Né au Lac-Saint-Jean le mercredi 29 juin 1921, Joseph Gérard Aurélien est l’aîné d’une famille qui comptera onze enfants[1]. Rien ne le prédestine à une carrière artistique, car ses parents étant fromagers sur l’île d’Alma, il travailla jusqu’à l’âge adulte à la fromagerie familiale. Aurélien a un talent inné pour l’ébénisterie. C’est d’ailleurs comme ébéniste spécialisé qu’il gagnera sa vie chez Alcan dès le début des années 50 et y travaillera pendant plus de trente ans. De cette profession naîtra son goût pour la marqueterie artistique, cet art ancien qu’il pratiquera dès 1957. Aurélien avait une âme d’artiste, car il fut aussi violoneux à ses heures.
Il avait déjà vingt-cinq ans lorsqu’il s’unit à celle qui l’accompagnera pendant la plus grande partie de sa vie. Le 18 août 1946, en l’église Saint-Joseph d’Alma, Aurélien épouse Blanche Alice Bouchard (1921-1997). De cette union naîtront six enfants. Après la mort de sa première épouse, il convolera en secondes noces, le 11 avril 2000, avec Madeleine Imbeau (1920-2017).
Comme plusieurs d’entre nous, Aurélien avait entendu trop souvent son patronyme prononcé à l’anglaise. Il utilisera donc le pseudonyme « Arvé » pour signer ses œuvres, afin que personne n’ait de doute sur ses origines françaises et jeannoises[2].
La marqueterie
La marqueterie est un décor réalisé avec l’assemblage de placages de bois et de diverses autres matières telles que des incrustations de métaux, découpés suivant un dessin et collés sur un support (meuble, boiserie, ou tableau). Les images ainsi obtenues peuvent être géométriques (frisage), figuratives ou abstraites.
Dans ces œuvres, Aurélien utilisa une centaine d’essences de bois. Par exemple, pour un paysage, il se servait du frêne blanc pour les nuages, du rosa péroba pour le coucher du soleil et du harewood pour les lacs. L’écusson servant de prix pour les Jeunesses musicales du Canada est l’une de ses œuvres. Membre de la société britannique « The Marquetry Society of Great Britain », Aurélien a marqué les années 60 et 70 en participant à de nombreuses compétitions et expositions et en emportant de nombreux prix dans l’art de la marqueterie. Parmi ceux-ci on trouve, entre autres, le premier prix de l’Exposition provinciale de Québec, le troisième prix en art décoratif de l’Exposition nationale de Toronto et une participation remarquée et reconnue lors de l’exposition des marquettistes de Grande-Bretagne, en 1965[3].
Dans les années 1990, il vend la propriété d’Alma où il pratiquait son art et se construit un atelier près de son chalet dans le rang des Îles à Saint-Gédéon. Il y poursuivra sa passion jusqu’à son décès le 31 octobre 2007. Il avait quatre-vingt-six ans. Arvé s’était fait connaître au sein de la communauté artistique en partageant sa passion pour la marqueterie pendant cinquante ans[4].
S’il y a un legs dont Aurélien devait être fier, c’était celui d’avoir transmis à l’un de ces enfants, Suzanne, la passion pour le travail du bois. C’est sur les traces de son père, en observant ce dernier, qu’elle a développé un attrait particulier pour le bois.
Le talent artistique ne s’arrête pas là dans la famille, Serge Harvey (1960-2017), le deuxième fils et cinquième enfant d’Aurélien, œuvrait également en culture ; il était monteur dans le domaine cinématographique. Il fut connu pour Les Chroniques de Riddick : Domptez les Ténèbres (2013), Chute mortelle (2012) et Les immortels (2011).
Les quatre autres enfants d’Aurélien ne sont pas en reste avec énormément de talents pour les arts textiles et le chant.
Aurélien Harvey a comme généalogie patrilinéaire le cultivateur et fromager Xavier Hervey (1891-1982), le cultivateur sur l’île d’Alma et maire de la municipalité de 1892-1897 François Hervay (1851-1930), l’un des membres de l’association des défricheurs du township de Jonquière Protes Hervai (1825-1897), les entrepreneurs forestiers Pierre Hervez (1799-1853) et Pierre Hervé (c.1759-1857), Pierre Hervé (1733-1799), Sébastien Hervé (1695-1759) chez le migrant Sébastien Hervet (1642-1714).
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[1] BAnQ., Registre de la paroisse Saint-Joseph d’Alma, 29 juin 1921.
[2] BAnQ., PARADIS, Gilles. « Un choix heureux dans la carrière d’Aurélien Harvey », Journal Le Soleil (10 juin 1972).
[3] BAnQ., BOUCHARD, Laurent. « Grand prix au salon du printemps », Journal Le Lingot (16 mai 1963).
[4] BAnQ., PELLETIER, Rosaire. « Aurélien Harvey a la passion de la marqueterie artistique », Journal Le Lac-Saint-Jean (1er octobre 1995).