Adrien de Germiny - 1826 , Strasbourg - 1922 , château de Gouville, Claville-Motteville
La famille Le Bègue de Germiny : Une épopée entre la Normandie et la Lorraine
Des lignées qui ont façonné l'histoire de la Seine-Inférieure, la famille Le Bègue de Germiny occupe une place d'honneur. Cette maison, dont la noblesse remonte au moins à 1343, incarne une trajectoire singulière, liant ses origines normandes à une ascension politique éclatante en Lorraine, avant de revenir s'imposer comme un pilier de la notabilité locale à Claville-Motteville.
Des racines normandes au service des ducs de Lorraine
Dès le XIVe siècle, Thomas Le Bègue, seigneur d'Hannerville, est cité dans les registres de la Chambre des Comptes de Normandie. Toutefois, c'est au XVIe siècle que la destinée de la famille bascule vers l'Est. François Le Bègue, dit Pistor, capitaine au service de la France, s'établit en Lorraine après son mariage en 1545. Ses descendants deviennent des serviteurs indispensables des ducs de Lorraine. Jean Pistor Le Bègue (décédé en 1645) s'illustre comme conseiller d'État et ministre des finances, un rôle que ses héritiers occupent sur plusieurs générations.
Le prestige de la lignée culmine en 1724, lorsque Joseph Le Bègue est créé Comte du Saint Empire et de Germiny par le duc Léopold, en reconnaissance de ses services diplomatiques éminents lors des traités de Riswick et d'Utrecht.
L’ancrage à Claville-Motteville et l’acquisition de Gouville
Le retour symbolique en Normandie s'opère par une alliance matrimoniale prestigieuse. En 1747, Antoine François Le Bègue épouse Françoise de Sales de Thyremois de Sacy, héritière par sa mère de la puissante famille Langlois de Motteville. À la mort de la comtesse de Moy en 1779, leur fils, Gabriel Jacques Antoine Raoul Le Bègue de Germiny, recueille par héritage la terre et seigneurie de Claville-Motteville.
L'influence de la famille s'étend davantage le 1er juillet 1784, lorsque le comte Raoul achète à la marquise de Joyeuse le château et le fief de Gouville pour la somme de 160 000 livres. À cette époque, le nom de Motteville reste si puissant que la paroisse prend officiellement le nom de Claville-Motteville.
L’épreuve révolutionnaire : un pacte de sang avec les habitants
La Révolution française manque de briser cette ascension. En 1793, le comte Raoul et son épouse sont emprisonnés comme « suspects ». Alors que la guillotine menace, la population de Claville-Motteville fait preuve d'une loyauté exceptionnelle : une pétition, signée par la quasi-totalité des habitants, est envoyée de décade en décade pour témoigner de la bienveillance du seigneur. Ce plaidoyer populaire sauve le comte. Bien que ses biens soient confisqués et vendus comme « biens nationaux », il parvient à les racheter après sa libération. À sa mort en 1818, il laisse un souvenir impérissable de seigneur « débonnaire ».
Une dynastie de grands serviteurs de l’État au XIXe siècle
Le XIXe siècle voit les Germiny briller au sommet de l'administration française. Henri Charles de Germiny (1778-1843), pair de France et préfet, administre le domaine après son père. Son fils, Charles Gabriel de Germiny (1799-1871), mène une carrière financière éblouissante : sénateur, ministre des Finances et gouverneur de la Banque de France, il travaille sans relâche à reconstituer la fortune familiale.
L'histoire récente de la famille est marquée par le retour du Comte Adrien de Germiny (1826-1922). Trésorier payeur général, il rachète le château de Gouville que son oncle avait dû vendre. Sous son impulsion, Gouville devient un « séjour enchanté » : il y crée un lac artificiel de quatre hectares, des serres splendides et un système de pisciculture innovant.
Un engagement communal ininterrompu
Au-delà du prestige, la famille maintient un engagement constant envers la cité. Plusieurs membres de la famille se succèdent à la mairie, à l'image du Comte Adrien en 1889 ou de ses descendants au XXe siècle. Par leurs dons à l'église, comme lors de la refonte des cloches en 1876, les Germiny demeurent les gardiens d'un héritage où la noblesse de nom se double d'un profond dévouement au bien public. Aujourd'hui encore, leurs sépultures dans le cimetière de Claville-Motteville rappellent aux passants l'empreinte indélébile laissée par cette illustre lignée.