la forêt de Gascogne

une contribution de Norilia que je remercie

On entend dire parfois Que la vie économique des Landes du Sud-ouest a commencé le jour où Brémontier a planté des pins dans les dunes pour arrêter l'envahissement de la contrée parles sables qu'apportait l'Océan et que le vent, poussait vers l'intérieur des terres. C'est là une erreur. Si l'on ne doit pas nier les résultats considérables de l'oeuvre de Brémontier, on ne saurait méconnaître que, bien avant le XIXè siècle, les landes de Gascogne avaient une véritable activité industrielle et commerciale.

Dès une lointaine antiquité, les populations indigènes avaient, pour leurs usages domestiques, employé le bois qu'elles trouvaient aux alentours de leur campement ou de leurs habitations.

Les époques qui ont précédé la nôtre, même très reculées, ont connu l'utilisation de la résine, puis ce fut la transformation, progressivement perfectionnée, de ce suc précieux. Au XIVème siècle, un marché régulièrement organisé, réglementé, existait à Bordeaux sous la domination anglaise. Au XIVème siècle, le commerce expédiait, tant à l'intérieur du pays qu'à l'étranger, de très importantes quantités de résine pour la fabrication des chandelles, de brais, de goudrons, de poix. Au XVII ème et XVIII ème siècles, le goudron et le brai des landes étaient largement employés pour l'entretien des navires en bois de la marine royale. Les grands ministres de Louis XIV et de Louis XV s'inquiétèrent de développer et de protéger la production et l'industrie de la résine.

A certains moments, alors que la guerre navale était générale dans l'Ouest de l'Europe, l'exportation des produits résineux du être interdite.

Évidemment, c'est au XIXème siècle, grâce aux travaux de l'ingénieur Chambrelent, qu'ont été réalisés la reconstitution et l'équipement de la forêt, dont la complète réalisation peut être située aux environs de 1890. Cependant cette région, qui dispose d'une production importante et merveilleuse, riche d'éléments constitutifs très divers, n'a pas cherché à exploiter à fond chez elle ses fabrications premières.

Elle s'est contentée de fournir des aliments à l'industrie française et étrangère, laissant ainsi à d'autres le bénéfice de transformations pour lesquelles elle était cependant si qualifiée, puisque second producteur de résine dans le monde, elle occupait, en Europe, la première, la plus ancienne place. Sans doute, aujourd'hui, les exemples d'hommes actifs et avertis ont amené quelques modifications.

Depuis 1914, la Forêt a subi des assauts terribles. Au cours des deux guerres mondiales, elle a du fournir du bois, de la résine, pour la défense nationale; puis elle a dû faire face aux besoins de la reconstruction. L'industrie, dans son mouvement de redressement, intensifiait ses demandes de bois et de produits résineux.

Les incendies ont causé de sérieux dégâts de 1918 à 1939; ils ont pris une allure catastrophique pendant l'occupation puis terrifiante en 1945 et 1946. Les superficies boisées ont beaucoup diminué, et voici, après le feu, des insectes, des cryptogames, qui s'acclimatent sur les bois brûlés et viennent ensuite porter leurs attaques sur les arbres encore vivants et sains.

Devant cet ensemble de menaces, de ravages, la population se demande si la région des landes pourra encore lui fournir les moyens d'existence. Mais la forêt diminuée n'est cependant pas une forêt détruite. Au surplus, les landes de Gascogne productrices de résine, comptent au rang des provinces françaises dont les plus magnifiques.

Et il faut ajouter: la Forêt landaise est indispensable à l'économie nationale.

Les pouvoirs publics ont vu le danger mais ont vu en même temps le moyen de le conjurer. Ils ont compris la nécessité d'une reconstitution forestière, d'une mise en valeur de notre

grand massif boisé. Un plan a été établi, des réglementations édictées, et les mesures tendant à assurer le financement et la réalisation de l'opération ont été ordonnancées.

L'état est, pour diverses raisons, intéressé à l'heureuse reconstitution de la forêt; les sylviculteurs y voient la continuité, la base fondamentale de leur situation. Il y a donc entre eux une raison de collaboration, une sorte de solidarité. D'ailleurs, ils ne peuvent agis l'un sans l'autre. Le sylviculteur doit apporter son travail; ses connaissances, son expérience technique.

L'état doit aider le sylviculteur, lui garantir toutes les commodités nécessaires à son activité et respecter son droit de propriété.

La reconstitution est, en effet, une oeuvre de longue haleine. Parmi ceux qui l'entreprennent, certains n'en voient point la fin. fis doivent donc être assurés que leur travail ne sera point perdu pour ceux qu'ils laisseront après eux. [...]

P. Joseph Lacoste (Article p . 87 à 89 Almanach Sud-ouest 1947 - extrait)