Jean-Pierre Blanchard, né en 1753 aux Andelys en Normandie, s’impose aujourd'hui comme l’une des figures les plus flamboyantes de l’histoire de l’aérostation. Ce fils d’artisan, autodidacte au génie mécanique précoce, commence sa carrière par des inventions audacieuses : à douze ans, il conçoit un piège à rats doté d’un pistolet, et à seize ans, il rallie Rouen sur un vélocipede de sa fabrication. Avant de se tourner vers les ballons, il tente de conquérir le ciel avec son « vaisseau volant », une machine à ailes battantes qui, hélas, ne quitte jamais le sol.
C'est l'invention des frères Montgolfier qui change son destin. Optant pour la puissance supérieure de l'hydrogène, Blanchard réalise son premier vol le 2 mars 1784 au Champ de Mars. Peu après, il s'illustre lors d'une ascension mémorable au départ de Rouen. C’est au cours de cette expédition qu'il effectue son atterrissage dans la plaine entre Claville et Ratiéville.
Blanchard acquiert une renommée mondiale le 7 janvier 1785. Accompagné du docteur américain John Jeffries, il réalise la première traversée de la Manche en ballon. Le voyage est dramatique : pour éviter de sombrer, les aéronautes doivent jeter tout leur lest, leurs instruments et même leurs vêtements, finissant la traversée en sous-vêtements avant de se poser dans la forêt de Felmores, près de Calais.
En 1793, Blanchard exporte son art aux États-Unis. Le 9 janvier, il s'élève depuis Philadelphie sous les yeux de George Washington et de quatre futurs présidents américains. Il transporte à son bord une lettre de recommandation présidentielle, créant ainsi le premier courrier aérien du pays. Fidèle à l'esprit des Lumières, il profite de ce vol de 46 minutes pour mener des expériences scientifiques sur la pression atmosphérique et le magnétisme.
Pionnier de la sécurité, Blanchard est aussi le premier à démontrer l'utilité du parachute, d'abord avec des animaux dès 1785, puis en sautant lui-même en 1793 pour échapper à la rupture de son ballon. Son incroyable carrière s'achève tragiquement après une crise cardiaque survenue lors de son soixantième vol au-dessus de La Haye en 1808. Il meurt en 1809 des suites de ses blessures. Sa veuve, Sophie Blanchard, reprendra ses activités, devenant la première femme aéronaute professionnelle avant de périr à son tour en plein vol en 1819.