L’histoire de Mont-Cauvaire au XXe siècle reste indissociable d'une figure singulière et rayonnante : l'abbé Louis Glatigny. Né en 1874 à Doudeville, ce fils du Pays de Caux porte en lui la finesse et la bonhomie de son terroir natal. Ordonné prêtre en 1898, il rejoint la commune en octobre 1908 pour assumer une double mission qui définit sa vie : aumônier du prestigieux Collège de Normandie et curé de la paroisse.
Pendant près de trente ans, Glatigny est l'âme du Collège. Esprit remarquablement cultivé et fin lettré, il contribue à établir cette atmosphère de confiance, de cordialité et de libéralisme qui fait le renom de l'établissement. Dans sa salle de classe, il insuffle une vie étonnante à ses leçons, disséquant les textes avec une ardeur et une fougue communicatives. Sa plume, aussi agile que sa parole, compose des sonnets d’une grande élévation morale ou des chansons pleines d'esprit pour les fêtes locales. Pour les collégiens, il est un guide dont on recherche les conseils bien après la fin des études.
L’abbé ne néglige jamais ses ouailles. Son origine rurale lui permet de comprendre et d'apprécier parfaitement l’âme paysanne de Mont-Cauvaire. Sa bonhomie souriante et son immense bonté lui conquièrent toutes les sympathies, bien au-delà des limites de la paroisse. Prêtre d’élite, il reste pourtant d’une grande modestie, refusant de quitter son « ermitage » pour des destins plus hauts, bien qu'il soit nommé chapelain d’honneur de la Métropole. Il s'attache également à l'embellissement de son église, y faisant installer quatre statues modelées par l'un de ses amis artistes pour orner la nef.
L’homme de foi sait aussi se faire serviteur de la Patrie. Lors de la Grande Guerre, il est mobilisé comme infirmier, prodiguant ses soins au Havre avec dévouement. De retour au village, il collabore étroitement avec le maire Placide Alexandre pour l'organisation des cérémonies du souvenir et l'inauguration du monument aux morts. Pour lui, l'union entre le Collège et la paroisse est une priorité constante.
La maladie finit par rattraper ce travailleur infatigable, qui doit quitter le collège en 1935. Il s'éteint le 16 mars 1938, au premier jour du printemps, un symbole pour cet homme qui aimait tant ses bois et son jardin. Son souvenir reste gravé comme un symbole de justice et de concorde.
Son tombeau dans le cimetière de Bonsecours perpétue la mémoire de celui qui fut, durant trois décennies, « l'ami de tous ».