La Seine-Maritime a vu naître de nombreux talents, mais peu incarnent aussi intimement l'âme et la poésie de notre région qu'Albert Malet. Né le 5 avril 1912 à Bosc-le-Hard, au sein d'une famille modeste de travailleurs agricoles, cet homme a su conjuguer deux vocations tout au long de sa vie : celle de transmettre le savoir aux enfants de la République et celle de capturer la beauté fugace des paysages de la Normandie. Décédé à Rouen le 4 septembre 1986, il laisse derrière lui une œuvre lumineuse qui s'inscrit dans la glorieuse continuité de l'École de Rouen.
Avant d'être le peintre reconnu que les galeries d'art célèbrent aujourd'hui, Albert Malet était avant tout un homme profondément ancré dans son territoire par son métier d'instituteur. Il a exercé dans plusieurs communes de notre région, marquant des générations d'élèves à Barentin, Petit-Quevilly, Limésy, ou encore à Claville-Motteville, un village où il a enseigné de 1947 à 1960. C'est d'ailleurs à Barentin qu'il épouse Christiane Mahieu, le 16 avril 1938. Homme de sciences et curieux de nature, il fut membre de la Société des amis des sciences naturelles et du muséum de Rouen. Son engagement éducatif de toute une vie lui valut également d'être fait Chevalier de l'ordre des Palmes académiques.
C'est en 1931 que sa trajectoire prend un tournant décisif lorsqu'il commence à peindre sous l'égide de son maître, l'illustre Robert Antoine Pinchon. Ce dernier, figure majeure de la deuxième génération de l'École de Rouen, l'initie à un style résolument postimpressionniste. Sous l'influence de Pinchon, Malet adopte une touche caractérisée par des couleurs vives, héritières des recherches stylistiques des peintres fauves. La première véritable reconnaissance locale de son talent survient en septembre 1941, peu avant la disparition de son mentor, lorsqu'il expose à la galerie Legrip à Rouen, un lieu historique réputé pour son soutien indéfectible aux peintres normands. Dès 1942, son talent rayonne bien au-delà de notre région : il expose en effet trois œuvres au prestigieux Salon de l'école française, au Palais de Tokyo à Paris.
Fidèle à ses racines, il participe très activement aux expositions de la Société des artistes rouennais. Albert Malet s'est rapidement imposé comme un véritable maître de la Vallée de la Seine, plantant son chevalet au hasard des itinéraires normands pour saisir avec subtilité la lumière si particulière qui fait vibrer les tons de nos paysages. Le critique d'art Gérald Schurr rappelait d'ailleurs la philosophie de vie et de création du peintre : « Tout voir, tout sentir : l'œuvre de l'artiste doit être impétueusement communicative ».
Mais l'héritage d'Albert Malet ne se limite pas à ses seules toiles. Faisant un magnifique écho à sa vocation d'enseignant, il a lui-même formé de nombreux peintres paysagistes, assurant ainsi la transmission, la continuité et la pérennité de l'École de Rouen. Aujourd'hui, son empreinte est toujours visible et célébrée dans notre quotidien. Pour honorer sa mémoire, des rues portent son nom à Barentin et à la résidence du Canada de Quincampoix-Fleuzy, tandis qu'une école de Limésy et une résidence de son enfance à Saint-Ouen-du-Breuil ont été baptisées en son honneur. Conformément à ses dernières volontés, le peintre repose à Claville-Motteville, cette commune normande où il a si longtemps exercé. Albert Malet demeure ainsi une figure incontournable de notre histoire locale, un passeur de couleurs qui a su immortaliser l'âme de notre territoire.