Comme on peut le voir sur cette superposition de la situation actuelle (en bleu et orange) avec le cadastre napoléonien de 1825,
l'église et le presbytère (bati n° 206 et 203 ) se situaient à quelques mètres du chemin. Crédit : ADSM
Le hameau de Gouville, aujourd'hui rattaché à Claville-Motteville, cache les vestiges d'une autonomie paroissiale et communale désormais évanouie. Au cœur de cette ancienne commune, qui perd son titre administratif en 1829, se dresse jadis l'église Saint-Martin, un édifice dont le souvenir hante encore les chroniques locales.
L'édifice, dont les origines remontent au moins au XIIIe siècle, présente autrefois une nef plus vaste que celle de Claville, permettant aux fidèles de circuler librement autour des bancs. Vers 1820, le glas sonne pour le sanctuaire : il est dé démoli et ses matériaux servent même à bâtir une demeure à Clères. Aujourd'hui, l'emplacement exact de l'église et de son cimetière, identifié par les relevés cadastraux de 1825, est devenu une propriété privée où aucun signe religieux ne perpétue la mémoire des lieux.
La dispersion du mobilier de Saint-Martin alimente encore les récits villageois. Les fonts baptismaux du XIIIe siècle, ornés de visages sculptés, sont les plus célèbres rescapés ; après avoir séjourné dans le cimetière, ils sont réinstallés avec honneur dans l'église de Claville en 1872. La statue du saint patron, représentant Martin à cheval, fait l'objet d'une véritable « légende populaire » : les habitants de Cailly l'auraient soustraite par fraude durant la nuit, bien que l'abbé Lebaillif l'ait plus probablement recueillie pour sa sauvegarde après la Révolution. De la sonnerie d'origine, seule la cloche « Geneviève », fondue en 1722, survit aux réquisitions révolutionnaires qui livrent sa compagne à la fonte.
Le passé de Gouville est aussi marqué par des figures héroïques et des découvertes archéologiques majeures. L'histoire retient le sacrifice d'un curé belliqueux du XVIe siècle qui, armé d'une arquebuse, meurt bravement lors du siège de Rouen en 1592. Plus anciennement encore, le sol de la « Côte aux Prêtres » révèle en 1861 des sarcophages mérovingiens contenant des squelettes intacts, des bijoux d'ambre et des poteries franques, prouvant l'ancienneté du peuplement de ce vallon.
Aujourd'hui, le silence règne sur le site de l'église disparue. Gouville n'est plus qu'un village évanoui, dont l'identité ne subsiste qu'à travers ses reliques dispersées et les récits passionnés des historiens locaux.