Ugo Mulas (1928-1973) photographe italien, né dans la région de Brescia, à Pozzolengo. Scolarité à Desenzano del Garda, près du lac de Garde. De 1945 à 1948, il effectue son service militaire.

Il est une figure majeure de la photographie italienne du 20eme siècle, entre néoréalisme et art photographique conceptuel, principalement connu pour ses nombreux portraits d’artistes et sa série conceptuelle intitulée « Vérifications », consistant à analyser la photographie, questionnant tour à tour l’exposition du film, le réglage du couple diaphragme / vitesse, la pratique de l’autoportrait, le temps de pose et l’agrandissement.

« Mon activité de photographe a officiellement débuté avec la Biennale de Venise de 1954, à l'époque je n'avais aucune expérience artistique. » Ugo Mulas

Pour lui, la photographie est comme un double, pas seulement parce qu'elle reproduit le réel, mais parce qu'elle interrompe en l'attirant vers elle. Il y voit un champs de forces personnelles et émotionnelles à travers lequel, il peut dire ou écrire des contes de fées, des poèmes ou des carnets visuels. Les images ou les fragments du monde qu'il est à même de fixer dans un cliché ou en trente-six, sont des mots ou des phrases qui lui permettent de décrire un état intérieur. Par les moyens de la photographie, il interroge son existence, ses faits et gestes, son contexte culturel, le langage photographique lui-même.

Tous les instants pour lui, sont fugitifs, ils se valent tous, et le moment le moins significatif peut justement être le plus exceptionnel. Outre sa valeur documentaire, cet ensemble possède une forte tonalité autobiographique. Il se clôt sur les Vérifications, dernier chapitre fondateur, qui fixe à jamais la dimension spéculative de son œuvre, son travail est entre autoportrait et vision critique de la scène artistique, une sorte d'anti-instant décisif, c'est pour cela qu'il utilise la planche-contact, l'agrandir pour l'exposer et montrer ces instants qui peuvent tous être exceptionnels.

Il cherche à traduire l'esprit et la démarche des artistes et se fait discret pour capter leurs gestes, voire l'absence de geste, leur réflexion. Quand l'art se fait conceptuel, la photo va être la seule trace du processus artistique. Andy Warhol, lunettes noires, apparaît le nez en l'air au milieu de fleurs qui peuplent son atelier. Kenneth Noland, perché sur un escabeau, contemple une grande toile posée au sol. A l'inverse, Frank Stella, la langue entre les lèvres, a le nez sur son pinceau qu'il appuie sur la toile avec application, comme un ouvrier de la peinture.

« Je préférais prendre le risque d’échouer, de devenir un marginal, quelqu'un qui n'a pas de métier. » Ugo Mulas