L’École du prêtre, réalisée par l'artiste breton Olivier Perrin vers 1808 - Crédit : Musée départemental breton
Qui imagine aujourd'hui qu'avant d'avoir une salle de classe communale, les écoliers de village apprenaient à lire directement auprès du vicaire, entre deux messes ? À Claville-Motteville, l'aventure scolaire plonge ses racines bien avant la laïcisation de la fin du XIXᵉ siècle. Elle raconte une époque où l'instruction des enfants dépendait étroitement de la volonté de l'Église et des finances locales.
Dès l'Ancien Régime, l'enseignement n'est pas confié à des instituteurs civils, mais aux vicaires. En septembre 1714, lors d'une visite officielle dans la paroisse, Mgr d'Aubigné prend la peine d'exhorter expressément le curé de Claville à établir une maîtresse d'école pour instruire les petites filles. Quelques décennies plus tard, en 1783, une délibération paroissiale très concrète illustre ce système : la fabrique décide de faire fabriquer des bancs en bois de chêne dans l'église. Le but ? Les mettre en location afin que les sommes récoltées servent à payer le traitement du vicaire ou clerc, obligé en contrepartie de tenir les « petites écoles » pour instruire garçons et filles. À Gouville, commune voisine plus tard réunie à Claville, les registres montrent que le trésor de l'église finance également les réparations de sa propre maison d'école.
Après la tourmente révolutionnaire de 1793, l'école change progressivement de visage et s'ouvre à des maîtres laïcs issus des écoles normales. Claville voit alors défiler des destins scolaires marquants : M. Colombel, M. De Hurpy — qui connaît une fin tragique en mourant assassiné —, puis M. Louis Lemaistre, instituteur dévoué resté en poste durant quarante ans, et enfin Narcisse Désiré Planchon, en fonction à partir de 1860.
Le logement des écoliers et des maîtres réserve lui aussi des surprises. Avant l'édification du presbytère moderne au XIXᵉ siècle, les curés logeaient dans une bâtisse qui devient plus tard l'école des filles, située à proximité du calvaire érigé en 1834-1837 par l'abbé Capron. Vers 1888, le village compte ainsi deux écoles distinctes : une école de filles attenante à la mairie et une école de garçons, toutes deux installées dans des propriétés particulières. L'instruction des enfants s'est également appuyée sur les congrégations : dans les années 1840, une religieuse enseigne dans le village, soignée lors d'une grave maladie grâce aux générosités conjointes des châtelains locaux, M. Letellier et M. de La Londe. Pour couronner cet accès au savoir, l'abbé Jules Cellier fonde en 1872 une bibliothèque paroissiale, enrichie d'une cinquantaine de volumes pour faire circuler les bons livres parmi les familles.