Ugo Mulas (1928-1973) photographe italien, né dans la région de Brescia, à Pozzolengo. Scolarité à Desenzano del Garda, près du lac de Garde. De 1945 à 1948, il effectue son service militaire.
En 1948, il étudie le droit à Milan, qu'il abandonne afin de suivre les cours de l'Académie des beaux-arts de Brera. En autodidacte, il se met à la photographie en commençant par photographier ses amis au bar Jamaica, repaire des jeunes artistes et intellectuels milanais, qu'il fréquente.
Puis il se plonge corps et âmes dans les rues de Milan produisant des vues sobres, grises et puissantes de la banlieue de la ville.
De 1952 à 1953, il est rédacteur dans une agence de photographie milanaise.
En 1954, il devient professionnel, publie son premier reportage et travaille pour de nombreux journaux, magazines et grandes marques, commandes publicitaires pour Pirelli, Olivetti et pour les milieux de la mode, tout en se consacrant parallèlement à des projets personnels.
De 1954 à 1972, il est le photographe officiel de la Biennale de Venise, dont il réalise de nombreux clichés d'œuvres et d'artistes, comme Max Ernst perdu dans la foule d'un vaporetto, Alberto Giacometti souriant, les mains jointes devant son visage.
En 1960, il voyage en Europe, réalise une série de reportages pour L’Illustrazione Italiana en collaboration avec Giorgio Zampa, ainsi que pour Settimo Giorno, Novità, Domus, et Du. Il collabore avec Giorgio Strehler pour lequel, il travaille en tant que photographe de théâtre jusqu'en 1965.
En 1962, il couvre le festival de sculptures de la ville de Spoleto où il fait connaissance des sculpteurs David Smith et Alexander Calder, dont il effectue le portrait à Saché en Touraine et plus tard dans son atelier de Roxbury dans l’état du Massachusetts.
En 1964, il se rend à New York, afin d'y photographier la scène artistique, produisant des images d'artistes émergents dans leurs ateliers.
En 1967, il publie son ouvrage, intitulé « New York, the New Art Scene ».
À partir de 1968, il entame une nouvelle série, « Le Verifiche » (Vérifications), dans laquelle il travaille conceptuellement sur le médium de la photographie, en interrogeant ses pratiques, projet qu'il achève un an avant sa disparition, en 1972.
En 1969, il assure la mise en scène de Tour d'écrou et Wozzeck.
En 2007, le MAXXI de Rome, musée national des Arts du XXIᵉ siècle, lui consacre une Rétrospective.
En 2015, Le Centre Pompidou de Paris présente les Vérifications, acquises en 2009, dans l’exposition « Qu’est-ce que la photographie ? ».
Il est une figure majeure de la photographie italienne du 20eme siècle, entre néoréalisme et art photographique conceptuel, principalement connu pour ses nombreux portraits d’artistes et sa série conceptuelle intitulée « Vérifications », consistant à analyser la photographie, questionnant tour à tour l’exposition du film, le réglage du couple diaphragme / vitesse, la pratique de l’autoportrait, le temps de pose et l’agrandissement.
« Mon activité de photographe a officiellement débuté avec la Biennale de Venise de 1954, à l'époque je n'avais aucune expérience artistique. » Ugo Mulas
Pour lui, la photographie est comme un double, pas seulement parce qu'elle reproduit le réel, mais parce qu'elle interrompe en l'attirant vers elle. Il y voit un champs de forces personnelles et émotionnelles à travers lequel, il peut dire ou écrire des contes de fées, des poèmes ou des carnets visuels. Les images ou les fragments du monde qu'il est à même de fixer dans un cliché ou en trente-six, sont des mots ou des phrases qui lui permettent de décrire un état intérieur. Par les moyens de la photographie, il interroge son existence, ses faits et gestes, son contexte culturel, le langage photographique lui-même.
Tous les instants pour lui, sont fugitifs, ils se valent tous, et le moment le moins significatif peut justement être le plus exceptionnel. Outre sa valeur documentaire, cet ensemble possède une forte tonalité autobiographique. Il se clôt sur les Vérifications, dernier chapitre fondateur, qui fixe à jamais la dimension spéculative de son œuvre, son travail est entre autoportrait et vision critique de la scène artistique, une sorte d'anti-instant décisif, c'est pour cela qu'il utilise la planche-contact, l'agrandir pour l'exposer et montrer ces instants qui peuvent tous être exceptionnels.
Il cherche à traduire l'esprit et la démarche des artistes et se fait discret pour capter leurs gestes, voire l'absence de geste, leur réflexion. Quand l'art se fait conceptuel, la photo va être la seule trace du processus artistique. Andy Warhol, lunettes noires, apparaît le nez en l'air au milieu de fleurs qui peuplent son atelier. Kenneth Noland, perché sur un escabeau, contemple une grande toile posée au sol. A l'inverse, Frank Stella, la langue entre les lèvres, a le nez sur son pinceau qu'il appuie sur la toile avec application, comme un ouvrier de la peinture.
« Je préférais prendre le risque d’échouer, de devenir un marginal, quelqu'un qui n'a pas de métier. » Ugo Mulas