Louis Alphège Harvey de la septième génération quittera Saint-Alexis de la Grande Baie après son mariage en 1892, pour aller vivre en Nouvelle-Angleterre. Né le 27 octobre 1867 au Grand-Brûlé (Laterrière), une colonie libre du Saguenay, il partira rejoindre des membres de sa belle-famille et continuera de vivre de son métier de menuisier-charpentier[1]. Orphelin à un an, Alphège est l’un de ces nombreux cadets de famille, sans-terre, qui quittèrent le pays lors du Grand exode vers les États-Unis. Il est le sixième enfant de Didié Harvé (1828-1868), propriétaire d’un moulin au Saguenay[2], à Joseph Hervé (1794-1890), le seul Hervé ayant participé à la guerre de 1812, à David Hervé (1764-1837) chez Dominique Hervé (1736-1812).
À un an Alphège perd son père qui n'a que quarante ans[3]. Sa mère a trente ans et se remarie sept mois plus tard à Élie Maltais (1846-1875), un jeune homme de vingt-deux ans[4]. Sophronie Potvin (1836-1922) aura trois autres enfants de cette nouvelle union.
Alphège et sa fratrie seront donc élevés par Élie Maltais à Hébertville, mais pour peu de temps, car ce dernier décède dans des circonstances tragiques, « morfondu » à l’âge de vingt-sept ans, en septembre 1875[5]. Il perd donc celui qui lui avait servi de figure de paternelle, alors qu’il n’a pas encore huit ans. Sa mère ne se remariera pas. On peut penser que le frère aîné d’Alphège, Thomas dit Pierre Thomas (1858-1956), lui servira dorénavant de figure paternelle. Selon la tradition orale chez les Maltais, c’est toute la tribu des Maltais qui se chargera des orphelins, aidant la veuve et accueillant de temps en temps les enfants sans distinction de nom de famille[6].
Vers la fin de la décennie, sa mère, qui vivait à Hébertville depuis son mariage avec Élie Maltais, part avec ses enfants pour aller s’installer à Saint-Fulgence[7]. C’est là que le frère aîné d’Alphège s’éprend d’une voisine. Si les figures paternelles ne firent que passer dans la vie d’Alphège, cela se poursuivra alors qu’il n’a que quatorze ans. En effet, son frère aîné après s’être marié avec la voisine à la fin de l’été 1881 quitte Saint-Fulgence pour aller vivre en Pennsylvanie.
La famille bouge à nouveau et on la retrouve à Saint-Alexis de la Grande Baie à la fin de la décennie ; sa mère Sophronie s’est rapprochée de trois de ses frères, voisins les uns des autres[8]. Alphège y apprendra le métier de charpentier qu’il exercera toute sa vie.
C’est le 18 janvier 1892 qu’Alphège, vingt-cinq ans, épouse Laure Tremblay, une fille du même âge que lui. Native des Éboulements, Laure est arrivée dans la région avec sa famille au cours des années 1870. Le mariage est double puisque Agnès Maltais (1870-1969), la demi-sœur d’Alphège, se marie au même moment[9].
Ils voyageront beaucoup au cours des premières années de leur mariage. Au début de février 1892, avant de prendre le train qui les amènera très loin du Saguenay, Alphège et Laure rédigent tous deux un testament devant le notaire Lucien Tremblay[10]. Le décès de son père en juin de la même année, Laure ne l’apprendra que bien plus tard par une lettre de la famille puisqu’elle sera déjà rendue aux États-Unis. Outre le fait qu’Alphège soit charpentier, on ne sait pas ce qui a attiré le couple à plus de deux mille kilomètres dans le Midwest américain. Quoi qu’il en soit, après le mariage, le nouveau couple quitte le Saguenay pour partir vivre à « Hull, dans l’État du Minnesota, dans les États-Unis ». On vient tout juste d’y découvrir un gisement important de fer qui deviendra rapidement la plus grande mine de fer à ciel ouvert au monde. On y recrute tous azimuts pour construire les habitations des mineurs qui viennent par centaine. Ils y habitent toujours lorsqu’ils sont un passage à Chicoutimi en avril 1894 afin de liquider ce qui leur reste des avoirs qu’ils avaient encore au pays. Ainsi, Laure cède une portion du lot dont elle a hérité au décès de sa mère, lot situé dans le treizième rang sud-ouest du chemin Sydenham dans le canton de Chicoutimi[11].
Le couple retourne au Minnesota, mais pour peu de temps. Le couple retourne au Minnesota, mais pas pour peu de temps. Laure est enceinte quand Alphège et elle prennent la direction du Massachusetts. Le couple pourra compter sur la famille puisqu’un frère de Laure, Philippe (1866-post.1930), y est établi depuis 1887[12].
En 1895, ils sont à Salem au Massachusetts. Ils y auront quatre enfants : Edmond (1896), Joseph (1897), Alice (1899) et Charlemagne (1899)[13].
Laure accouche de son premier enfant le 19 janvier 1896. À leur arrivée, ils avaient loué un appartement de la rue Palmer, dans le quartier de La Pointe, le ghetto des Canadiens français de l’endroit. Ils n’y seront pas longtemps ; quelques années plus tard, la famille emménage hors du quartier dans une maison unifamiliale à trois kilomètres de leur ancien appartement, dans un secteur de la ville qui est en développement[14].
