Elle permet d'abreuver les animaux de la ferme. En été, le camion à eau de 600 l. est rempli plusieurs fois par jour afin de remettre à niveau les abreuvoirs dans les herbages. Le remplissage s'effectue à l'aide d'un « pucheux », sorte de petit seau équipé d'un long manche. Au début des années 1950, un été très sec a provoqué l'asséchement de la mare. Pendant cette période, l'un des frères Raimbourg se rend quatre fois par jour à la source près de la cressonnière de Grand Tendos avec un cheval attelé au camion à eau.
L'eau de la mare sert aussi au trempage du marc de pommes.
Roland Raimbourg se souvient d'un été où la mare a été curée. La vase était transportée dans le tombereau appelé l’banneau en bordure des champs, route du Mesnil, pour y être épandue.
Dans les années 50 après la construction du château d’eau, les habitations sont progressivement desservies en eau potable. Pour alimenter la ferme, un col de cygne est installé à l'entrée de la cour.
La moisson terminée, vient le temps de s'occuper des pommes à cidre, dès l’automne. La famille Raimbourg se consacre au ramassage. Les trois frères munis de « vaules », grandes perches, font tomber les pommes. Roland, le plus souple, grimpe dans les arbres avec son « raiqueux », petite perche, pour locher les fruits du sommet des arbres. Mais il ne s'acharne pas sur les branches les plus hautes dont les fruits tomberont à la première tempête et régaleront les vaches. Denise, René et Maurice remplissent les seaux qu'ils vident ensuite dans des sacs en toile de jute qu'ils adossent au tronc des pommiers.
Les sacs de pommes sont transportés jusqu'au bâtiment appelé pressoir, puis vidés dans le « maqueux » ou broyeur. A l’origine, il est mu par un cheval qui en fait le tour.
Quand la rasière est bien remplie de ses 50 litres de pommes broyées, elle est renversée dans le pressoir.
Ce pressoir est constitué d'une faisselle, un fond en bois épais sur lequel repose un cadre à claire-voie pour laisser passer le jus.
Au centre de la faisselle est plantée une grosse vis qui permet, par serrage sur « les chouquets », pièces de bois croisées, de presser les 30 rasières de pommes broyées. Le pressoir est actionné à la force des bras. Roland se souvient que son frère René allait le soir redonner un tour de vis à la lumière d'une bougie. Le jus s'écoule dans le « r’ceveux », baquet dans lequel on puise avec un seau. Deux seaux accrochés au « porco », porte-cou sont emmenés au cellier près de la barrière et vidés dans les barriques. Le marc suffisamment pressé est récupéré dans un grand baquet ; arrosé de quelques seaux d'eau de la mare, il va servir à faire une deuxième pressée qui donnera une boisson pour la consommation quotidienne. Les 15 moissonneurs apprécieront ce cidre venu tout droit du cellier bien frais dans les pichets en terre cuite.
Les fûts de 600 litres et 1200 litres sont remplis à ras bords sans remettre la bonde afin que puisse s'écouler les déchets issus de la fermentation. Le jus de la première pressée sera mis en bouteilles 45 jours après la mise en barrique.
A l'automne, le bouilleur de cru installe son alambic dans la cour de la ferme. Il y restera deux mois afin de donner le temps à tous les ayants-droits du village de venir faire distiller leurs restes de cidre. Chacun apporte la quantité de bois nécessaire à la chauffe. La quantité de « goutte » produite doit être déclarée au service des impôts avant d'être transportée. Et gare à celui qui essaie de dissimuler une partie de la production car la « régie » veille munie de ses jumelles...
« Des meilleures variétés de pommes : Muscadet de Dieppe, Belle-Fille, Bédan Blanc, Grise …, sont extraits les meilleurs calvas. », fait remarquer Roland.
Dans les années 1950, le verger de la ferme est constitué de 400 pommiers jusqu'à ce qu'une prime de l'Etat soit offerte pour en supprimer une centaine, afin de lutter contre l’alcoolisme, et pour favoriser l’arboriculture fruitière.