Où loger dignement le desservant d'une paroisse rurale quand les toits tombent en ruine ? Au début du XIXᵉ siècle, la question du presbytère tourne au véritable casse-tête à Claville-Motteville.
À l’origine, les prêtres résidaient dans une ancienne maison vicariale. Mais dès l'époque de l'abbé Gauvain, le logis est déserté : l'abbé Delamare, doyen de Clères, le juge indigne d'un ministre du culte, estimant la bâtisse bien inférieure aux bâtiments de basse-cour du château voisin ! Les curés successifs sont alors relogés dans une maison située près du calvaire — lieu qui deviendra plus tard l'école des filles. Mais ce refuge reste d'un confort des plus rudimentaires.
Dans les années 1830, l'abbé Désiré Capron décide de prendre le taureau par les cornes. Bon cavalier, infatigable au guidon de sa monture, il se rend en personne à Motteville pour interpeller le comte de Germiny sur l'état indécent de son habitation. Une incroyable méprise éclate alors : l'ancien châtelain, persuadé de s'être réservé la bâtisse lors de la vente de ses terres, conseille de la vendre pour financer une reconstruction. De son côté, le nouveau maître des lieux, Frédéric Letellier, pensait en être le propriétaire légitime ! Pour débloquer la situation, Letellier accepte finalement de racheter la maison pour deux mille et quelques cents francs. Le 1ᵉʳ janvier 1837, la fabrique acte officiellement l'urgence : un presbytère neuf doit voir le jour sur un terrain appartenant à l'église.
L’impulsion décisive vient de son successeur, l’abbé Louis Hyacinthe Petit. En 1840, une délibération capitale fait le choix de sacrifices radicaux pour réunir les fonds nécessaires. L'ancienne maison vicariale et son jardin sont cédés. À Gouville, le manoir presbytéral (qui mesurait 15 mètres sur 6 avec cour et jardin) est adjugé le 21 août 1841 à Vincent Drouin pour 2 730 francs, tandis que le cimetière part pour 395 francs.
L'emplacement du chantier est fixé sur le site même de l'ancienne maison vicariale démolie, à deux pas de l'église. Le coût total grimpe à 8 693,67 francs, selon les archives d'Émile Letellier. Face à une commune restée en retrait, le financement est un tour de force : la fabrique sacrifie environ 4 000 francs de biens et terrains, le comte de Germiny fait don de 2 000 francs (le produit de l'ancien logement racheté par Letellier), et Frédéric Letellier prend en main la direction des travaux tout en complétant le solde avec l'aide des châtelains locaux.
Quand les murs atteignent trois à quatre mètres de haut, l'abbé Petit est muté à Belbeuf. Après le court intermède de l'abbé Jouette en 1841-1842, c'est finalement l’abbé Louis Barthélémy Lieury qui inaugure ce presbytère flambant neuf dès son installation en juillet 1843. Un édifice dont l'abbé Cellier soulignera plus tard le principal atout : « sa grande proximité de l’église » !