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le tumulus du Bernet à Saint-Sauveur



Le Tumulus du Bernet à Saint-Sauveur

Tumulus découvert par H. de Wrangel qui fouilla superficiellement, à l'automne 1930, le dolmen contenu dans la partie sud. Les fouilles reprirent au printemps 1931 avec l'aide de O. Janse : tout le tumulus fut alors exploré. Laissé ensuite à l'abandon, il fut fouillé clandestinement, en avril 1970, par une équipe de l'IMP de Villambis à Cissac-Médoc.

Long tumulus orienté quasiment nord-sud et fait de sables et de pierrailles calcaires. Longueur : 26 m; largeur: 14 m; hauteur: 1 m. Le pourtour de ce tertre était délimité, au moins partiellement, par une petite murette de pierres sèches de 0,50 m de haut, formant deux marches de 0,25 m.

A 3,50 m du bord nord, Janse et de Wrangel découvrirent «à peu près au niveau du sol naturel, des pierres formant un carré » (Janse). Cette structure, dont on ne sait rien de plus, a été rapprochée par Burnez de la «maison des morts » en rondins du long barrow de Nutbane (Penton Grafton, Angleterre). Pourtant, les pieux en bois dont parle Burnez n'ont pas été signalés par Janse dans cette portion du tumulus : ils étaient dans la structure en pierres sèches ceinturant le coffre ; nous y reviendrons.

Au centre du tertre, se trouve un coffre mégalithique, fait de dalles d'une taille comparable à celle des blocs entrant dans la composition du dolmen polaire. Le plan de ce coffre est rectangulaire; son orientation est identique à celle du tumulus (nord-sud). Longueur: 2,10 m; largeur: 0,80 m. Huit montants : une dalle de fond renversée au nord; trois dalles en place à l'est et quatre autres à l'ouest. Du côté sud, il y a actuellement deux gros blocs placés l'un sur l'autre. Sur les photos de 1931, on voit que le coffre avait sa face sud complètement obturée par un mur de pierres sèches. Calcaire à astéries.

Entre le coffre et le dolmen polaire occupant la partie méridionale du tertre, il y avait un amas de pierres sèches qui «s'allongeait en deux bras assez minces » (Janse). Sur le plan laissé par l'archéologue suédois, on a l'impression que cette structure pierreuse entourait le caisson.

C'est à propos de cet amas de pierres que Janse écrit :

«Nous avons observé qu'en certains endroits les pierres formaient de petits cercles de 0.20 m ou 0.30 m de diamètre, et dans lesquels était seulement du sable. Il est possible que ces cercles de pierres aient servi à caler des pieux en bois verticaux qui ne sont pas parvenus jusqu'à nous. » (Janse, 1933).

Tour à tour, cette structure fut interprétée comme des “antennes” (Roussot-Larroque, 1986) puis comme le parement du tumulus primaire construit pour le coffre (Roussot-Larroque, 1990). Pour notre part, nous préférons y voir les vestiges du système de recouvrement du coffre qui, en apparence, n'avait pas de toiture lithique.

Le dolmen polaire situé dans la partie sud du tumulus est actuellement complètement défiguré par rapport à son état d'origine. Cela vient de la restauration opérée par Janse et, surtout, du pillage effectué en 1970 par l'équipe de l'IMP de Villambis.

Janse a représenté sur son plan une cella rectangulaire avec une ouverture sur la grande paroi ouest, ce qui est confirmé dans le texte : «Il était plus considérable que la ciste du centre et mesurait 4 mètres de longueur sur presque 2 mètres de large. Il avait aussi la forme d'un rectangle bâti en énormes blocs et en dalles dont la plus haute mesurait un peu plus d'un mètre. Au commencement des fouilles, nous avions trouvé parmi ces pierres deux blocs qui, primitivement, devaient avoir été placés à plat comme couverture. Les pierres du côté Nord et du côté Est étaient presque intactes, tandis que celles du côté Ouest et du côté Sud étaient en partie renversées ou légèrement déplacées.

Après avoir terminé les fouilles du monument, nous procédâmes à sa restauration et nous mîmes en place les blocs renversés.

