Les trois stèles blanches du Commonwealth attirent le regard. Loin de leur terre natale, qui sont ces soldats britanniques reposant côte à côte au beau milieu du bocage normand ?
Leurs noms sont gravés dans la pierre calcaire : le soldat Alexander Gray des Gordon Highlanders, le fusilier Alfred Crozier des Royal Northumberland Fusiliers, et le caporal suppléant Charles Hadley des Royal Engineers. Tous trois appartiennent ou sont rattachés à la vaillante 51ᵉ division d’infanterie britannique, la célèbre division « Highland ».
Pour comprendre leur présence ici, il faut remonter aux heures sombres de juin 1940. Dès le 5 juin, les blindés allemands percent la Somme. La division Highland et le 9ᵉ corps d’armée français entament alors une course désespérée vers le sud et l'ouest, espérant franchir la Seine ou rejoindre Le Havre. Mais la progression fulgurante de la 7ᵉ Panzerdivision d’Erwin Rommel pulvérise leurs espoirs : la route de Rouen est coupée dès les 8 et 9 juin, et les panzers atteignent la mer à Veules-les-Roses au soir du 10 juin. L'étau se referme brutalement sur le pays de Caux.
Sur le terrain, la lutte est sans merci. Le 10 juin, les fantassins des Gordon Highlanders livrent de rudes combats d’arrière-garde pour freiner l'ennemi motorisé, tandis que la route du Havre se verrouille définitivement. Les mitrailleurs des Royal Northumberland Fusiliers, déployés aux carrefours clés, s'accrochent pour couvrir les replis au prix de pertes sévères. Quant aux sapeurs de la 213ᵉ compagnie des Royal Engineers, ils minent ponts, voies ferrées et dépôts à la hâte pour enrayer l'avancée allemande.
Tandis que le piège final se referme sur Saint-Valery-en-Caux — où la division capitule le 12 juin après d'intenses bombardements et sans possibilité d'évacuation navale —, Gray, Crozier et Hadley ne connaissent pas l'enfer de cette dernière poche. Située au nord de Rouen, sur l'axe entre Neufchâtel-en-Bray, Cailly et la forêt de Bellencombre, la commune de Claville-Motteville se trouve directement sur la ligne de repli et d'accrochage.
Faisaient-ils partie de détachements isolés et coupés du gros des troupes lors du rush allemand ? Ou étaient-ils des blessés acheminés vers des postes de secours locaux avant de succomber entre le 11 et le 15 juin 1940 ? Si l’Histoire garde encore une part de leur mystère, leurs trois stèles témoignent à jamais de leur sacrifice partagé dans la tourmente normande.