Hiroshi Sugimoto (1948) photographe japonais, né à Tokyo, ville ou il passe son enfance, dès son plus jeune âge, il se passionne pour la photographie. Dès l’école secondaire, il effectue ses premières images, notamment en photographiant des films projetés au cinéma.
Il suit des études à l'université Rikkyô Saint-Paul de Tokyo, obtient son diplôme en sciences politique et sociologie en 1970, son intérêt grandissant pour l’art, la même année, il décide de poursuivre ses études aux États-Unis. Il intègre l’Art Center College of Design de Los Angeles, suit une formation artistique rigoureuse, se familiarise avec les aspects techniques et conceptuels de la photographie, en 1972, il en sort diplômé en photographie. Son passage à Los Angeles et sa formation artistique l’ont préparé à devenir un photographe conceptuel.
En 1974, il s'installe à New York, devient tout à la fois artiste et photographe indépendant, développant une vision singulière du médium photographique, avec une esthétique minimaliste et méditative. New York marque le début de sa carrière professionnelle, ville qui dans les années 1970, est une plaque tournante de l’art contemporain, le minimalisme, l’art conceptuel et le postmodernisme y sont en plein essor. C’est là qu'il réalise ses toutes premières séries, influencé par le plasticien Donald Judd, le peintre Robert Ryman et l'artiste minimaliste et conceptuel Sol LeWitt. Il se fait rapidement connaître et participe à diverses expositions collectives dans les galeries de la ville.
Il effectue ses deux premières séries, « Dioramas » en 1976 et « Theaters » en 1978, qui établissent sa réputation internationale. Dans « Dioramas », il photographie des expositions de musées d’histoire naturelle, jouant sur l’illusion du réel, un travail qui questionne l’authenticité dans la représentation photographique. Dans celle de « Theaters », il explore la relation entre le temps et l’image, capturant des salles de cinéma pendant toute la durée d’un film.
En 1980, dans une nouvelle série intitulée, « Seascapes », il photographie les horizons marins dans des endroits du monde entier, avec pour but de dévoiler, la rencontre calme et minimaliste entre le ciel et la mer, en cherchant à capturer l’idée d’un paysage intemporel, immuable et constant, renforçant le concept du temps et de l’éternité.
A partir de 1999, il travail sur une série nommée « Portrait », dans laquelle il se met à photographier des statues de cire de personnages historiques célèbres au musée de Madame Tussauds de Londres, ainsi que dans d’autres musées similaires. Avec un éclairage particulier et une attention aux détails, il donne à ces figures une apparence incroyablement réaliste, presque vivante.
En 2001, il obtient le prix international Hasselblad, récompense organisé par la fondation Erna et Victor Hasselblad, attribué tous les ans à un photographe ayant accompli un travail remarquable.
Dans sa dernière série, « Conceptual Forms », qu'il débute en 2005, il se consacre aux modèles mathématiques anciens et aux objets scientifiques abstraits, univers dans lequel, il explore les formes géométriques pures et l’esthétique des objets qui incarnent les principes mathématiques.
Ses photographies s’inspirent pour la plupart de la grande tradition de la peinture classique, il travaille dans des chambres noires de très grand format, 4 x 5 et 8 × 10 pouces, avec des temps d’expositions très longs, une technique qui lui permet d'obtenir la précision. D'autre part, il attache une grande importance à la qualité de ses tirages.
« Comment pourrais- je être à la fois une personne honnête et un artiste ? il y a là une contradiction. » Hiroshi Sugimoto
Aidé de son appareil photo grand format, il réalise ses photographies exposant la pellicule durant toute la durée de la séance. L’image obtenue dévoile un écran d’un blanc laiteux, unique source lumineuse plongée dans un décor sombre où se détachent des sièges vides de cinéma ou des structures extérieures, comme une aire pour enfants. La dynamique de cette série se fonde sur le jeu entre l’ombre et la lumière, offrant une atmosphère légèrement irréelle et éthérée.
A travers ses photographies, en apparence vides d’animation, il ne questionne pas seulement la notion de temps en photographie, souvent définie comme la prise d’un moment instantané. Il cherche à représenter une histoire, celle de la vie, et du temps qui passe.
« La photographie est comme un objet trouvé. Un photographe ne fabrique jamais un sujet réel, il vole simplement l'image au monde . » Hiroshi Sugimoto
Son travail est d'interroger la perception du temps, de la réalité, et la mémoire collective. Dans chacune de ses séries, il explore l’idée de l’illusion et de l’impermanence. L’utilisation de la photographie analogique en noir et blanc dans une époque dominée par la couleur et le numérique renforce la dimension intemporelle et réfléchie.
Il voit la photographie comme un outil permettant de révéler des vérités cachées et des subtilités invisibles à l’œil nu. Le temps est un des concepts centraux de son travail, qu’il cherche à figer ou à condenser dans une seule image.
Il photographie des efforts de civilisation, des pensées de matières assemblées en habitats de choix, et invite à prier devant le mystère des formes et de leur évanouissement dans le tirage gélatino-argentique.
Chez Sugimoto c'est le modernisme, le cubisme, le constructivisme, le postmodernisme, les styles architecturaux, qui se mélange dans sa chambre photographique produisant de la blancheur, des instants laiteux. La lenteur et la patience sont une priorité à la réalisation de ses œuvres pour leurs conférer la grâce singulière d’un instant suspendu.
« Photographier, ce n' est jamais saisir le vrai, c'est seulement en recueillir le reflet. » Hiroshi Sugimoto