sa dépouille mortelle, / Ce fils qui fut si brave, et que j'aimai si fort", et immédiatement, Malherbe se veut apaisé et résigné face à la fin inéluctable de l’existence humaine. La mort de son fils est d’abord présentée comme une fin naturelle, quelque chose de commun à tous les hommes : "Finir à l’homme est chose naturelle." Cette idée de la mort comme un passage inévitable et universel est une tentative de rationaliser la souffrance et de trouver un réconfort dans l’acceptation du destin.
Cependant, très rapidement, Malherbe se détourne de cette vision apaisée lorsque la cause de la mort de son fils est révélée. La douleur devient alors plus aiguë, car il apprend que son fils est mort de manière violente, tué par des "deux marauds" qui l’ont "surpris" et "infidèlement" tué. Cette brutalité, cette injustice, est pour Malherbe un choc émotionnel insupportable : "En cela ma douleur n'a point de réconfort". Le poète nous montre ici que la douleur liée à une mort naturelle peut être atténuée par l'acceptation du destin, mais la perte d’un enfant de manière violente, injuste et prématurée est une souffrance difficile à surmonter, d’autant plus quand elle semble être un acte gratuit et cruel.
L’intensité du chagrin de Malherbe se double d’un sentiment de révolte face à cette mort violente et injuste. Le poème s’intensifie avec l’expression de la colère et du désir de vengeance, non seulement personnelle mais aussi morale. Le poète se tourne alors vers Dieu, en lui adressant un cri de désespoir et de requête : "Ô mon Dieu, mon Sauveur, puis que par la raison / Le trouble de mon âme étant sans guérison, / Le vœu de la vengeance est un vœu légitime." Cette prière montre à quel point Malherbe se sent accablé par l’injustice, et qu’il cherche dans sa foi une forme de consolation, mais aussi de justice. Le vœu de vengeance est légitimé par la douleur profonde du père et par la nature même de l'injustice qu’il ressent, comme s’il n’y avait aucune autre voie pour soulager son âme que la justice divine.
Cette quête de justice s’enracine dans la conviction de Malherbe que Dieu seul peut redresser cette injustice, et que seule la force divine est capable de restaurer l’ordre. Dans ce contexte, la figure de Dieu devient celle d’un soutien moral et de l’auteur de la justice : "Fais que de ton appui je sois fortifié". Ce vœu de vengeance n’est pas seulement un cri de douleur, mais aussi une demande d’aide spirituelle pour que le poète trouve la force de supporter cette injustice.
La dernière strophe du poème prend une tournure profondément religieuse et symbolique. Malherbe se réfère à la crucifixion de Jésus-Christ, en comparant les meurtriers de son fils à ceux qui ont crucifié le Christ : "Ta justice t'en prie, et les auteurs du crime / Sont fils de ces bourreaux qui t'ont crucifié." En mettant les auteurs du crime de son fils sur le même plan que les bourreaux de Jésus, Malherbe leur confère une dimension de malice universelle et de péché profond. Cela implique que l'injustice et la violence qui frappent son fils sont des actes de grande gravité morale, comparables à l’acte de crucifier le Christ.
Cette référence biblique montre que, pour Malherbe, la mort de son fils ne se limite pas à un malheur individuel, mais s’inscrit dans un cadre spirituel plus large, celui de la lutte entre le bien et le mal. Le poème devient ainsi une quête non seulement pour la vengeance mais aussi pour un rétablissement de l'ordre moral, car il suggère que les bourreaux de son fils sont aussi responsables d’une offense divine.
Sur la mort de son fils est un poème poignant qui va bien au-delà de la simple lamentation. Il mêle douleur personnelle et réflexion philosophique sur la mort, la souffrance et la justice divine. Malherbe, dans son désespoir, se tourne vers Dieu à la recherche de réconfort et de justice, tout en exprimant une forme de révolte face à l’injustice de la perte de son fils. Le poème met en lumière l’impossibilité d’accepter une telle souffrance sans un soutien spirituel et le désir de voir une réparation morale, sous forme de vengeance divine. Ainsi, il combine la dimension humaine de la douleur avec la dimension spirituelle de la justice, donnant au texte une profondeur à la fois personnelle et universelle.