Contrairement à la plupart des Canadiens français de Salem, Alphège ne travaille pas dans une usine de textiles ou de chaussures ; il construit plutôt des maisons. De menuisier qu’il était, il se fait charpentier et deviendra rapidement entrepreneur en construction. C’est ainsi qu’il se fera connaître dans cette ville prospère de trente et un mille habitants.
La famille est toujours à Salem à la fin du siècle. Alors que Laure est enceinte de son cinquième elle vient, avec ses enfants, habiter temporairement chez sa sœur aînée Arthémise, à Saint-Alexis de la Grande Baie au Saguenay, le temps de l’accouchement. Pourquoi fait-elle un si long déplacement alors qu’elle avait déjà mis au monde quatre enfants ? Peut-être vivait-elle une grossesse difficile ; il faut noter qu’après son mariage il aura fallu quatre ans avant qu’elle n’accouche d’un premier enfant. Peut-être avait-elle vécu des fausses couches auparavant ou donné naissance à des enfants mort-nés, ce que les registres américains ne révèlent pas. Quoi qu’il en soit, bien qu’elle ne soit âgée que de trente-trois ans, ce sera son dernier enfant. Emma naît le 2 novembre 1900 à Saint-Alexis de la Grande-Baie. Ce sera le seul enfant du couple à naître au pays. Les quatre autres sont citoyens américains. Sa nièce, fille d’Arthémise, et le marchand Joseph Gautier auquel elle est mariée depuis un mois, seront marraine et parrain. « Le père est évidemment absent » au baptême[15], car il continue de construire des maisons à Salem pour quelque temps encore. Dès qu’elle est rétablie de l’accouchement, Laure et ses enfants retournent chez eux rejoindre Alphège aux États-Unis. Elle n’est déjà plus au Saguenay en avril 1901[16].
Les affaires d’Alphège à Salem ont été prospères, suffisamment pour qu’il envisage un retour au pays afin de créer une entreprise au lac Saint-Jean. Pendant que la famille est toujours à Salem, Alphège est de retour au pays et brasse des affaires à Mistouk[17] (Saint-Cœur-de-Marie) où il construit une maison pour y loger sa famille. À la fin de l’hiver 1902, il s’associe pour cinq ans à « Alfrede Gagné » (1857-1929), un marchand de l’endroit, pour l’exploitation d’un moulin à scie et la construction d’autres moulins. La nouvelle société nommée « Gagné et Harvey » exploitera donc un moulin sur la rivière Mistouk, affluent de la Grande-Décharge dans le canton De l’Isle, moulin situé sur le lot numéro 19c du troisième rang. Tout comme son associé, Alphège investit cinq mille dollars dans la nouvelle société.
Cette société exploite d’abord un moulin à scie existant sur une petite chute de la rivière Mistouk, celui que Joseph Fleury (1821-1891) avait construit avec les membres de sa famille élargie en 1884, un peu plus bas que la chute des Dionne. Ce dernier était le beau-père de Michel Harvay (1846-1938) qui a aussi participé à la construction de ce moulin. Il s’agit d’un moulin à chasses avec deux scies droites et parallèles, actionnées par l’eau de la chute et produisant de la planche[18]. Alphège en améliorera les installations pour en augmenter leur productivité.
La société Gagné et Harvey vise également la construction d’autres moulins « pour produire de l’électricité et de la lumière électric »[19]. Par ce contrat, Alphège et son partenaire acquièrent les droits hydrauliques liés aux « pouvoirs » de deux chutes qui se trouvent sur le lot 19c, mais également sur le lot 21 à la fourche du petit Ruisseau et de la rivière Mistouk. Bien que la Gagné et Harvey ne soit pas propriétaire du lot 20, elle a acquis un droit de passage en bonne et due forme pour accéder à la chute qui se trouve au lot 21. Au moment de la constitution de la société, le 17 mars 1902, Alphège est déjà considéré comme « charpentier de la paroisse de Saint-Cœur de Marie » ce qui confirme qu’il habite déjà le lieu et a construit sa maison ; rien de surprenant pour un charpentier[20].
Ce ne sera qu’en 1903, que la famille reviendra finalement au pays laissant derrière elle une décennie de prospérité. Alphège et Laure ramènent dans leurs bagages cinq enfants[21]. Ils s’établissent comme prévu dans le troisième rang de Mistouk.
En 1907 les opérations de la société Gagné et Harvey prennent fin après cinq ans d’existence, comme prévu lors de sa constitution en mars 1902[22]. Alfred Gagné, son partenaire, n’abandonne pas lui non plus son métier de producteur de bois. Il se bâtit un autre moulin sur le lot vingt-sept du troisième rang qu’il possède[30].
Alphège ne se contentera pas d’exploiter la forêt. La même année, il devient le troisième propriétaire du premier moulin à farine de Mistouk. En 1886, Joseph Fleury avait construit le premier moulin à farine de Saint-Cœur de Marie sur les bords de la rivière Mistouk, à quelques arpents plus bas que son moulin à scie, qui est maintenant la propriété d’Alphège et qui est situé sur la même rive. Depuis sa construction, ce moulin était passé entre plusieurs mains et appartenait à l’agent des terres Edmond Dumas d’Hébertville au moment où Alphège le lui a racheté. Il exploitera également le moulin pour carder la laine qui se trouve dans les mêmes installations et qui est aussi mue par la même chute. Comme ce moulin était peu efficace Alphège, avec le temps, en construisit un autre de l’autre côté de la rivière Mistouk afin d’en accroître la rentabilité. Il vendra ce moulin à la Alma Company Limited avec le reste de ses installations en 1915. Le moulin sera détruit en 1927 par l’inondation de cette année-là qui emportera bien plus que les installations d’Alphège [23].
