Siège d'une ville (Rouen ?) par Henri IV. Huile sur bois - Gillis van Coninxloo (III)
Musée des Beaux-Arts de Chartres. Crédit : Wikipédia
Au XVIe siècle, alors que les guerres de Religion déchirent la France, une figure singulière émerge des archives normandes : L'intrépide curé de Gouville. En 1592, durant le siège de Rouen par les troupes d'Henri IV, ce serviteur de Dieu délaisse son ministère pour rejoindre les milices bourgeoises, notamment la garde Beauvoisine.
L'arquebuse au service de la foi Le capitaine Valdori et l'historien de Duranville décrivent ce prêtre comme un homme d'une bravoure exceptionnelle. Loin de se contenter de diriger les prières, il s'illustre par son intrépidité lors de toutes les sorties effectuées hors des remparts de la ville assiégée. Les chroniques de l'époque affirment qu'il ne se bat jamais sans demeurer victorieux et qu'il prélève chaque jour sur l'ennemi un tribut de vie.
Son équipement détonne pour un homme d'église : il porte fièrement l'arquebuse et le coutelas. Ce « prêtre guerrier » devient rapidement une figure emblématique de la résistance rouennaise, préférant le fracas des armes au silence de son église Saint-Martin.
Le dernier combat au Mont de la Justice Son destin bascule lors d'une escarmouche sanglante au lieu-dit le « Mont de la Justice ». Alors qu'il tente, avec une poignée de bourgeois, d'attirer l'adversaire dans un piège, il se retrouve brusquement isolé et sans soutien de la cavalerie.
L'ennemi, fort d'une centaine de gens de pied et d'une douzaine de cavaliers, profite de sa vulnérabilité. Atteint d'un coup de pistolet alors qu'il tient encore son arquebuse, le curé de Gouville succombe sous le nombre. Malgré la fureur des assaillants, ses compagnons d'armes refusent de laisser son corps aux mains de l'ennemi. Dans un ultime élan de bravoure, les miliciens récupèrent sa dépouille et la ramènent à l'abri, dans l'enceinte de la ville de Rouen.
Un héros anonyme Si son nom exact s'est perdu dans les méandres du temps, son épopée demeure consignée dans l'Histoire des guerres civiles. Pour l'historien, ce curé belliqueux incarne l'esprit de sacrifice d'une communauté villageoise prête à tout pour défendre ses convictions. Son souvenir rappelle que le petit vallon de Gouville, bien avant son annexion administrative en 1829, a su engendrer des hommes dont la vaillance a marqué les heures les plus sombres de la Normandie.