Le château d’eau en construction en 1957.
Hauteur de la tour : 30m - Cuve de 400m3
À Mont-Cauvaire, le paysage raconte une lutte séculaire contre la géologie. Perché sur un éperon étroit culminant à 175 mètres, entre les vallées du Cailly et de la Clérette, le village occupe une position de ligne de faîte où l’eau est, par nature, une ressource fuyante.
Le terroir mont-cauvairien subit d'importantes métamorphoses au fil des siècles. Longtemps dominé par l'assolement triennal (blé, avoine, trèfle), le plateau voit ses cultures reculer au profit des herbages plantés. Ce basculement s'opère en deux temps : vers 1870 autour du Fossé, puis entre 1895 et 1900 au hameau du Mesnil, sous l’impulsion de grands propriétaires comme M. Badin.
Aujourd’hui, la physionomie change encore. Les vergers de pommiers, autrefois emblématiques, disparaissent progressivement. Face à la mévente des fruits, les agriculteurs procèdent à l'arrachage des arbres, transformant les anciens clos normands en pâturages nus pour le cheptel bovin, qui compte désormais près de 700 têtes contre moins de 200 au XIXe siècle.
Sur ce plateau sec, la question de l’hydrologie est primordiale. Pendant des siècles, la survie dépend des mares, creusées pour recueillir les eaux de pluie. Chaque ferme possède la sienne, entretenue par des « cureux ». Cependant, avec l'apparition des toitures en ardoise, les citernes remplacent peu à peu les mares. En 1940, on en compte environ 80, tandis que les mares disparaissent ou s'assèchent.
Les tentatives pour trouver de l'eau en profondeur sont longtemps restées infructueuses ou précaires. Le Collège de Normandie tente un forage audacieux jusqu'à 240 mètres en 1902, mais doit l'abandonner en 1921 faute de débit suffisant. Durant des décennies, les agriculteurs n'ont d'autre choix que d'organiser d'exténuants charrois par chevaux depuis Tendos pour abreuver les bêtes.
Le véritable tournant survient après la Seconde Guerre mondiale. En 1956, la création d’un syndicat intercommunal permet enfin de réaliser un forage efficace au Grand-Tendos. Ce puits de 141 mètres de profondeur capte une nappe stable, capable de fournir près de 300 m³ par jour. Mont-Cauvaire reçoit l'eau courante entre 1958 et 1960, mettant fin à des siècles de dépendance aux caprices du ciel.
Ce progrès technique parachève la transformation du village : de plateau forestier de la « Sylveison » à terre d'élevage moderne, Mont-Cauvaire a su dompter son relief pour assurer son avenir.