Au cœur du clos-masure traditionnel de la ferme Raimbourg, le cellier se dresse comme un témoin majeur de l’architecture vernaculaire du Pays de Caux et de l'ingéniosité de nos ancêtres. Souvent associé à la grange dans l'organisation de la cour d'exploitation , ce bâtiment n'est pas une cave souterraine, mais une véritable « cave non enterrée ». Conçu pour braver les siècles, sa structure et son orientation répondent à un impératif unique : la maîtrise absolue de la fraîcheur.
Pour comprendre la remarquable efficacité thermique du cellier de la ferme Raimbourg, il faut analyser ses modes constructifs, qui font appel exclusivement aux matériaux glanés sur place.
Tout commence par le solin, un soubassement de pierres et de silex haut de 60 à 80 cm. Cette assise solide isole la sablière basse en chêne des remontées d'humidité. Au-dessus, l'ossature en pans de bois est constituée de poutres et de poteaux verticaux — les colombes. L'espace intermédiaire est comblé par un torchis de qualité, mélange d'argile locale, d'eau et de fibres végétales (paille de blé ou d'orge) malaxé aux pieds. Épaisses de 70 centimètres sur cet édifice, ces parois en torchis offrent un isolant thermique et humidifuge exceptionnel.
Pour couronner l'ensemble, une charpente à forte pente accueille un toit de chaume traditionnel en paille de seigle ou de blé. Les chevrons débordent largement afin de rejeter les eaux de pluie loin de la base, rendant les gouttières inutiles. Le faîtage, scellé par un joint d'argile tassée, accueille les traditionnels bulbes d’iris.
L'organisation architecturale du cellier obéit à des règles strictes:
L'orientation : Le bâtiment est idéalement positionné au nord pour fuir les rayons du soleil.
Les ouvertures : Les percements sont réduits au strict minimum afin de maintenir une température stable tout au long de l'année.
Grâce à ces dispositions, le cellier de la ferme Raimbourg offrait une atmosphère régulée, indispensable à sa fonction première : la conservation du cidre. Dans cette pénombre fraîche, le jus des pommes cauchoises pouvait fermenter lentement dans les fûts, à l'abri des variations climatiques extérieures.
Bâtisse de terre, de bois, de silex et de paille, ce cellier incarne l'autarcie et le savoir-faire des artisans d'autrefois, qui savaient plier les éléments naturels aux besoins de l'agriculture locale.