Au sein du clos-masure de la ferme Raimbourg, la grange s'impose comme le témoin privilégié de l’âge d'or de la grande culture céréalière cauchoise. Indissociable de son voisin le cellier (dédié à la conservation du cidre), cet édifice traditionnel incarne un savoir-faire architectural séculaire, hérité du Moyen Âge et dicté par la nature environnante.
Pour résister au temps et à l'humidité du climat normand, la grange repose sur un solin de 60 à 80 centimètres de hauteur. Cette assise de silex et de grès protège de l'humidité la sablière basse, la grosse pièce de chêne qui soutient l'ossature en pans de bois (colombes).
Entre ces poteaux, les bâtisseurs d'autrefois ont tressé un treillis de jeunes pousses de châtaignier (les gaulettes) recouvert de torchis. Ce matériau local, isolant et respirant, était obtenu en malaxant longuement aux pieds de l'argile, de l'eau et de la paille. Pour parfaire l’ensemble, un badigeon à la chaux, issue des marnières locales, venait protéger les murs.
Le bâtiment est couronné d'un immense toit de chaume (paille de blé ou de seigle). La charpente présente une pente très raide et de grands débords de toit : l'eau de pluie est ainsi projetée loin des murs, rendant l'usage de gouttières inutile. À son sommet, le faîtage est traditionnellement scellé par un joint d’argile planté d’iris. Ces plantes, en absorbant l'excès d'eau, fixaient solidement la terre. L'achèvement de cette étape cruciale donnait lieu à une réjouissance populaire bien connue : « Le jour de faîte est jour de fête ».
La fonction de la grange était strictement rationalisée pour le traitement des céréales (blé, avoine, orge). Son espace intérieur se divise en deux zones majeures :
La battière (ou drèche) : Située au centre, cette aire au sol durci servait au battage des gerbes au fléau, ainsi qu'au vannage pour séparer le grain de la balle grâce aux courants d'air créés par les grandes portes en vis-à-vis.
Les culas (ou tas, tasseries) : Situés sur les côtés, ces espaces volumineux permettaient d'engranger et d'empiler les gerbes de la récolte à l'abri des intempéries avant leur traitement.
Au cours du XIXe siècle, l'adoption de la faux à la place de la faucille permet de couper les tiges plus près du sol. Le volume de paille explose, saturant l'espace intérieur des granges et contraignant les fermiers à dresser des meules en plein air. L'arrivée des batteuses mécaniques modifiera ensuite définitivement l’usage de la bâtisse, qui délaissera l'art du battage au fléau pour devenir un lieu de remisage pour ce nouveau matériel agricole mécanique.