Edwidge est une fille de cultivateur de Saint-Fulgence. Née le 16 octobre 1908 à l’Anse-aux-Foins, Marie Edwidge ne semble pas avoir porté ses prénoms très longtemps[1]. Elle n’a que douze ans alors qu’elle se fait déjà prénommée Lauréanne[2]. Ce prénom n’est donc pas un nom de plume de celle qui deviendra romancière comme certains on put croire. Elle n’aura qu’un frère, Antoine (1911-1952).
Lauréanne n’est pas encore adolescente lorsque sa mère, Aurélie Desgagné (1889-1926), est hospitalisée à Chicoutimi. Comble de malheurs, la maison familiale passe au feu alors que la famille est au chevet de la mère hospitalisée. Elle et son frère se réfugient alors chez leurs grands-parents, Michel Harvay et Hermeline Dallaire (1849-1933). L’automne venu, Lauréanne est placée chez les sœurs du Sacré-Cœur de Marie à Québec. Lorsqu’elle revient au Saguenay à l’été 1921, son père a vendu la terre familiale de Saint-Fulgence et ils habiteront dorénavant une maison dans le rang des îles, à huit kilomètres plus au sud, dans l’Anse-à-Pelletier, entre le cap Jaseux et le cap au Leste. Lauréanne retrouve sa mère en convalescence, une convalescence dont elle ne se remettra jamais. En septembre, bouleversée par la situation, Lauréanne, qui a déjà treize ans, retournera à Québec chez les sœurs. On ne sait pas combien d’années Lauréanne passa ainsi entre le Saguenay et le couvent à Québec, mais quoi qu’il en soit, sa mère s’éteint en avril 1926.
En octobre, alors qu’elle n’est pas encore majeure et sans l’autorisation de son père, Lauréanne part vivre à Chicoutimi alors qu’elle n’a que dix-huit ans[3]. Son père ne pardonnera pas la honte qu’il a vécue à son départ de Saint-Fulgence sans son assentiment. Il ne la reconnaît plus comme sa fille si bien que, lorsqu’il convole en secondes noces à l’hiver 1926, Lauréanne qui a peut-être été invitée n’assiste pas à la cérémonie. Son père vient d’épouser l’une des tantes de Lauréanne, veuve et cousine de son père ; il s’agit d’Albertine Harvay (1885-1946) chez le grand-oncle Noël (1860-1934). Une trâlée de marmots entre alors dans la maison familiale avec la nouvelle épouse. On ne reverra plus la future romancière à Saint-Fulgence.
Le 12 septembre 1934, Lauréanne épouse l’architecte Léonce Desgagné (1908-1979), un petit-cousin. Comme son père n’assiste pas à la cérémonie, c’est son oncle Georges Simard marié à l’institutrice de Saint-Fulgence, Marie Louise Harvey (1882-1975), qui lui sert de témoin. Cette tante avait été une inspiration pour Lauréanne sur le chemin qu’elle choisit de suivre. Au décès de son frère Antoine, en 1956, Lauréanne revit son père pour une première fois depuis trente ans lors des funérailles mais ils ne s’adressèrent pas la parole. Lauréanne n’aura pas d’enfant.
Avec une enfance et une adolescente mouvementée, Lauréanne ne manqua pas d’inspiration lorsqu’elle devint une romancière et dramaturge. Elle sera connue ici, mais également en Belgique, en France et en Suisse. Elle a été choisie, à deux reprises, lauréate du prix littéraire de la Plume Saguenéenne : en 1978 pour son roman L’enfer au soleil et en 1980 pour son roman de science-fiction L’exilé en voyage de noces sur Vénus. Le prix de la Plume saguenéenne est un prix littéraire québécois qui a été créé en 1977 par la Société des écrivains canadiens. Il a pour objectifs de promouvoir la littérature et d’encourager les auteurs du Saguenay–Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord. Lauréanne a été la première à recevoir ce prix[4].
En 1979, Lauréanne voir partir son partenaire de vie. En décédant, l’architecte Léonce Desgagné lui laissait une poursuite de 530 000 $ (au-delà de 4 millions en 2025) entamée par la Fabrique de la paroisse Saint-Philippe d’Arvida. L’église Saint-Philippe, construite en 1964, avait dû fermer ses portes en 1971 en raison de vices allégués de construction. Après des années de procédures judiciaires, en 1984, la Cour d’appel du Québec donnait en partie raison à la Fabrique et condamnait Lauréanne, exécutrice de la succession de son mari, conjointement avec deux autres entités responsables de la construction. À elle seule, Lauréanne dut rembourser 143 258 $[4a]. La lauréate de nombreux prix littéraire n’écrira plus. Le 20 janvier 1992, Edwidge dite Lauréanne décède à Chicoutimi la ville qui l’avait accueillie alors qu’elle était adolescente et où elle vécut toute sa vie d’adulte.
En 2021, l’auteure Michèle B. Tremblay a écrit un livre intitulé Des lueurs de liberté publié en deux tomes aux Éditeurs Réunis : Une vie à construire et Une œuvre à vivre mettant en vedette Lauréanne Harvey, d’abord sur la ferme de son père à Saint-Fulgence dans les années 1920, puis avec son mari, un architecte conscrit pendant la Deuxième Guerre mondiale. Bien que l’auteure, pour mettre son héroïne à l’avant-scène, se permette quelques libertés chronologiques, l’histoire raconte de grands pans de la vie réelle de Lauréanne.
Edwidge dite Lauréanne Harvey a comme généalogie patrilinéaire Wilfrid Harvey (1885-1976), Michel Harvay (1849-1926), Joseph dit Lélé Hervey (1808-1884), Michel Hervé (1771-1810), Pierre Hervé (1733-1799) et Sébastien Hervé (1695-1759) chez le migrant Sébastien Hervet (1642-1714).
***********************************************************************************
Pour revenir à la liste des Harvey en culture, cliquez ICI
***********************************************************************************
[1] BAnQ., Registre de la paroisse Saint-Fulgence, 16 octobre 1908.
[2] B.A.C., G., Recensement de 1921, district Chicoutimi et Saguenay, sous-district Saint-Fulgence, microfilm, e003067147.
[3] L’âge de la majorité est encore établi à 21 ans à l’époque.
[4] BAnQ., COLLECTIF. « La fête des Vickings — Lauréanne Harvey », Journal Le Quotidien (2 juillet 1983).
[4a] Greffe de la Cour d’appel du Québec. Numéro du greffe 15607, 2 février 1984, Desgagné contre Fabrique de Saint-Philippe d’Arvida.