Durant toutes ces années, les affaires d’Alphège continuent de prospérer. Grâce à ses revenus, il fait l’acquisition de deux lots dans le canton voisin de Taché. Les lots trente-sept et trente-huit du cinquième rang qu’il achète ont un potentiel hydraulique et Alphège pourrait éventuellement y établir un autre moulin[24].
Le 11 mai 1911, Alphège et Laure perdent leur premier enfant, Joseph, qui n’avait que quatorze ans[25].
En juin 1911, la famille est toujours sur ce lot numéro 19c du même rang. Alphège, déclaré « industriel », y opère toujours le moulin avec plusieurs employés. Celui qui se dit d’origine écossaise, comme tant d’autres Harvey le croyaient à l’époque, est l’un des seuls individus du rang à pouvoir s’offrir un nouveau concept, une assurance sur la vie. Alice, Charlemagne et Emma ont fréquenté l’école toute l’année. Edmond, qui n’a fréquenté l’école que six mois au cours de la dernière année, doit être fort utile pour les opérations du moulin[26]. Il en était de même pour Joseph avant qu’il ne perde la vie.
Le 2 août 1915, Alphège se départit des deux lots qu’il avait acquis dans le canton Taché sans qu’il n’y ait développé une quelconque industrie. L’acheteur, Thomas Pearson, est un cultivateur de Saint-Nazaire de Taché[27].
Toujours en 1915, en prévision du rehaussement des eaux du lac Saint-Jean par l’érection d’un barrage à la Grande-Décharge en amont de la rivière Saguenay, Alphège vend à la Alma Company Limited « le moulin à scie et tous les droits qu’il a sur la rivière Mistouk ». Avec son consentement, il vient donc d’être avalé par un plus gros joueur pour la somme de « quinze mille piastres ». Vingt ans plus tôt, ce même moulin avait été vendu à Joseph Harvey (1875-1958) à Boniface (1836-1912) chez Chrysostome Hervé (1803-1886) par Delphis Fleury pour la somme de trois cents dollars[28]. Il est vrai que c’est l’ensemble des possessions d’Alphège, y compris sa demeure, qui sont vendues à cette compagnie nouvellement constituée dont la première réunion des actionnaires s’était tenue à Saint-Joseph d’Alma le 7 octobre. L’un des nombreux objectifs de cette compagnie était la coupe et la vente de bois sur les lots qu’elle se met à acquérir. Avant que la Alma Company Limited ne déploie ses ailes, le 1er décembre, elle loue à Alphège pour une année la maison où il habite de même que le moulin à scie qu’il exploitait. Alphège partage cependant le débit d’eau de la rivière avec le locataire du moulin à farine qui aura priorité la nuit sur l’eau des écluses et des dalles pendant la saison des basses eaux d’été. La location d’une somme de « quatre cents piastres » se terminera le 1er janvier 1917[29].
C’est alors qu’Alphège achète une maison à Jonquière où la famille s’installe pour un court laps de temps[31].
En mai, il acquiert un terrain et une maison meublée au village de Saint-Jérôme sur la route principale, au coin de la rue du couvent. Le vendeur est Adjutor Papillon (1855-1941), un cultivateur de la paroisse de Saint-Louis de Chambord qui vient tout juste de perdre sa femme. Le 15 septembre 1917, Alphège et sa famille prendront possession de leur nouvelle demeure à la fin du bail de celui qui le détenait[32].
La Harvez & Cie
Alphège est sans moulin depuis le jour de l’an. Après la vente de ses actifs en 1915, il avait réussi à poursuivre les opérations du moulin sous bail pour une année supplémentaire et à son propre compte. En bon commerçant, il s’impatiente sans doute de reprendre les rênes d’une entreprise.
Le 15 avril 1917, il s’associe à son cousin Alfred Hervé (1872-1849), fils de François Harvay (1832-1901), pour exercer conjointement le commerce de bois et exploiter les locations forestières que ce dernier possède. Pour se faire, à titre d’investissement personnel Alphège achète de son cousin pour la somme de « trois mille sept cents piastres », la moitié indivise de sa scierie à vapeur et tous ses équipements, y compris les lots quarante-cinq et quarante-six sur lesquels le moulin et ses annexes sont établis. Ces lots sont situés dans le septième rang du canton Caron. Le contrat inclut les droits d’Alfred sur ses locations forestières acquises de la Compagnie de Métabetchouan en 1916.
Le moulin à vapeur permettait aux associés d’opérer à l’année, contrairement aux moulins de type hydraulique. Ces derniers étaient défavorisés par de fréquents surplus d’eau au printemps et une pénurie en juillet. De plus, on cessait les opérations en hiver pour privilégier l’abattage en forêt. À l’époque, la Price Brothers & Cie avait de grosses installations à vapeur, mais ce type de moulin était plutôt rare parmi les plus petits producteurs en raison des frais d’exploitation qui étaient élevés, ce qui était leur talon d’Achille. On ne pouvait chauffer la bouilloire avec du bois vert sans encrasser les tubes. On devait donc utiliser à fort prix du charbon importé, augmentant ainsi les coûts de production et diminuant du même coup la rentabilité[33]. On peut présumer que ce facteur sera contributeur à la mauvaise fortune du moulin au début de la prochaine décennie.
