Au XIXe siècle, avant la révolution industrielle, une large partie du Maine parlait français, surtout au Nord. Des Acadiens et des Québécois, à majorité catholique, s’y étaient installés avant que ce territoire, jusque-là attaché au Bas-Canada, ne devienne en 1820 un État américain, dont les frontières ont d’ailleurs mis un certain temps à être fixées comme on l’a vu dans l’histoire de François Hervey (1810-c.1900). Le développement d’usines en Nouvelle-Angleterre, entre 1850 et 1930, encourage un fort mouvement migratoire. Un bon nombre des 900 000 Canadiens français qui traverseront la frontière se retrouveront dans les villes-usines du Maine. Ils constituent une main-d’œuvre corvéable et bon marché. Ils seront plus d’une cinquantaine de Harvey parmi nos ancêtres à prendre cette direction. Cette immigration a fait que des villes du Maine ont connu d’importants changements démographiques rapides faisant contraste avec les régions rurales de cet État, à majorité protestante et anglaise.
Rappelons que c’est au Maine, que l’importante diaspora canadienne-française fut la cible principale de l’organisation raciste et ultranationaliste du Ku Klux Klan durant les années 1920. Si peu des premiers arrivants parmi les Harvey ont à goûter la médecine de ce groupe, leurs enfants n’y échapperont pas. Dès 1919, des règlements interdisent l’usage du français au Maine. À peine un siècle auparavant, la population était pourtant à majorité française, du moins dans le nord de cet État limitrophe du Québec et du Nouveau-Brunswick. Pendant la deuxième résurgence du KKK dans les années 1920, le groupuscule a essaimé au Maine et sa cible principale était la population franco-américaine catholique. Les membres du Klan intimidaient les Franco-Américains, dans leurs campagnes de haine, se voyant comme les seuls dépositaires autorisés de l’Amérique. Plusieurs descendants de Canadiens français changeront de nom pour éviter d’être molestés dont certains des nôtres comme nous le verront. Le soutien direct à l’organisation du KKK s’essoufflera à la fin des années 1920. Entre 1919 et 1960, dans la volonté d’homogénéiser la population pour mieux l’intégrer aux valeurs américaines, on ne finance plus l’enseignement dans une autre langue que l’anglais. Bien que l’argument racial soit moins invoqué, contrairement en Louisiane, les effets sont les mêmes : les enfants francophones n’ont plus accès à l’enseignement dans leur langue. Ce seront les lois qui régissent le système scolaire qui juguleront finalement le français au Maine. Quand l’interdiction du français sera levée en 1960, l’usage de cette langue dans la vie publique aura été perdu. La culture s’est déracinée passablement, même de la vallée du fleuve Saint-Jean, à la lisière de la frontière avec le Québec et le Nouveau-Brunswick[1].
Voici l’histoire de la cinquantaine de Harvey ayant choisi le Maine comme terre d’accueil :
Après la fin de la guerre civile américaine, Brunswick a connu un afflux massif de Canadiens français à la recherche d’un emploi et d’une chance d’avoir une vie meilleure. Brunswick était l’une des nombreuses villes de la Nouvelle-Angleterre qui avaient des moulins en pleine production et qui avaient besoin de travailleurs à bon marché. En 1870, déjà plus de mille Canadiens français provenant principalement du Québec vivaient à Brunswick, une ville qui comptait alors une population totale de quatre mille six cents habitants. L’usine de la « Cabot Mill cotton and textile » comptait à elle seule cinq cent cinquante employés. La compagnie avait construit soixante-quinze immeubles pour loger les travailleurs le long de la rue Mill, à portée de marche de l’usine. Plus qu’à tout autre endroit aux Maine, les Harvey y sont débarqués en grand nombre et certains y sont restés. La Cabot Mill a été le point d’ancrage des Harvey à Brunswick.
Marie Phébée Harvai (1826-post.1915)
Phébée de la sixième génération, quitte Saint-Jérôme au lac Saint-Jean en 1881. Elle est la première Harvey à choisir Brunswick au Maine comme terre d’accueil. Phébée Harvai est la fille aînée de Joseph François Hervé (1794-1890) à David Hervé (1764-1837) chez Dominique Hervé (1736-1812). Son père est l’unique Harvey ayant combattu lors de la guerre de 1812.
Thomas Harvey (1872-1920)
Thomas de la septième génération, quitte Saint-Cyriac au Saguenay le 16 septembre 1887 alors qu’il n’a que quinze ans. Il fait partie du petit groupe de célibataires qui, chez les Harvey, ont tracé le chemin vers les États-Unis et qui seraient suivis par leurs familles. Il est le cinquième fils de Joseph Hervey (1838-av.1894) à Pierre Lumina Hervé (1796-1858) à David Hervé (1764-1837) chez Dominique Hervé (1736-1812).
Joseph Hervey (1838-c.1894)
Joseph de la sixième génération, quitte le chemin Kénogami dans la Mission Saint-Cyriac au Saguenay en 1888. Il est le fils cadet d’un deuxième lit de son père Pierre Lumina Hervé (1796-1858) à David Hervé (1764-1837) chez Dominique Hervé (1736-1812). Avec sept fils et quatre filles pour lesquels Joseph devait envisager l’avenir, le choix de la municipalité de Brunswick, à l’époque, offre une multitude de possibilités d’emplois pour cette famille de cultivateur qui avait une bonne expérience du travail dans les chantiers et dans les moulins. Neuf des enfants de Joseph Hervey nés au Saguenay seront parmi nos cousins américains.