Au milieu, du côté Ouest, existe une ouverture certainement faite avec intention. C'est là que devait être l'entrée de la maison mortuaire.

La partie Sud était couverte d'une sorte de toiture formée par quelques dalles inclinées.

Quant aux deux grands blocs dont j'ai parlé précédemment, nous les avons disposés de chaque côté de la sépulture : voilà pour le dolmen. (Janse, 1933).

Claude Burnez a interprété ce monument comme un dolmen simple. Il est vrai que c'est l'impression qu'il donne, sur le terrain, actuellement. Mais, comme on le constate, il n'était pas ainsi au début des fouilles. Si on se base sur le texte de Janse (la seule référence pour ce sujet), on pense beaucoup plus à un petit dolmen à couloir angoumoisin.

Rien ne permet d'éliminer totalement l'hypothèse d'une construction synchrone coffre/dolmen. Néanmoins, compte tenu de ce que l'on sait des mégalithes polaires des longs tumulus de la façade atlantique, il est plus logique d'envisager, pour ce dolmen du tumulus du Bernet, l'hypothèse d'un rajout architectural secondaire.

Cela dit, il n'existe pas d'argument pertinent pour affirmer qu'il y ait eu, lors de l'édification du dolmen, un net allongement du tumulus primaire. Les dalles du dolmen polaire sont en calcaire stampien.

Le tumulus du Bernet a été fouillé en 1931 par O. Janse et H. de Wrangel.

Dans la partie nord-est du tumulus, les fouilleurs découvrirent «des amoncellements de scories ayant l'aspect de scories de fer » (Janse). Ils conclurent qu’un ou plusieurs fours primitifs, destinés à fondre du fer, avaient été implantés dans la masse tumulaire. Il s'agit, de toute évidence, d'une intrusion tardive.

Durant les travaux de dégagement du tertre, il fut trouvé un débris de ciseau en silex gris, au polissage soigné, des éclats de silex et divers tessons non décorés.

Le coffre central contenait un squelette humain (féminin ?), en très mauvais état. Le corps était recroquevillé, couché sur le côté, la face tournée vers l'est. La tête reposait sur une pierre plate formant une sorte d'oreiller lithique. Le mobilier funéraire était pauvre : une défense de sanglier et deux vases. Le premier, placé en avant du crâne, était une bouteille à fond rond en «pâte rougeâtre, micacée à noyau noir, très friable » (Janse), munie de deux petites anses en saillie de 1 cm, perforées horizontalement et «placées diamétralement » (Janse). Les fouilleurs lui ont donné une hauteur de 13 cm. Le second vase était placé en arrière du crâne : il s'agissait d'une poterie cylindrique à fond rond, bien cuite, de couleur brun-noir, dotée vers l'embouchure de deux petits tétons de préhension placés côte à côte. Les deux vases appartiennent au Néolithique moyen girondin.

Dans la partie nord-est du tertre, les fouilleurs récoltèrent de la céramique tout à fait semblable à celle du coffre. Ces tessons ont été étudiés par J. Roussot-Larroque qui a pu reconstituer deux poteries à fond rond du Néolithique moyen : un bol non décoré mais muni de deux tétons jumelés placés près de l'embouchure; une écuelle non décorée.

Dans l'amas de pierres existant entre le coffre et le dolmen polaire, on trouva «des éclats de silex, de nombreux tessons, entre autres quatre morceaux d'un pot à fond plat et décoré dans le bas de stries obliques et de triangles obtenus par impression » (Janse, 1933). Ce secteur a paru remanié aux fouilleurs.

Le dolmen polaire livra de nombreux débris d'ossements humains, dont à peu près 150 dents, le tout en très mauvais état de sorte qu'aucune analyse ne fut possible à l'époque des fouilles.