En signant ce contrat, son cousin lui fournit en plus « trois vaches, une taure, deux truies et leurs portées », car il faut bien qu’Alphège s’établisse et nourrisse sa famille. Le contrat d’achat stipule clairement qu’Alphège aura à sa charge de payer sa part des taxes municipales et scolaires comme sa part des licences forestières, notamment les rentes foncières, les droits de coupe et le bonus de transfert afin de maintenir les licences. Comme nous le verrons, on peut douter qu’Alphège ait pleinement rempli cette part du contrat[34]. C’est en juillet que, devant notaire, les cousins officialisent la Société Harvez & Cie qu’ils ont formée[35].
En septembre 1917, sans doute pour financer les opérations de la nouvelle compagnie, Alphège commence à monnayer les différentes créances qui lui restaient de son commerce de Saint-Cœur-de-Marie et dont il recevait régulièrement des remboursements partiels. Comme la Harvez & Cie a besoin de liquidité immédiate et pour ainsi obtenir « deux mille trois cents piastres », c’est à rabais qu’il cède une créance hypothécaire qu’avait envers lui Thomas Pearson, l’acheteur des lots du canton Taché et une obligation de Charles Maltais, un ferblantier-couvreur d’Alma[36]. La transaction est faite en son nom personnel et non en celui de la compagnie, il est donc possible qu’avec les sommes qu’il a dû débourser pour acquérir la demie des avoirs forestiers de son cousin et de son moulin, il ait eu besoin lui-même de cet argent.
À Saint-Jérôme, le 9 octobre 1917 Alice, qui a dix-neuf ans, épouse France dit François Perron, un mécanicien de Roberval. Ses parents ont quitté Jonquière le mois d’avant pour s’établir à Saint-Jérôme de Métabetchouan où Alphège est toujours qualifié d’« industriel »[37].
Au printemps 1918, la Harvez & Cie prend de l’expansion. Elle acquiert de Joseph Boudreau et Edgard Girard, cultivateur de Saint-Jérôme, un terrain adjacent au moulin, le long de la ligne de chemin de fer au sud et à l’ouest au bord du haut de l’écart de la rivière « Kouspéganish » (rivière Couchepaganiche)[38]. Alphège et son partenaire viennent d’acquérir, pour la somme de « cinq cent cinquante piastres » comptant l’écart de la rivière qui leur facilitera le transport du bois[39].
Alphège et Alfred voient grand pour leur société. En 1918, la compagnie se dote même d’une voiture de fonction, une « Maxwell Special » de la Maxwell Motor Company de Détroit[40].
À l’été 1918, la Grande Guerre n’est toujours pas terminée et, coup dur pour La Harvez & Cie, l’un des fils d’Alphège, Edmond ((1896-1956) qui travaillait au moulin, est conscrit en juillet[41]. En appui aux opérations de la société, Alphège pouvait compter sur deux fils alors que son partenaire n’avait à offrir que les bras de son aîné François (1904-1977) lequel n’avait pas encore quatorze ans. Ils viennent donc de perdre le tiers de leur main-d’œuvre familiale et le fait de devoir compter sur l’embauche de journaliers ce qui n’est guère profitable pour une petite compagnie qui débute. Heureusement, lors de son examen médical en octobre à Chicoutimi, le médecin déclare Edmond inapte au combat, en raison d’un problème de vision. De toute façon, le conflit meurtrier devait se terminer le 11 novembre 1918[42].
Selon la tradition orale, l’année 1919 fut catastrophique pour la Harvez & Cie. Les partenaires ont tout perdu. Ils auraient vendu aux États-Unis un chargement de bois de plusieurs milliers de dollars qui ne fut jamais payé. La personne qui accompagnait le chargement pour finaliser la transaction disparut sans laisser de traces.
Marie Louise Boivin (1859-1940), veuve d’Edmond Langevin (1854-1917), est sur le point de se remarier. Elle qui, comme légataire universel de son mari, était devenue deux ans plus tôt propriétaire du moulin à farine de Saint-Jérôme, met en demeure la Société Harvez & Cie de construire « un boom » (une estacade) afin de protéger l’écluse du moulin à farine lors de la descente du bois des partenaires. Alphège, au nom de la Harvey & Cie, est avisé le 24 mars 1919 que cette dernière devra payer tous les dommages qui pourraient être causés par le bois lors de sa descente par la rivière. Alphège semble avoir ignoré cette mise en demeure de la veuve, car au notaire qui l’a lui signifie il répondra : « j’ai rien à répondre »[43]. Comme la rivière est encore gelée, le bois n’est pas encore acheminé au village. On présume que la crue printanière de la rivière en 1919 ne doit pas avoir posé problème puisque l’on ne retrouve aucune autre action de la part de la veuve. Peut-être était-elle trop occupée à la préparation de son second mariage qui aura lieu le 24 mai[44].
