AVEDON Richard

 
   « La photographie ne reproduit pas le visible, elle rend visible. »

Richard Avedon (1923-2004) photographe américain, né à New York, issu d’une famille juive d’origine russe. Son père est commerçant dans l'habillement et lui offre son premier appareil photographique à l'âge de 10 ans, un Rolleiflex, avec lequel il réalise le portrait du compositeur Sergueï Rachmaninov, voisin de ses grands-parents. Sa mère assure son éveil artistique. Après avoir brièvement fréquenté l’université de Columbia, il commence sa carrière de photographe dans la marine américaine en 1942, en effectuant des photographies d’identité des équipages.
  • En 1944, il commence à travailler comme photographe publicitaire pour un grand magasin, rapidement découvert par Alexey Brodovitch, directeur artistique du magazine de mode Harper's Bazaar.
  • En 1946, il créé son propre studio et collabore avec les magazines « Vogue » et « Life ». Il devient rapidement le directeur de la photographie chez Harper's Bazaar. Il s’éloigne des techniques de prise de vue de la photographie de mode, où les modèles semblent ne rien ressentir, il cherche au contraire que ses modèles aient des émotions, celle de rire ou de sourire et qu’ils soient en action.

    Avedon révolutionne la photo de mode en y introduisant le mouvement, il fait danser, bondir, voltiger les mannequins, qu'il place dans un contexte réel, celui de la ville pour mieux mettre en valeur le vêtement, il fait ainsi flirter la photographie avec le cinéma. Le photographe que joue Fred Astaire dans « Funny Face », et qui fait vibrionner Audrey Hepburn devant l'objectif, c'est un peu lui. Il est d’ailleurs en 1957 consultant et conseiller sur le film de Stanley Donen.

  • En 1955, trentenaire, il est envoyé par le magazine « Harper's Bazaar » à Paris pour les défilés de haute couture, il découvre la mode dans un monde sinistré. Paris doit se réaffirmer comme la capitale mondiale du textile en diffusant une image de glamour, de beauté, de rêve. Sur place, les habitudes d'avant-guerre perdurent, les mannequins sont statiques, très empruntés, enfermés sur eux même, cela lui paraît bien poussiéreux, il fait alors sortir ses modèles dans les rues et réinvente la photographie de studio.
  • En 1966, il quitte Harper's Bazaar pour rejoindre Vogue, tout en continuant son travail de photographe de mode, et parallèlement se lance dans des travaux plus personnels, il photographie des malades internés dans des hôpitaux psychiatriques, la lutte pour les droits civiques aux États-Unis ou encore des manifestants contre la guerre du Viêt Nam.

    Au fil des années, il réalise des portraits tels que ceux de Charlie Chaplin, Marylin Monroe, Brigitte Bardot ou Sophia Loren qui sont encore aujourd’hui considérés comme des monuments dans l’histoire de la photographie.

    Il effectue deux célèbres séries de portraits des Beatles, la première, réalisée en 1966 et la seconde au début de 1967, séries qui deviennent majeures pour le groupe, elles sont composée de cinq portraits psychédéliques, quatre portraits individuels en couleurs fortement solarisés et un portrait du groupe en noir et blanc pris avec sonn Rolleiflex équipé d'un objectif Planar. L’année suivante en 1968, il réalise des portraits plus retenus, inclus dans le White Album.

  • En 1974, il expose au musée d'Art Moderne de New York (MoMA) des portraits de son père rongé par un cancer.

  • En 1979, à la demande du « Amon Carter Museum », il se lance à partir dans un projet qui dure pendant plus de 6 ans jusqu’en 1984, réalisant 125 portraits d’ouvriers de l’ouest américain, Des mineurs aux pêcheurs, des ouvriers aux adolescents, tous sont dépeints dans leur quotidien, en habit de travail, les mains sales et les visages tendus par l’effort. Quand il expose et publie la première fois son travail, intitulé « In the American West », il essuie de nombreuses critiques pour avoir montré une face peu flatteuse des États-Unis.

  • En 1992, il devient le premier et unique photographe du « New Yorker » et obtient de nombreuses récompenses, celle de l’ « International Center of Photography » en 1993, celle du Prix Nadar en 1994 pour son livre « Evidence », et celle de la médaille du 150e anniversaire de la « Royal Photographic Society » en 2003.

    Parmi ses photos les plus célèbres en France, figurent celles de Yannick Noah et Isabelle Adjani en 1988 pour la revue française L' « Égoïste ».

