À Mont-Cauvaire, l’Histoire ne se contente pas de dormir sous le linceul des feuilles mortes ; elle se manifeste à travers les strates superposées des millénaires. Si la célèbre « Côte des Châteaux » attire l'œil par ses reliefs médiévaux, le sous-sol du plateau révèle une occupation bien plus ancienne, témoignant du passage des bâtisseurs romains et des guerriers francs.
Un carrefour stratégique depuis l'Antiquité Le site de la Côte des Châteaux constitue un point de guet privilégié, idéalement situé pour contrôler l'ancienne route reliant Dieppe au Neubourg. Dans ce secteur, les Romains laissent des traces tangibles de leur implantation. Les archéologues y retrouvent des meules, des statuettes et, surtout, d'abondantes monnaies de bronze et d'argent. Ces découvertes confirment la présence d'un castellum ou d'un camp de guet protégeant les voies de communication de la Seine-Inférieure.
Le trésor des cimetières francs C’est au XIXe siècle que le passé resurgit avec une intensité particulière. En 1816, Amédée Féret de Neuville met au jour un cimetière franc sur les hauteurs du Tot. Les richesses alors exhumées rejoignent les collections du musée de l’Abbaye de Jumièges.
En 1861, une nouvelle campagne de fouilles, signalée par l’abbé Cochet, livre un inventaire spectaculaire de la vie et de la mort au haut Moyen Âge. Les archéologues découvrent douze vases en terre noire et blanche, ainsi qu'un arsenal guerrier caractéristique : trois scramasaxes (sabres francs), sept couteaux de fer et divers accessoires de combat.
L'art du métal et de la parure La précision du travail des artisans de l'époque franque est remarquable. Les sépultures révèlent huit bandes de ceinturon en fer, trois en bronze, et des agrafes avec plaques ciselées. On y trouve également des parures délicates comme des fibules de bronze, des perles de verre et des ornements de ceinturon découpés à jour. Plus récemment, un autre trésor important est découvert fortuitement par M. de Vesly, complétant ce catalogue prestigieux.
Une continuité historique révélée par la science Aujourd'hui, la technologie LiDAR permet de situer ces vestiges dans leur contexte topographique. Elle confirme que les structures médiévales ultérieures ont souvent réutilisé ces emplacements stratégiques déjà occupés par les Gaulois et les Romains.
Entre les vallées du Cailly et de la Clérette, Mont-Cauvaire apparaît ainsi comme un véritable carrefour d'époques. Depuis les retranchements de ce qui fut un repaire d'hommes armés, le promeneur contemple le « grand chemin du devenir », où chaque objet exhumé raconte une page de la formation de la Normandie.