De toute façon, la sommation aura peu d’effet sur l’un des partenaires, car le 11 juin 1919 Alfred vend sa moitié de la Société Harvez & Cie comprenant le moulin, les lots de la société, les licences de locations forestières, le matériel forestier et le bois déjà coupé. Cette vente est faite à Honorius Gagné pour la somme de « treize mille piastres » qu’il paie le jour même. Par la même transaction, Alphège accepte Honorius comme nouvel associé dans la société, laquelle continuera de porter la raison sociale de la Société Harvez & Cie. Le nouveau partenaire n’est pas un inconnu pour Alphège ; il est le fils du marchand Alfred Gagné, son partenaire dans la Société Gagné et Harvey qui opéra pendant cinq ans. Il y a fort à parier que c’est Alphège qui aura dégotté ce nouveau partenaire pour remplacer le cousin. C’est d’ailleurs le père d’Honorius qui bâille les fonds lors de la transaction. La cession des parts d’Alfred dans la société ne dégage cependant pas Alphège de la dette qu’il a toujours envers lui. En effet, lors de la création de la société deux ans plus tôt, il s’était engagé à rembourser le reste de la somme qu’il devait pour l’acquisition de sa part, soit « deux mille piastres » réparties en huit paiements annuels. Il doit toujours « mille sept cent cinquante piastres » à Alfred[45].
Du temps où Alphège et Alfred étaient partenaires, les associés flottaient le bois sur la rivière Couchepaganiche jusqu’au village où Alfred possédait deux lots et un moulin à scie, ce qui leur assurait un transport facile pour le chargement sur les wagons. Comme ni le contrat de création de la Harvez & Cie de 1917, ni celui de la cession des parts d’Alfred dans la société, n’en fait mention, on ne sait pas comment Alphège s’y prendra par la suite. Il pourrait en être venu à une entente sous seing privé avec son cousin.
En août, Alphège se départit de la maison de Jonquière qu’il avait acquise au départ de Saint-Cœur de Marie. Joseph Willie Gagnon, marchand de Jonquière, en est l’acquéreur[46].
Le 7 septembre 1919, la Harvez & Cie se départit de la voiture de fonction que la société avait acquise plus tôt. L’acquéreur Johnny à Onésime Tremblay met la main sur le bijou de l’époque pour une somme de « quinze cent cinquante piastres »[46a].
Si la carrière de commerçant de bois d’Alfred se termine, celle de l’entrepreneur en bois Alphège continuera un certain temps. Les différents greffes de notaires autour du lac Saint-Jean en témoignent abondamment. Curieusement, on ne retrouve plus le nom du partenaire d’Alphège dans les affaires de la compagnie après 1920. Honorius Gagné semble avoir disparu. Peut-être était-il simplement un financier de passage derrière les affaires de la Harvez & Cie, puisqu’il n’avait même pas demandé un changement de raison sociale au moment de son entrée en scène un an plus tôt.
Dès septembre 1919, trois mois après le changement d’associés, les liquidités de la Harvez & Cie sont déjà mises à mal. Afin de régler certains de ses créanciers, dont un électricien, Alphège endosse des billets émis par la banque en leurs noms. Le 8, c’est un montant de « quinze cent cinquante piastres » qu’il règle. Sept jours plus tard, il endosse un billet de « huit cents piastres » additionnelles. Pour garantir ces avances de fonds, il donne, cède et transporte à la Banque Nationale, ce que lui devait Joseph Willie Gagnon, marchand de Jonquière, lequel avait acheté la maison d’Alphège, dans la même municipalité, le 13 août précédent. La somme s’élevait à « deux mille trois cents piastres », sans compter les intérêts. Une fois les billets précités payés, la balance restante sera appliquée en garantie sur d’autres avances que la banque pourra faire à la Harvez & Cie [47]. Ce scénario se répétera à plusieurs reprises dans les prochaines années jusqu’à ce que les associés n’aient plus rien à donner en garantie.
Les affaires de la Harvez & Cie semblent allez de mal en pis. Les emprunts se multiplient auprès de la Banque Nationale et les retards de paiement ne cessent de se multiplier également, soit huit en six mois. Alphège rédige même un chèque sans fonds. Il accumule les retards de remboursement démontrant ainsi que le commerce dans lequel il s’est investi est peu rentable[48].
Peut-on supposer que ces dettes soient dues au fait qu’il doit établir l’un de ses fils et doter l’une de ses filles qui, tous deux, se marient le 5 avril 1920 ? En effet, Edmond, son aîné, épouse une fille du village, Yvonne Plourde (1902-1971), alors que la cadette Emma épouse un employé de son père, Louis Donat Fortin, natif de Saint-Henri-de-Taillon[49].
Honorius Gagné n’aura été actionnaire de la Harvez & Cie que quatorze mois. Le 11 août 1920, il vend ses parts de la société à J. Arthur Tremblay pour la somme de dix-sept mille dollars[49a].
Si les revenus de la Harvez & Cie sont en déclin, c’est largement dû à de mauvais payeurs qui profitent du bois de la société, mais qui n’en règle pas le prix demandé. Le nombre de promesses de paiement et de comptes à recevoir à l’égard d’Alphège et de la Harvez & Cie ne cesse également de croître[50].
