L'entretien initial doit être centré préférentiellement sur le patient et sa maladie et non sur ses dents et sa gencive. Cet entretien sera imprégné de silences, d'écoute, d'altitudes compréhensives, de façon à ce que la communication non verbale soit apaisante et autorise le dialogue.
En France, environ 1 personne sur 2 ont des pertes d'attache sévère1. Dans les pays industrialisé, 11,2% des personnes sont atteinte d'une parodontite sévère active2.
La maladie parodontal est une pathologie qui évolue généralement à bas bruit, c'est-à-dire sans signe d'appel, les motifs étant généralement des déplacements, des mobilités dentaires ou des saignements au brossage. Le dépistage systématique avec une sonde parodontal (par la réalisation d'un indice CPITN rapide par exemple), encore trop peu réalisé par les omnipraticien, est primordiale.
Etat civil : Nom, Age, Sexe
Comprendre le motif de consultation et la demande thérapeutique
Antécédents médicaux-chirurgicaux (Endocardite infectieuse? Immunodéprimés? Diabète?..)
Allergies (Latex? Médicaments? Conservateurs présents dans les anesthésiques locaux?)
Traitements en cours? (Anticoagulants? Anti-agrégants plaquettaires? Bisphosphonates?..)
Antécédents de traitement de parodontologie?
Histoire dentaire : personnelle, familiale, fréquence consultation dentaire
Habitudes de vie : Alimentation, addictions (Tabac++), activités physique, environnement social
Anamnèse parodontale : Recherche des Facteurs de risques locaux et systémiques
Quel est la perception du patient sur la santé orale?
Les attentes du malade sont fonctionnelles, esthétiques ou les deux à la fois.
Certaines interventions parodontales d'assainissement peuvent avoir des répercussions esthétiques entraînant la présence de "trous noirs" au niveau des espaces interdentaires. Le patient doit en être averti avant le traitement, et savoir qu'il est possible d'y remédier par un traitement prothétique(facettes) ou orthodontique.
Douleur (en permanence? déclenché par le froid? la mastication? Localisée ou diffuses?), saignement (au brossage ou spontanée?), mobilité dentaire? migrations? mauvaise haleine? récessions? Pertes dentaires?...Depuis quand?
Hygiène orale (quantité de plaque), technique de brossage, fréquence, durée, matériel utilisé
facteurs de rétention de plaque : anatomie dentaire, positionnement sous gingival des limites de restauration
sécheresse buccale (médicaments ayant une action inhibitrice du système parasympathique, le syndrome de Sjögren, pathologie auto-immune caractérisée par une fibrose, des glandes salivaires, et la respiration buccale chez des patients présentant un sourire gingival ou une incompétence labiale)
Facteur ayant influence négative sur la réponse immunitaire et inflammatoire face à une charge bactérienne donnée, entraînant une réponse inflammatoire disproportionnée ou "hyper" inflammatoire.
Tabagisme (effet de microvasculaire (vasoconstriction) et de fibrose qui vont être susceptibles de masquer des symptômes cliniques de gingivite, tels que le saignement au sondage)
Addictions
Facteurs métaboliques - hyperglycémie chez les patients diabétiques ou non.
Facteurs nutritionnels - Carence sévère en vitamine C (scorbut)
Agents pharmacologiques (pouvant provoquer la réduction du flux salivaire, l’altération des fonctions endocrines, les accroissements gingivaux et la formation de pseudo-poches)
Variation des hormones sexuelles stéroïdiennes - la puberté, la grossesse, ou les traitements contraceptifs oraux de première génération
Maladies hématologiques (certaines hémopathies malignes telles que les leucémies ou des affections pré-malignes comme la myélodysplasie)
Autres maladies : ostéoporose, ostéopénie, VIH, obésités (IMC)
Histoire familiale (composante génétique si les parents/grands-parents ont aussi une parodontite)
Statut socio-économique
Niveau de stress
Activité physique
Parallélisme des plans du visage de face
Équilibre entre les trois étages de la face
Analyser le profil du visage et du sourire
Type de sourire : gingival ou non (Lignes du sourire d'après Tjan et Miller : Basse, Moyenne, Haute)
Asymétrie, tuméfaction?
Muscles masticateurs (hypertonicité? myalgies? spasmes?)
ATM en OIM et à l'ouverture (claquement? bruit? déviation?)
Adénopathies (Doigt en crochet au niveau submandibulaire : dur? algique?)
Examen de la langue, plancher, joues
Examen des dents : caries, anomalies de nombre, de forme, de couleur et de structure. Lésions cervicales non carieuse, fracture/fêlure,..
Mobilités dentaire (Indice de Mühlemann), Surcharge occlusale, Facteur de rétention de plaque (obturations débordantes, l'absence d'embrasures et les surfaces rugueuses), égressions, migrations
Examen des prothèse et restaurations : surcharges occlusales, état de surface, débordement cervicaux ou surcontours, défaut des points de contact
Gencive, plaque, tartre, morphotype parodontal (biotype, récessions tissulaires marginales selon Cairo), sondage parodontal
Examen de la Gencive, examen visuel +/- photographies buccal. Couleur, forme, texture, volume. Saignement? Suppuration?