Georges Harvey (1873-1914)
Georges de la septième génération, quitte Murray Bay en 1891 alors qu’il n’a pas encore dix-huit ans. Il est parmi les quelques célibataires qui partent rejoindre des Harvey déjà établis à Brunswick au Maine. Georges Harvey est le fils aîné de Joseph Harvey (1846-1885) à Pierre Hervey (1807-1872) à Dominique Romain dit Joseph Hervé (1768-1830) chez Pierre Hervé (1733-1799).
Alexandre Hervai (1835-1900)
Alexandre de la lignée de ceux qu’on surnomme les Pierrot est un fils de la sixième génération. Il quittera Jonquière au Saguenay avec une partie de sa famille en 1892 pour s’établir sur une terre de Brunswick dans le comté de Cumberland au Maine et offrir à sa nombreuse progéniture des possibilités d’emplois dans les filatures de l’endroit. Il est le quatrième des nôtres à se voir attiré par cette petite ville de la Nouvelle-Angleterre. Il est l’aîné survivant de Chrysostome Hervé (1803-1886) à Pierre Hervé (1759-1857) chez Pierre Hervé (1733-1799).
Joseph Harvey (1846-1899)
Joseph de la sixième génération, quittera Sacré-Cœur au Saguenay avec sa famille vers 1893 pour aller vivre à Brunswick au Maine comme quatre autres familles de Harvey l’avaient fait avant lui. Il est le cadet d’une famille de six enfants. Il est fils de Jean Hervey (1808-1880) à Louis Hervé (1762-1842) chez Pierre Hervé (1733-1799).
Timothée Harvey (1847-1939)
Timothée de la sixième génération, quittera Saint-Fulgence au Saguenay vers 1894 pour aller vivre à Brunswick au Maine. Il est l’un des nombreux descendants de Michel Hervé à tenter sa chance en Nouvelle-Angleterre et particulièrement dans le comté de Cumberland au Maine. Il est le cinquième fils de Timothée Hervey (1806-1880) à Michel Hervé (1771-1810) chez Pierre Hervé (1733-1799).
Avant tout, Westbrook évoque l’histoire d’un moulin, la papetière S.D. Warren Mill Company, un grand complexe industriel enjambant la rivière Presumpscot et construit en 1730. Ce moulin, acheté et revendu plusieurs fois, deviendra la pierre angulaire de cette petite ville. Autrefois le papier était fabriqué en utilisant de la pâte de chiffons, mais en 1867 on décida d’y ajouter des fibres de bois. C’était la première usine aux États-Unis à le faire. Cette technique concourut au renom du moulin et après la fin de la guerre civile américaine, Westbrook connut un afflux massif de Canadiens français à la recherche d’un emploi et la possibilité d’une vie meilleure. Après Brunswick, c’est à Westbrook, au Maine où un grand nombre de Harvey sont allés travailler aux États-Unis. La S.D. Warren Mill Company fut le point de chute de ces Harvey dans cette ville.
George Harvey (1853-1916)
George, de la septième génération, quitte Jonquière en 1879. Il est le second Harvey de souche française à s’exiler aux États-Unis. George est le troisième fils d’Ubalde Hervai (1823-1882) à Pierre Hervez (1799-1853) à Pierre Hervé (1759-1857) chez Pierre Hervé (1733-1799).
Ubalde Hervai (1823-1882)
Ubalde de la sixième génération et père du précédent, partira rejoindre son fils à Westbrook dans l’État du Maine à l’été 1881. Il est parmi les premiers Harvey de souche française à s’exiler aux États-Unis. Ubalde Hervai est le second enfant de Pierre Hervez (1799-1853) à Pierre Hervé (1759-1857) chez Pierre Hervé (1733-1799).
Les frères Henri Harvey (1855-1927) et Joseph Hervey (1859-1942)
Henri et Joseph de la septième génération, quittent Chicoutimi en juillet 1881. Ils sont les seconds et troisièmes célibataires de l’endroit à tenter l’aventure américaine. Henri et Joseph Harvey sont les deux premiers fils d’Elie Harvay (1832-1905) à Elie Hervé (1801-1832) à Michel Hervé (1771-1810) chez Pierre Hervé (1733-1799).
Elie Harvay (1832-1905)
Elie de la sixième génération, père des deux célibataires précédents, quittera Chicoutimi en 1884 pour s’exiler aux États-Unis. La famille d’Elie est la seconde à partir vivre dans la petite ville manufacturière de Westbrook au Maine. Elie Harvay est le cadet de trois enfants d’Elie Hervé (1801-1832) à Michel Hervé (1771-1810) chez Pierre Hervé (1733-1799).
Le chemin qu’empruntera la seule de nos ancêtres à s’établir à Winslow est le même qu’avait pris Benedict Arnold à la tête des troupes américaines dans leurs tentatives d’envahir le pays en 1775. Le village de Winslow est situé au centre de l’État du Maine sur la rive est de la rivière Kennebec. Outre l’agriculture, la principale source de revenus des mille huit cents habitants des années 1890 est le moulin de la de pâte et papier Hollingsworth & Whitney Company.
Marie Harvey (1846-1934)
Marie est une Hervy/Harvey native des Îles-de-la-Madeleine. Elle est de la troisième génération de Hervy/Harvey et quittera la Beauce en 1892 pour aller vivre aux États-Unis. Marie est la deuxième de douze enfants de Narcis Arvis (1821-1890) chez François Hervy (1793-1881).
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[1] BAnQ., NADEAU, Jean-François. « Quand le KKK faisait sa loi contre les Canadiens français du Maine », Journal Le Devoir. Montréal, (8 juin 2021).