Edmond et Emma, quoique mariés, demeurent toujours dans la maison familiale et chacun a engendré une bouche de plus à nourrir. Les opérations de la Harvez & Cie tournent au ralenti. Le 1er juin lors de la visite de l’énumérateur, Alphège n’est plus qualifié d’industriel, mais bien d’entrepreneur en construction, occupation qui lui avait valu par le passé d’amasser un pécule intéressant. Il n’est pas seul dans l’entreprise, car ses fils Edmond et Charlemagne, de même que son gendre Louis Donat Fortin, travaillent pour lui. Il est évident qu’en parallèle il poursuit l’opération de son moulin puisqu’après le mariage de son fils Charlemagne à Yvette Cossette (1905-1991) en 1924, c’est lui qui prendra la relève de la Harvez & Cie. Il fera alors affaire avec la E.B.Eddy de Parent en Mauricie[51]. La maison construite par Alphège au village de Saint-Jérôme devait être fort spacieuse puisqu’outre lui et son épouse, tous ses enfants y vivent toujours même si trois d’entre eux sont mariés ; si son fils Edmond et sa fille Emma ont déjà chacun un premier enfant, heureusement Alice y est seule avec son mari[52].
En 1923, leur fille Alice qui était née aux États-Unis, après avoir vécu chez ses parents après le mariage, part vivre et travailler dans le quartier de Brooklyn à New York. Elle qui n’a toujours pas d’enfant quitte le lac Saint-Jean pour les États-Unis où son mari se trouve u emploi dans les chemins de fer. Elle reviendra seule l’année suivante pour le mariage de son frère cadet et également seule le 19 mars 1925 pour rendre visite à sa mère malade à Saint-Jérôme au lac Saint-Jean[53]. Elle vivra aux États-Unis par la suite jusqu’à son décès le 3 août 1975 à Lawrence au Massachusetts, à moins de trente kilomètres de la ville qui l’avait vu naître[54].
Charlemagne, qui avait épousé Yvette Cossette le 15 septembre 1924, prend peu à peu la relève de son père comme entrepreneur en bois de sciage[55]. En janvier 1927 on retrouve Alphège et Laure en Haute-Mauricie, à cent cinquante kilomètres au nord-ouest de La Tuque, à la limite est de la réserve indienne d’Obedjiwan. Ils sont choisis comme parrain et marraine du deuxième enfant de leur fils cadet Charlemagne, lequel est « entrepreneur en bois de St-Jérôme ». Ce dernier, de passage à Parent lors de la naissance de l’enfant, est en voyage d’affaires et comme l’endroit n’est accessible que par train, les grands-parents ont accompagné le couple pour voir au bien-être de l’épouse. La belle-fille avait perdu son premier enfant à l’âge d’un mois, deux ans plus tôt[56]. D’ailleurs, le « père est absent » lors du baptême ; il effectue une tournée de surveillance dans les chantiers[57]. Parent est né grâce à la construction du chemin de fer National Transcontinental où on a établi le terminus principal du lien ferroviaire entre Québec et Cochrane en Ontario. Depuis 1920, la compagnie E.B. Eddy y opère un dépôt pour le bois d’œuvre et c’est probablement avec les représentants de cette compagnie que Charlemagne fait des affaires.
Âgé de seulement soixante ans, Alphège décède chez son fils Charlemagne nouvellement installé à Dolbeau, le 5 août 1928[58]. Alphège et Laure aidaient peut-être le couple dans son installation, car Yvette Cossette est enceinte de sept mois[59].
Au temps de la crise en 1929, les frères Edmond et Charlemagne dit Charles, tous deux natifs de Salem, retournent travailler aux États-Unis. Ils y seront jusqu’en 1933, d’abord à New York, avant de se rapprocher de leur oncle Philippe Tremblay à Salem au Massachusetts. On peut imaginer qu’ils y faisaient des allers-retours pour revenir dans leur famille de temps à autre[60].
Après la mort de son mari, Laure Tremblay demeurera dans sa maison de Saint-Jérôme jusqu’en 1931. Elle vend cette maison au début du printemps 1931[61]. Elle s’unira l’année suivante à un veuf du village, Joseph Côté (1880-1953). Contrairement à la coutume, le mariage se déroulera à Chicoutimi. Aucun des enfants de Laure comme de son nouveau mari n’assistera à la cérémonie[62]. Elle partira alors vivre à Québec. En 1933, elle demeure sur la Grande Allée où ses fils Edmond et Charlemagne, de passage au pays, lui rendent visite en avril[63]. Le couple reviendra habiter à Saint-Jérôme. Son deuxième époux décédera le 1er mai 1953. Elle lui survivra sept ans. Laure Tremblay décède le 18 décembre 1960 dans son village[64].
Comme la moitié des Canadiens français qui se sont rués en Nouvelle-Angleterre Alphège, le sans-terre, cadet de sa famille, est allé faire son coup d’argent aux États, ce qui lui aura permis de revenir s’établir décemment au pays. Nombreux ont été les jeunes gens, du Saguenay en particulier, à partir pour et revenir de la Nouvelle-Angleterre. Il faut garder en tête qu’à l’époque l’élite d’affaires de Chicoutimi mordait à pleines dents dans le rêve de faire du Saguenay et du lac Saint-Jean une nouvelle province progressiste, calquée sur le modèle étasunien et axé sur l’entreprise, aussi bien que sur l’industrialisation. Le rêve américain était promu régulièrement dans les journaux locaux, en autre dans « Le Progrès du Saguenay », dont le rédacteur était l’un des chefs de file pour cette pensée. Des centaines de jeunes gens quitteront le Saguenay pour chercher richesse, Alphège fut l’un de ceux-là. Considérant sa condition, ne voyant pas se réaliser suffisamment rapidement ce rêve chez lui, il avait quitté son patelin pour la Nouvelle-Angleterre, mais alors qu’il entrevoyait les possibilités d’avenir au Saguenay et au lac Saint-Jean, il était revenu avec une petite fortune en poche pour y investir.