La gencive saine est rose pâle et présente un piqueté en peau d’orange, et le contour gingival doit être harmonieux, c’est-à-dire épousant le pourtour anatomique des dents. L’espace inter-dentaire est comblé intégralement par la papille.
Inflammation gingivale : la gencive devient rouge vif, œdématiée, lisse, éventuellement sanguinolente et douloureuse ; cependant, le niveau d’inflammation n’est pas nécessairement corrélé à la gravité de la maladie, ainsi le fumeur peut présenter une alvéolyse sévère et des poches profondes et une inflammation gingivale masquée en raison de la réduction de la microcirculation superficielle réduite chez les fumeurs
Autres signes inconstants d’inflammation : il est possible d’observer des ulcérations, des cratérisations, une décapitation des papilles ou une hyperplasie gingivale
Récessions gingivales : La mesure de la hauteur de la récession est essentielle pour déterminer le niveau d’attache de la dent. Plusieurs causes peuvent entrainer des récessions gingivales, outre la perte d’attache, lors des maladies parodontales, comme le brossage traumatique, les prothèses iatrogènes, les malpositions ou les mouvements orthodontiques (...)
Saignement gingival : c’est un signe majeur d’inflammation gingivale, soit le saignement est provoqué par le sondage ou soit le saignement est spontané. Il est important de faire le diagnostic différentiel avec un saignement d’origine médicamenteux (AINS, aspirine)
Suppuration : elle correspond à l’écoulement de pus s’évacuant spontanément ou lors de la pression digitale de la poche parodontale. C’est un signe observé plus rarement et qui est plus fréquent dans les atteintes plus profondes. Il ne faut pas confondre ce signe avec l’écoulement de pus observé lors de l’abcès parodontal ou l’abcès d’origine endodontique
Examen de plaque dentaire
Elle est localisée en supra- et en sous-gingival. La plaque bactérienne est visible à l’œil nu ou après coloration par un révélateur de plaque. L’indice de plaque d’Oleary permet de quantifier les dépôts de plaque lors de la première consultation parodontale et lors des séances suivantes de suivi afin d’évaluer la qualité du brossage effectué par le patient. L’indice correspond au rapport entre le nombre de surfaces avec plaque sur le nombre total de faces examinées, que l’on exprime par la suite sous forme de pourcentage.
L’objectif à atteindre lors de tout traitement parodontal est un indice d’au maximum 20 % après thérapeutique initiale. Afin d’améliorer l’indice de plaque, une motivation aux techniques de contrôle de plaque buccodentaire doit être effectuée, ainsi que l’élimination des facteurs locaux de rétention de plaque (restaurations débordantes, malpositions, tartre, lésions carieuses non traitées).
Examen du tartre
Il est localisé en supra-gingival au niveau du collet des dents ou en sous-gingival au contact de la racine, dans les poches parodontales le cas échéant. Il se localise préférentiellement dans certaines zones, soit dans les zones difficiles d’accès au brossage ou sur les surfaces dentaires situées à proximité des ostiums des canaux excréteurs des glandes salivaires (faces linguales des incisives mandibulaires, faces vestibulaires des 1ère et 2ème molaires maxillaires). C’est un facteur important de rétention de plaque, et son éviction par détartrage et/ou surfaçage est la base de tout traitement parodontal
Sondage parodontale
C’est l’élément clé du diagnostic parodontal. En effet, l’évaluation de l’état de santé parodontal nécessite de mesurer, à l’aide d’une sonde parodontale graduée en mm, certains paramètres cliniques afin de poser le diagnostic. Ces mesures, pratiquées sur chaque dent en six sites, seront utiles également dans le suivi de l’état parodontal afin d’évaluer l’efficacité d’un traitement ou l’évolution de la pathologie. Les mesures les plus couramment utilisées sont : la poche parodontale, la récession gingivale, le saignement au sondage et la perte d’attache.
Chez l’adulte, en situation normale :
La profondeur de sondage doit être inférieure ou égale à 3 mm ;
La gencive ne doit pas saigner spontanément ou lors de l’insertion de la sonde dans le sulcus
Il n’y a pas de perte d’attache et le niveau d’attache est stable dans le temps.
Sondage parodontale de dépistage
A quoi sert le sondage de dépistage quand le charting parodontal existe? Le charting parodontal complet prend du temps, et donc coûte de l'argent pour le cabinet/praticien. De plus avant le traitement, le charting complet peut faire mal au patient, et être faussé par la présence de tartre sous gingival. Il a donc été développé des indices permettant de dépister plus rapidement la présence d'une maladie parodontal et donné des indices quant à sa sévérité. Historiquement, le CPITN a été créé en premier, puis il a été repris, modifié et améliorer par des indices nationaux.
