Exécution publique vers 1880 (crédit Wikipédia)
Un matin d’automne peut faire basculer un village paisible dans la stupeur. Le 29 novembre 1828, au bord de la route menant de Cailly à Clères, les voisins découvrent une scène effroyable dans une humble masure coincée entre la grille du château et le chemin des écuries. Jean Guillaume de Hurpy, cinquante-deux ans, gît sans vie, affreusement mutilé, effondré juste à côté de son métier à bas.
L’émoi saisit toute la paroisse. Cet homme célibataire n’est pas un inconnu : sacristain de l’église locale, il veille sur les lieux saints tout en exerçant l’artisanat du textile. L'acte d'état civil lui prête également la charge de garde-terminier. Deux voisins, le domestique Jacques Philippe et le maréchal Jean-Baptiste Dumesnil fils, courent avertir le maire. Le crime, selon les premières constatations, remonte à la veille, le 28 novembre, aux alentours de vingt et une ou vingt-deux heures.
Dès le lundi 30 novembre, l’abbé Bertin célèbre l’inhumation. Deux instituteurs du bourg, Jacques Nicolas et Louis Lemaistre, accompagnent le cercueil jusqu’au cimetière. La dépouille de l’artisan repose désormais contre le mur mitoyen du jardin du presbytère et de la cour de la ferme. Mais une question lancinante hante les esprits : qui a osé massacrer le sacristain ?
Pendant de longs mois, le mystère demeure entier. Les soupçons finissent pourtant par converger vers un homme au profil bien sombre : Joseph Pascal Malet. Né à Goderville en 1798, ce menuisier de métier a épousé en 1821 Marie Charlotte Clotilde Dumesnil, fille d’une famille très honorable du village. Un mariage respectable qui masque mal le parcours d'un criminel endurci.
Malet est en effet un ancien forçat. Vingt ans après le drame de Claville-Motteville, il frappe encore : le 27 décembre 1849, il assassine sauvagement Marie Thérèse Angammare, une marchande de légumes de soixante ans, à Harfleur. Confondu par des témoins, il est condamné à la peine capitale.
L'échafaud met un terme définitif à sa cavale. Si la date exacte de son supplice à Rouen varie entre février et juin 1851 selon les chroniques, une rumeur persistante entoure ses derniers instants : alors que certains villageois le désignent simplement comme le suspect numéro un de la tragédie de 1828, d'autres soutiennent qu'il a enfin confessé le meurtre du malheureux sacristain au pied de la guillotine.