Le domaine du Fossé tire probablement son nom d'une butte féodale à l'ouest, en amont du Tôt. Propriété de notables jusqu'à la fin du 19e siècle, il est occupé au 18e par Étienne Coignard, seigneur de Tournebus et du Fossé, secrétaire du roi. De son mariage avec Elisabeth de la Rive naissent trois enfants, dont l'aîné, David, sera seigneur du Rombosc. Jean Daliphard, propriétaire et maire de Mont-Cauvaire à la fin du 19e, restaure le château, de style directoire, connu sous le nom de « Château blanc». Edmond Spalikowski, écrivain et historien normand du début du 20e siècle, critique cette restauration, mais décrit avec admiration le pigeonnier octogonal à proximité.
Le dernier noble à occuper le domaine, Henri de Saint-Victor, le vend en 1900 à la Société du Collège de Normandie, créée par un groupe d'industriels rouennais en 1895. Le collège, inspiré par des méthodes anglaises, ouvre ses portes en 1902 avec sept élèves dans le château et son annexe. Sous l'impulsion de ses directeurs successifs, Joseph Duhamel puis Louis Dedet, le règlement repose sur la confiance et la responsabilité des élèves. Les murs et les grilles n’existent pas ; l’autorité est avant tout morale.
Sous la direction de M. Louis Dedet, le collège prospère jusqu'en 1934, nécessitant la construction de plusieurs bâtiments de briques : les Pommiers, les Tilleuls, les Lierres… et développant des infrastructures sportives et culturelles : une piscine réputée être la plus belle de France, plusieurs terrains de tennis, d’athlétisme et de sports collectifs, une salle d’armes, un théâtre…
Le livret d'accueil de 1908 précise que les élèves sont répartis en groupes dans des « Maisons » gérées par des professeurs mariés, favorisant un environnement familial. Le collège enseigne les programmes officiels, avec un accent sur les langues vivantes et le sport. En 1930, une chapelle due à l’architecte Pierre Chirol est érigée pour les cultes monothéistes.
Entre 1902 et 1972, plus de 2000 élèves ont fréquenté le Collège de Normandie, qui devint ainsi l’un des grands rendez-vous de la bourgeoisie et aristocratie française et étrangère. Après avoir obtenu leur baccalauréat, ces étudiants pouvaient intégrer les plus grandes écoles supérieures de France.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le domaine devient un hôpital militaire. Les élèves sont renvoyés chez eux en mai 1940 et le site est occupé par des troupes allemandes. En 1944, un chantier de construction d’une rampe de V1 se met en place. Le domaine est bombardé, et les Allemands détruisent les installations en août 1945.
À la Libération, le domaine n'est plus qu'un amas de ruines. Grâce à la ténacité des administrateurs et à l'action du maire Placide Alexandre, le collège finit par renaître en s’associant à l'École des Roches. Le collège rouvre en 1951 et ferme en 1972.
L'association médico-éducative rouennaise (AMER) achète le domaine en 1972 pour accueillir des enfants atteints de déficience mentale. L'établissement est nommé « centre Dominique Lefort » en l'honneur de la directrice décédée prématurément. En 1980, l'établissement obtient un agrément pour 120 enfants et adolescents. En 1983, le bâtiment « les Pommiers » est réhabilité pour accueillir des adultes. Un don d’une fondation anglaise permet d'ajouter un hébergement en 1986. En 2013, sont inaugurées la rénovation et l’extension « des Pommiers ».
Pour aller plus loin :
Le Collège de Normandie par Nathalie Duval (Etudes normandes)
Le Collège de Normandie - Recueil de présentation de 1908.pdf