Janse, à propos du mobilier, nous dit ceci : «Le mobilier funéraire comporte les objets principaux suivants : d'abord le poignard déjà cité; trois pointes de flèche en silex gris, à soie et à barbelures du type Déchelette, une alêne en os et un gobelet caliciforme à parois très fine en terre cuite rougeâtre, lustrée, hauteur 0.4 m, qui fut trouvé dans la partie Sud et en position renversée. Il ne contenait que du sable. Signalons ensuite la trouvaille de nombreux fragments d'un autre gobelet caliciforme, mais beaucoup moins haut que le précédent, et divers autres tessons dont quelques-uns ornés. » (Janse, 1933).

Le poignard dont il est question est un poignard en cuivre, à languette, dont Ferrier a donné les dimensions : 130 mm de longueur, 34 mm de largeur maximum (largeur de la languette : 10 mm). Jean Ferrier a également communiqué les dimensions des armatures perçantes en silex (dont une était «un véritable bijou ») : longueur, 17, 28 et 34 mm ; largeur maximum, 20, 16 et 23 mm ; épaisseur : 2 mm (Ferrier, 1938).

Le Musée d'Aquitaine (Bordeaux) conserve ce qui reste de la collection H. de Wrangel et donc, naturellement, quelques-unes des pièces remarquables trouvées lors des fouilles de 1930-1931 : vase à deux tétons de préhension du coffre central ; vases du Néolithique moyen trouvés dans la partie nord-est du tertre (remontages J. Roussot-Larroque) ; vase campaniforme, à cordon lisse et peu saillant situé près de l'embouchure, pouvant correspondre au premier Campaniforme cité pour le dolmen polaire; jatte campaniforme non décorée, moins haute que le vase précédent et susceptible de correspondre au deuxième Campaniforme cité pour le dolmen polaire... Toutefois, nous ne sommes pas persuadés, loin s'en faut, que tous les objets marqués «Bernet » de la collection H. de Wrangel du Musée d'Aquitaine proviennent bien du seul tumulus du Bernet. On sait en effet que le comte de Wrangel a exploré, aux environs de la bergerie du Bernet, divers sites archéologiques. Parmi ceux-ci figurait notamment le dolmen de la Grosse Pierre (Cissac-Médoc) où nous savons, par des témoignages oculaires, qu'il fut trouvé de la poterie. Dès lors, la masse impressionnante de tessons marqués «Bernet » au Musée d'Aquitaine, qui ne semble pas correspondre aux quantités mentionnées dans l'article de Janse, pourrait bien provenir, finalement, d'au moins deux sites distincts.

D'autre part, parmi les objets importants signalés dans le compte rendu de 1933, certains ne figurent pas au musée et semblent avoir disparu : le poignard, les armatures de flèches et l'alêne en os du dolmen polaire ; la défense de sanglier du coffre. En ce qui concerne la bouteille à anses opposées du coffre, on a un problème certain : cet objet n'est pas au Musée d'Aquitaine mais il a été signalé dans la collection Courouble (à Gaillan-Médoc) ; toutefois, quand nous avons visité cette série en 1989, le vase n'y était plus et on ne se souvenait pas l'avoir vu !

En avril 1970, le dolmen polaire a été pillé clandestinement par une équipe venue de l'IMP de Villambis. A cette occasion, on trouva une jolie hache polie en roche dure de couleur gris-beige avec des bandes de couleur gris foncé et rouille. Cette hache mesure 95 mm x 47 mm x 24 mm. Elle est conservée par M. Meynard, à Pauillac.

Le tumulus du Bernet se trouvait près de sources ayant la réputation de soigner les maladies des yeux. Il y avait autrefois, près de ces sources, une chapelle dédiée à Saint-Clair. Un même contexte folklorique environne la pierre de la chapelle de Mons (Belin-Béliet) et le menhir de Pierrefitte (Saint-Sulpice-de-Faleyrens). >>

- Sources : Barennes, 1931; Nicolaï, 1931 et 1931 ; Janse, 1933 ; Ferrier, 1938 ; Coffyn, 1971 ; Burnez, 1976 ; Joussaume, 1985 ; Roussot-Larroque, 1986 ; Roussot-Larroque, 1990 ; Devignes, 1990.


Etudes sur Les Mégalithes dans le Médoc. 2021. Emmanuel Gallineau. Droits réservés.



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