Pour l’historien local, étudier le calendrier festif d'un village, c’est décrypter l’âme d’une communauté. Jusqu’au milieu du XXe siècle, à Mont-Cauvaire comme ailleurs en Normandie, le temps n’était pas une ligne droite mais un cycle immuable, rythmé par la foi chrétienne et les exigences de la terre.
Le cycle s'ouvre avec l'Épiphanie. En cette période de mort saison, les travaux des champs marquent le pas. C’est le temps de la sociabilité rurale : le maître partage la galette avec ses ouvriers. On y observe une coutume solidaire touchante : la « part à Dieu », réservée au pauvre de passage, rappelant que la fête ne saurait oublier l'indigent.
Vient ensuite la Choule, le dimanche précédant Mardi Gras. Sous l’impulsion de figures locales comme Placide Alexandre et le couple d'instituteurs Pruvel, cette fête mêlait culture populaire et jeux traditionnels. On y pratiquait le « Toton », jeu de dés où l'on pariait des noix. Fait notable : durant la Seconde Guerre mondiale, la Choule devint un acte de résistance civile, les bénéfices servant à l'envoi de colis aux prisonniers.
Le retour du printemps mobilise le sacré pour protéger les récoltes futures. Lors des Rogations, le curé et les fidèles arpentaient les sentiers dès l'aube pour bénir les cultures. Le jeudi de l'Ascension, la ferveur menait les paroissiens jusqu’à la chapelle de Bosc-Théroulde, point de ralliement des villages voisins.
La Pentecôte offrait une parenthèse singulière avec la « Fête du Léopard » au Collège de Normandie. C'était l'unique jour de l'année où les villageois franchissaient les grilles de l'institution pour assister à des démonstrations sportives (cricket, escrime), témoignant d'un brassage social éphémère mais marquant. Deux semaines plus tard, la Fête-Dieu transformait le village en sanctuaire avec ses reposoirs fleuris et ses processions solennelles.
L’été marquait la transition vers le civil. Le 14 juillet s'incarnait dans la liesse du bal populaire devant l'épicerie et la retraite aux flambeaux, avec une mention spéciale pour l'édition de 1945, où la célébration de la Victoire durait trois jours. Avant les moissons, la Fête des Prix célébrait la réussite scolaire, les enfants vendant le tilleul de la cour au profit de leur coopérative.
Enfin, le cycle se clôture en apothéose avec la Saint-Fiacre, dernier week-end d'août. Patron des jardiniers, Saint Fiacre reste l'emblème de Mont-Cauvaire. Cette fête, qui a survécu au temps, mêle encore aujourd'hui procession des offrandes (blé et fleurs) et réjouissances profanes (fête foraine, feu d'artifice).
Ces célébrations n'étaient pas de simples divertissements ; elles soudaient les générations, structuraient l'identité villageoise et rappelaient à chacun son appartenance à un terroir commun.