Les plus anciens organismes de Micro finance (1) peuvent être fiers de leur engagement : donner des moyens d'action aux pauvres. Ils sont conscients des défis qu'affronte la micro finance aujourd'hui. La pauvreté possède des racines complexes et le microcrédit ne peut constituer à lui seul un remède rapide. Pour les organisations qui investissent dans les Institutions de Micro Finance (IMF) telles que la SIDI ou Oikocredit, parvenir à dégager un bénéfice sur investissement tout en restant fidèle à leur mission sociale constitue un véritable défi.
Leur objectif est de fournir des services financiers aux entrepreneurs pauvres et marginalisés, de réduire la pauvreté et de créer une société plus juste à l'échelle mondiale. En tant que promoteur d'investissements sociaux, elles emploient leurs ressources financières à soutenir les petites entreprises qui créent des emplois, génèrent des revenus et donnent des moyens d'action à des individus pour qu'ils améliorent leurs conditions de vie. Pendant de nombreuses années, ils ont été pratiquement les seuls à financer des IMF. Lorsque d'autres acteurs se sont mis à investir, ces derniers ont souvent privilégié le retour sur investissement par rapport aux retombées sociales. Ces organisations préfèrent collaborer avec de grandes IMF urbaines qui ont fait leurs preuves et dont les taux de risques sont faibles. Or la SIDI et Oikocredit luttent pour procurer des services financiers à ceux qui sont privés d'accès aux banques classiques. Par conséquent, leurs investissements vont en priorité vers de petites organisations, souvent basées en milieu rural, qui ont un impact social véritable. Résultat, plus de 50 % de leurs portefeuilles est placé dans des petites et moyennes IMF.
Au cours des années, certaines IMF avec leur croissance ont perdu de vue leur mission sociale, cherchant surtout à élargir leurs activités et à réaliser des bénéfices. Visant la maximisation du profit, elles misent sur leur image d'institutions responsables au plan social. En Inde par exemple, la micro finance devient une activité de plus en plus commerciale, dont l'intérêt pour les bénéfices va croissant. Les IMF se font concurrence et de nouvelles institutions s'adressent aux mêmes clients des mêmes zones. Cette concurrence féroce est souvent synonyme de surendettement des clients et de pratiques abusives.
Si la micro finance a gagné en popularité, le niveau des critiques à son égard aussi - et à juste titre. Des voix critiques s'élèvent, qui interrogent les objectifs de ces organisations et préviennent des conséquences négatives pour les clients et pour tout le secteur. Les évaluations permettent de surveiller les opérations et œuvrent au maintien de l'intégrité du secteur. La micro finance devrait différer de la banque classique. Dans le domaine de la micro finance véritable, les prêts et autres services financiers sont adaptés aux besoins et capacités de l'emprunteur. Ce n'est pas de l'argent rapide (« fast money »), c'est de l'argent lent (« slow money ») : de l'argent pour consolider la société, pour permettre à des individus d'échapper à la pauvreté. Les taux d'intérêt exorbitants, la multiplicité des prêts et l'exacerbation de la concurrence contribuent au surendettement des clients ; ils ternissent aussi la réputation du secteur et oublient les principes de base de son modèle.
D'un autre côté, les défis auxquels font face les acteurs de la micro finance - comme les taux d'intérêt sur les prêts - sont souvent traités sans véritable explication ou compréhension. S'attacher à réduire la pauvreté ne fait pas d'Oikocredit, par exemple, une œuvre caritative. Nous croyons fermement en une approche entrepreneuriale sociale et en des solutions financières adaptées. Les prêts sont plus efficaces que les subventions en termes de productivité économique et d'autonomie. Nous pensons aussi que nous devrions travailler avec des prêts bonifiés. Si une entreprise est viable au plan financier, les emprunts stimulent sa durabilité. À ce titre, nous savons que c'est grâce à la stabilité de des résultats financiers que la durabilité des organismes sérieux sera assurée et que leurs engagements envers leurs investisseurs tenus.
Il existe néanmoins une différence essentielle entre profit et maximisation du profit.
Fixer un taux d'intérêt
Toucher les zones rurales et accorder de petits prêts à des organisations petites et jeunes, souvent à risque : ceci a un prix. Les coûts de transaction élevés se traduisent parfois par des taux d'intérêts élevés. Il est essentiel que ces taux soient équitables et que le raisonnement qui les fonde soit transparent. Lorsqu'Oikocredit fixe un taux d'intérêts pour ses prêts, plusieurs facteurs sont pris en compte : le taux du marché, le coût du capital, les risques que présentent l'emprunteur et le pays, la cohérence en termes de développement et la couverture des coûts.
En général, les prêts octroyés aux grandes institutions qui ont fait leurs preuves, surtout dans les pays à faible risque, bénéficient d'un taux d'environ 7 % (EUR) et de 8 % (USD). Les prêts aux plus petites IMF, sans grande expérience et situées dans des pays à risques, bénéficieraient de taux allant de 9 % (EUR) à 11 % (USD). Ces taux peuvent varier en fonction de l'évolution des taux de base et d'autres facteurs.
Les prêts effectués en devises locales s'accompagnent souvent d'un taux d'intérêt plus élevé que ceux en devises fortes, tenant compte d'une plus forte dévaluation (en partie influencée par l'inflation). Les IMF doivent aussi couvrir leur propre capital, les coûts opérationnels et les risques qui pèsent sur les taux d'intérêts de leurs prêts. Pour garantir des coûts raisonnables, Oikocredit évalue scrupuleusement la gouvernance et l'efficacité des partenaires via un processus poussé de sélection et de suivi régulier.
Afin de garantir la complète transparence des taux d'intérêts et des coûts, Oikocredit a signé en 2008, l'Accord MFTransparency. Cet accord symbolise notre engagement à ouvrir la communication avec nos partenaires (IMF) afin de s'assurer que les coûts des services financiers aux individus pauvres sont transparents, clairs et équitables.
Responsable au plan social à chaque étape
Chaque échelon doit faire preuve d'un comportement socialement responsable : investisseurs, institutions de micro finance, bénéficiaires. Afin d'appuyer la mise en place de pratiques et de politiques cohérentes pour l'ensemble de cette industrie, Oikocredit a été l'un des premiers des 35 signataires en faveur d'une nouvelle politique de protection de la clientèle. Cet outil garantit entre autres que les clients sont protégés du surendettement et qu'ils bénéficient d'une pleine transparence des prix et conditions.
Si Oikocredit agit pour que ses partenaires de projet soient en mesure de rester à leur mission sociale, il est tout aussi important de s'assurer que ses actions sont en accord avec ses objectifs. L'innovation la plus récente en matière de mesure des performances sociales consiste à regarder au-delà de la performance des IMF et à évaluer les organismes financeurs tels qu'Oikocredit. En début d'année, Oikocredit était le premier financeur privé à se soumettre à un audit sur ses propres performances sociales.
Quand un investisseur choisit Oikocredit, il choisit un investissement au revenu financier modeste mais à l'impact social élevé. Par exemple après presque 35 années de terrain, Oikocredit a prouvé que le modèle financier équitable fonctionnait. Il est possible de créer une organisation durable et rentable, exclusivement centrée sur la finance socialement responsable. Et nous allons continuer : continuer de renforcer activement le potentiel de la microfinance, continuer d'améliorer le sort des plus pauvres.
(1) Par exemple en France la SIDI (Solidarité Internationale pour le Développement et l’Investissement, crée en 1983 par le CCFD ou Oikocrédit (d’origine protestante) , le plus ancien (35 ans) et plus gros organisme mondial de micro finance Nord/Sud .