La bataille du 4 décembre 1870 de Bosc-le-Hard
1. 14 h — Le train des mobiles stoppe en gare de Bosc-le-Hard, tandis que l’ennemi progresse depuis Roquemont.
2. Les troupes françaises prennent position dans les rues adjacentes, sous le pilonnage prussien ciblant le cimetière.
3. Les assaillants amorcent une manœuvre de contournement : le combat bascule au corps-à-corps.
4. L'infanterie allemande poursuit sa poussée vers le centre du bourg.
5. Les défenseurs parviennent à enrayer cette progression.
6. 16 h — L'essentiel du bataillon français opère un repli stratégique vers Biennais.
L’année 1870 demeure, dans les annales de la Seine-Inférieure, une époque de profondes déchirures et de drames intimes que la grande Histoire peine parfois à restituer. Pourtant, pour qui sait interroger la mémoire du sol et les écrits d’érudits locaux tels qu’Hippolyte Lemarchand, la petite commune de Claville-Motteville révèle l’âpreté d’un quotidien marqué par l’oppression militaire et le courage discret de ses habitants face à l’envahisseur prussien.
Le destin de Claville bascule dans l'ombre de l'occupation au lendemain d'un affrontement armé survenu le 4 décembre 1870 au Bosc-le-Hard. C'est à la suite de ce combat que les colonnes ennemies déferlent sur le village, inaugurant une période d'angoisse collective. L'arbitraire militaire frappe d'abord les humbles. Le Sieur Blondel, cultivateur courageux exploitant la ferme dite « Julie » (ou des Bergeries), est brutalement saisi par les troupes d’occupation. Son crime ? Détenir un fusil. L'ironie tragique de cette arrestation réside dans l'honnêteté même de Blondel, qui ne cherchait qu'à se conformer aux ordres de désarmement en rapportant son arme à la mairie. Traduit devant le redoutable Conseil de guerre prussien, ce dernier ne dut son salut et son acquittement qu'à de longues et périlleuses justifications, échappant de peu au peloton d'exécution.
Mais l'oppression ne se limite pas aux champs ; elle frappe également la tête de l'administration communale. Émile Letellier, alors maire dévoué de Claville-Motteville et conseiller général influent, subit de plein fouet les rigueurs du conflit. Embastillé à plusieurs reprises par les officiers allemands au sein même de sa propre demeure, le château de Claville, il incarne la résistance administrative et morale de toute une population. Pendant ces douloureuses périodes de séquestration, c'est son épouse, Madame Letellier, qui reprend le flambeau de la protection civile. Parcourant le village, elle se consacre corps et âme au soulagement de ses administrés, offrant assistance matérielle et réconfort moral. Son abnégation absolue face à la brutalité des troupes d’occupation a gravé dans le cœur des Clavillais un souvenir impérissable de gratitude.
Bien que le bourg ait traversé l'épreuve de 1870 sans connaître les destructions massives qui frapperont plus tard la région lors des conflits du XXe siècle, ces mois d'occupation prussienne ont forgé à Claville-Motteville une tradition de dignité et de résistance silencieuse. En analysant ces documents d'archives, on ne peut qu'admirer la résilience de cette communauté rurale normande qui, face aux exigences de l'ennemi, a su préserver l'essentiel : son humanité et sa solidarité.