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[1] BAnQ., Registre de la paroisse Notre-Dame-de-l’Immaculée-Conception de Laterrière, 27 octobre 1867.
[2] A.N.Q., GN. Minutier Louis-Zéphirin Rousseau, no 284, 4 juillet 1853.
[3] BAnQ., Registre de la paroisse Notre-Dame-de-l’Immaculée-Conception de Laterrière, 9 septembre 1868.
[4] Ibid., 5 avril 1869.
[5] BAnQ., Registre de la paroisse Notre-Dame-de-l’Assomption d’Hébertville, 5 septembre 1875. Décédé d’un choc dû à l’épuisement et l’absorption trop rapide d’un liquide.
[6] L’histoire du drame vécu par Sophronie Potvin et ses enfants me vient de Donald Maltais qui lui, la tient de son père. Donald Maltais est ce chercheur qui se spécialise dans l’histoire des moulins de Charlevoix, du Saguenay et du lac Saint-Jean ; il a beaucoup écrit et publié sur le sujet.
[7] B.A.C., G., Recensement de 1881, district de Chicoutimi et Saguenay, Saint-Fulgence, microfilm 31229_C_13209-00048.
[8] B.A.C., G., Recensement de 1891, district de Chicoutimi, paroisse de Saint-Alexis, microfilms 0953_148193-00481 et 0953_148193-00482.
[9] BAnQ., Registre de la paroisse Saint-Alexis de la Grande Baie, 18 janvier 1892.
[10] A.N.Q., GN. Minutier Lucien Tremblay, no 3974 et no 3975, 8 février 1892.
[11] A.N.Q., GN. Minutier Thomas Zozyme Cloutier, no 6738, 13 avril 1894.
[12] 1930, Recensement fédéral américain, État du Massachusetts, comté d’Essex, ville de Salem.
[13] State of Massachusetts. Record of Birth for Salem, 19 janvier 1896, 22 mars 1897 et 14 novembre 1899.
[14] The Salem, Massachusetts, City Directory for 1893-1901.
[15] BAnQ., Registre de la paroisse Saint-Alexis de la Grande Baie, 2 octobre et 2 novembre 1900.
[16] B.A.C., G., Recensement de 1901 pour le Québec. Laure et les enfants ne sont pas recensés au Québec lors du recensement qui a débuté le 31 mars 1901.
[17] « Mistook ou Mistouk » s’avère des variantes graphiques du mot innu mistik, mistuk signifiant « arbre » ou « bâton », « bois », « morceau de bois » selon que le genre est animé ou inanimé. La rivière Mistouk traverse le territoire de l’ex-municipalité de Delisle, dont l’un des secteurs, Saint-Cœur-de-Marie, lequel a été longtemps connu sous le nom de Mistook ou Mistouk ; ses habitants se nommaient Mistoukois.
[18] TREMBLAY, Paul. Les arrivants à Mistouk 1882. Delisle, Édition du centenaire, 1982, page 529.
[19] A.N.Q., GN. Minutier Joseph Pierre Gagnon, no 3677, 17 mars 1902.
[20] A.N.Q., GN. Minutier Joseph Pierre Gagnon, no 3678, 17 mars 1902.
[21] B.A.C., G., Canadian Immigration Service, Passages frontaliers des États-Unis au Canada pour 1925, Border Entries ; Roll : T-15287. Née aux États-Unis, Alice déclare être entrée au Canada une première fois en 1903.
[22] Dans « Les arrivants à Mistouk 1882 » publié en 1982, l’auteur Paul Tremblay avance qu’Alfred Gagné aurait revendu le moulin à Alphège en 1907 (voir page 529).
[23] TREMBLAY, Paul, op.cit., page 59.
[24] A.N.Q., GN. Minutier David Maltais, no 26182, 2 août 1915.
[25] BAnQ., Registre de la paroisse Saint-Cœur de Marie, 13 mai 1911.
[26] B.A.C., G., Recensement de 1911, district de Chicoutimi et Saguenay, la paroisse de Saint-Cœur de Marie, microfilm e082_e002049772.
[27] A.N.Q., GN. Minutier David Maltais, no 26182, 2 août 1915.
[28] TREMBLAY, Paul, op.cit., pages 529 et 531.
[29] A.N.Q., GN. Minutier Joseph Richard, no 680, 1er décembre 1915.
[30] BAnQ., Cour supérieur, district de Roberval, no 7840. Vente par le Shérif, dame Zélie Tremblay veuve de feu Alfred Gagné.
[31] A.N.Q., GN. Minutier J. Miville Lacroix, 13 août 1919. Acte de vente de la propriété de Jonquière.
[32] A.N.Q., GN. Minutier Joseph Pierre Gagnon, no 6100, 27 mai 1917.
[33] Explications reçues de Donald Maltais, auteur qui a publié plusieurs ouvrages sur l’opération des moulins.
[34] A.N.Q., GN. Minutier Joseph Pierre Gagnon, no 6133, 22 juillet 1917.
[35] A.N.Q., GN. Minutier Joseph Pierre Gagnon, no 6134, 22 juillet 1917.