CPITN : Community periodontal index of treatment needs
BPE : basic periodontal examination (Comme CPITN, mais avec une "*" ajouté au sextant si une perte d'attache supérieur ou égal à 7mm est présente ou qu'une atteinte furcatoire est possible).
DPSI : Dutch Periodontal Screening Index
10 dents indiciaires (11, 16, 17, 26, 27, 31, 36, 37, 46, 47), qui ont été identifiées comme étant les meilleures dans l’estimation des conditions parodontales, sont examinées.
NOTE : Les deux molaires de chaque sextant postérieur sont codées ensemble, et si l’une manque, on ne la remplace pas par une autre dent, si aucune dent indice n’est présente, on examine toutes les dents restantes de ce sextant et le score le plus haut est enregistré. Un score unique est enregistré pour chaque sextant
sonde CPITN-E
Sonde parodontale CPITN-C (Marquage additionnel à 8.5 et 11.5 mm)
Echelle du CPITN
0 : Pas de saignement, pas de tartre, pas de poche ;
1 : Présence de saignement, pas de tartre, pas de poche ;
2 : Poche de 3 mm max. avec tartre ou obturation débordante (zone noire de la sonde totalement apparente) ;
3 : Poche de 4 à 5 mm (zone noire de la sonde partiellement masquée) ;
4 : Poche de 6 mm minimum. (zone noire de la sonde totalement masquée).
X : Sextant édenté ou 1 dent
C'est une modification de l'indice CPITN. Les codes 0, 1, 2 sont inchangé, et respectivement écrit DPSI 0,1, 2. Ces patients ont éventuellement besoin d'enseignement aux techniques de contrôle de plaque et d'un détartrage.
Le code 3 du CPITN a été différencié en 3- qui correspond a des poches de 4-5mm sans récession gingival. Et 3+ qui correspond a des poches de 4-5mm avec récession gingival.
Le code 4 CPITN correspond au DPSI 4.
Le 3- n'aura pas besoin d'un examen parodontale approfondie alors qu'il va être recommandé de le réaliser pour les 3+ et 4.
1. La JAC est identifiée. Si elle ne peut être repérée (lésion cervicale non carieuse ou prothèse par exemple), un autre point fixe est identifié sur la dent.
2. S'il existe une récession gingivale, la sonde mesure en priorité la distance entre la JAC et le bord marginal de la gencive.
3. La pointe mousse de la sonde est présentée au niveau du sulcus (parodonte sain) ou de l'ouverture de la poche parodontale (parodonte malade). La sonde est délicatement insérée entre la gencive et la dent et introduite progressivement dans le site tout en gardant le contact avec la surface radiculaire.
4. Lorsqu'une résistance souple se fait sentir, l'oeil lit la valeur de la profondeur de sondage. Le sondage s'effectue en principe avec une force d'environ 25 g, à peu près équivalente à la force exercée sur le stylo lors de l'écriture. Cette force est calculée pour être à la fois indolore et efficace. Il est possible de sonder avec une pression allant jusqu'à 75 g. En cas d'inflammation et de destruction du système d'attache, la pénétration de l'extrémité de la sonde au sein du tissu conjonctif peut être douloureuse. (Nous conseillons à l'examinateur novice de s'entraîner en exerçant une pression avec la sonde sur un pèse-lettre pour obtenir une force reproductible de 25 g, sachant que des écarts de pression de 15 à 75 g se traduisent par des différences de profondeur de sondage de ± 1,5 mm)
Cas particulier :
contact dur avec la pointe de la sonde lors de sa pénétration : il ne peut pas s'agir du fond de la poche (contact mousse et amorti) ; c'est généralement un obstacle (nodule de tartre, perle d'émail, corps étranger, etc.). La pointe de la sonde contourne alors l'obstacle tout en gardant le contact avec la paroi dure de la poche
non-visibilité de la JAC par accroissement gingival : la JAC fait l'objet d'une identification tactile, à l'aveugle (présence d'un ressaut et différence de perception de l 'état de surface à la jonction émail-cément). La distance entre la JAC et le bord marginal de la gencive est enregistrée sur le charting
mouvements continus répétés de retrait et de sondage rapproché: cela permet d'identifier le point le plus profond au niveau d'un site. C'est particulièrement vrai au niveau des sites vestibulaires où le sondage le plus profond n'est pas forcément au milieu de la l'ace de la dent
mouvement doux de balayage latéral au fur et à mesure de la pénétration : cela permet de révéler clairement un saignement au sondage
enfoncement anormalement soudain de la sonde en un point particulier : ce type de sondage ponctuel se rencontre pour les lésions d'origine endodontique, des fêlures ou des fractures
1. Epidémiologie "1 personne sur 2 en france" - Bourgeois et al., Journal of periodontal research
2. "11,2% dans les pays industrialisé" -Kasszbaum et al., Journal of periodontal research
Livre : Parodontologie et dentisterie implantaire Vol.1 - Bouchard, 2014
HAS n° 2018.0062/AC/SEAP du 19 décembre 2018 - P.12/13 pour le bilan paro.
DPSI - parodontologie.be