[36] A.N.Q., GN. Minutier Joseph Pierre Gagnon, no 6187, no 6188, 9 septembre 1917.
[37] BAnQ., Registre de la paroisse Saint-Jérôme de Métabetchouan, 9 octobre 1917.
[38] Ou Kouchepaganish (petite rivière pour apprendre à faire du Canot). Nom de la rivière Couchepaganiche en langue montagnaise et courant dans l’usage à l’époque (à tire d’exemple, voir : Gazette Officielle de Québec, samedi 20 avril 1929, page 1276 et Le Progrès du Saguenay du 11 juillet 1912, page 6, noyade sur la rivière Kouspéganish).
[39] A.N.Q., GN. Minutier Joseph Pierre Gagnon, no 6352, 12 avril 1918.
[40] A.N.Q., GN. Minutier Joseph Pierre Gagnon, no 6817, 7 septembre 1919. L’année de la voiture automobile a été déterminé par son numéro de série.
[41] B.A.C., G., Dossier militaire d’Edmond Harvey, 16 juillet 1918.
[42] B.A.C., G., Dossier militaire, Edmond Harvey, 2 octobre 1918.
[43] A.N.Q., GN. Minutier Joseph Pierre Gagnon, no 6654, 24 mars 1919. Sommation de Marie Louise Boivin qui confirme que le transport du bois depuis les concessions d’Alfred était acheminé jusqu’au moulin et jusqu’au chemin de fer par la rivière Couchepaganiche.
[44] BAnQ., Registre de la paroisse Saint-Jérôme de Métabetchouan, 24 mai 1919.
[45] A.N.Q., GN. Minutier Joseph Pierre Gagnon, no 6738, 11 juin 1919.
[46] A.N.Q., GN. Minutier Joseph Miville Lacroix, 13 août 1919.
[46a] A.N.Q., GN. Minutier Joseph Pierre Gagnon, no 6817, 7 septembre 1919.
[47] A.N.Q., GN. Minutier Joseph Pierre Gagnon, no 6838, 14 octobre 1919. Une fouille plus approfondie des actes notariés relatifs à son partenaire Honorius Gagné pourrait nous en apprendre un peu plus sur la Harvez & Cie, mais comme ce partenaire n’est pas le propos du présent texte, laissons à d’autres le soin de fouiller les archives.
[48] A.N.Q., GN. Minutier Joseph Pierre Gagnon, no 7266, 9 décembre 1920 ; no 7302, 12 janvier1921; no 7311, 21 janvier1921; no 7351, 17 février 1921 ; no 7365, 2 mars 1921 ; no 7375, 8 mars 1921 ; no 7406, 30 mars 1921; no 7449, 20 avril 1921 ; no 7511, 15 juin 1921 ; et no 7538, 4 juillet 1921.
[49] BAnQ., Registre de la paroisse Saint-Jérôme de Métabetchouan, 5 avril 1920.
[49a] A.N.Q., GN. Minutier Joseph Pierre Gagnon, no 7126, 11 août 1920.
[50] A.N.Q., GN. Minutier Joseph Pierre Gagnon, no 7169, 13 septembre 1920 ; no 7181, 24 septembre 1920 ; no 7207, 19 octobre 1920 ; no 7428, 6 avril 1921 ; et no 7475, 6 mai 1921.
[51] BAnQ., Registre de la paroisse Saint-Jérôme de Métabetchouan, 15 septembre 1924.
[52] B.A.C., G., Recensement de 1921, district de Chicoutimi et Saguenay, canton Caron, microfilm E003068041.
[53] B.A.C., G., Canadian Immigration Service, Passages frontaliers des États-Unis au Canada pour 1925, Border Entries ; Roll : T-15287. Bien que nous soyons en 1925, le document mentionne qu’elle est divorcée, une réalité américaine qui n’avait pas encore traversé les frontières.
[54] Massachusetts Death Registry, Lawrence, 3 août 1975.
[55] BAnQ., Registre de la paroisse Notre-Dame-Immaculée de Roberval, 15 septembre 1924.
[56] BAnQ., Registre de la paroisse Saint-Jérôme de Métabetchouan, 6 juillet et 7 août 1925.
[57] BAnQ., Registre de la paroisse Saint-Thomas de Parent, 29 janvier 1927.
[58] BAnQ., Registre de la paroisse Sainte-Thérèse-d’Avila de Dolbeau, 7 août 1928.
[59] Ibid., 7 octobre 1928.
[60] B.A.C., G., Canadian Immigration Service, Report of Admissions and Rejections at the Port of Hereford Road, Que. for the Month ending April 30, 1933. Les documents du gouvernement du Canada n’indiquent que les noms des deux frères, rien n’indique que leur famille respective les accompagnait. Je n’ai pu trouver d’autres documents qui auraient démontré des voyages allers-retours pendant cette période.
[61] A.N.Q., GN. Minutier Joseph Henry Oscar Fortin, no 822, 1er avril 1931.
[62] BAnQ., Registre de la paroisse Saint-François-Xavier de Chicoutimi, 30 juillet 1932.
[63] B.A.C., G., Canadian Immigration Service, Report of Admissions and Rejections at the Port of Hereford Road, Que. for the Month ending April 30, 1933.
[64] BAnQ., Registre de la paroisse Saint-Jérôme de Métabetchouan, 20 décembre 1960.