    En 1995, il est sélectionné pour la réalisation du prestigieux calendrier Pirelli, et deux ans plus tard pour l’édition de celui de 1997.
  • En 1995, Richard Avedon fait ses adieux à la mode en réalisant une série qu’il intitule « In Memory of the Late Mr. and Mrs. Comfort » ou il met en scène Nadja Auermann, la mannequin allemande aux longues jambes dans la rôle de Mrs Comfort et un squelette dans celui de Mr Comfort. 

    C’est plus qu’une histoire photographique, c’est une fable des temps modernes, un conte de deux personnages aussi incongrus que fantasques habillés tour à tour par les couturiers Jean Paul Gaultier, Christian Lacroix et Karl Lagerfeld, les deux protagonistes placés dans des décors en friche avec des poses insolites, d’un couple aux portes de la mort, qui se raccroche à un parachute, allume une cigarette avec un gros billet en feu, ou fait l'amour avec frénésie. Pour celui qui a toujours privilégié la photographie en noir et blanc, il utilise ici la couleur.

    La série marque l’arrêt définitif de sa collaboration avec le milieu de la mode, pour Vogue et Harper’s Bazaar, avec des mots qui sont proches, arrêt de mode, arrêt de mort. A la fin de l’année 1995 après avoir terminé ses clichés, les images sont publiées  par magazine « The New Yorker ».


Pendant toute sa vie, Richard Avedon marque de son empreinte différents genres de la photographie américaine, tout en les malmenant et en testant leurs limites. En tant que portraitiste, photographe de mode et publicitaire, il invente virtuellement toutes une série de styles photographiques et constitue un vaste corpus d’œuvres documentaires, commencé à la fin des années 1940 et qu’il poursuit durant les années 1950 et 1960.  

Il est un nom central dans l’histoire de la photographie, ses tirages ont une qualité rare, il est en tout d’une exigence maniaque, du stylisme et de la prise de vue à la réalisation des épreuves pour lesquelles il donne des indications au millimètre en entourant au crayon rouge les zones qu’il veut adoucir ou renforcer.

« L’inexactitude n’existe pas en photographie. Toutes les photos sont exactes. Aucune d’elles n’est la vérité. » Richard Avedon

Ses images  sont immédiatement reconnaissables, l’objectif anticonformiste de ce maitre de la photographie contemporaine donne sa marque à une époque et à un style, son regard unique transforme l’art photographique, l’art du portrait et celui de la mode, il raye le statique et le monotone en quelque chose de vivant et d’actuel.

« Mes photographies ne vont pas derrière la surface des choses, elles ne vont derrière rien. Ce sont juste des lectures de la surface. » Richard Avedon

Son style précis et très reconnaissable, il se construit à travers l’élimination du superflu, il souligne la présence du sujet en faisant abstraction de ce qui l’entoure. En photographiant ses modèles, il donne la priorité au naturel et au mouvement à la manière d’un reporter, s’inspirant du photographe hongrois, Martin Munkacsi.

Il s’intéresse à la manière dont le portrait photographique traduit la personnalité et l’âme du sujet. Tandis que sa réputation comme photographe est grandissante, il amène dans son studio de nombreuses célébrités et les photographie avec un grand format 8 x10. Il est avant tout un abonné au noir et blanc, avec une grande maitrise, ses mises en scène laissent apparaître que les sujets, il crée une nouvelle voie, parvenant à bousculer l’art du portrait.

« Il y a toujours eu une distinction entre le monde de la mode et ce que j’appelle mon travail profond. Le monde de la mode me fait vivre. Je ne le critique pas, mais j’éprouve plus de plaisir à faire des portraits. Je me considère comme un photographe de portraits. » Richard Avedon

Il s’attache à révolutionner les codes de l’époque, alors que le « glamour » d’après-guerre impose son style, il fait voler en éclats l’image d’icône des stars du spectacle, de la mode, de la littérature, de l’art et de l’élite politique des États-Unis. Il contribue à mettre en valeur l’interprétation psychologique de chacun de ses sujets. A travers ses photographies, il souhaite rendre la nature des choses plutôt que de les reproduire superficiellement. Lors des séances de pose, il guette le moment unique pendant lequel il arrive à capter et figer l’intensité psychologique qui émane du sujet.

« J’ai souvent travaillé autour du non, non à une lumière trop recherché, non aux compositions évidentes, non à la séduction de certaines poses et certains sujet. » Richard Avedon

Ses portraits réalisés sur fond blanc permettent à la personne ou au visage d’habiter entièrement tout l’espace. Ses sujets bénéficient d’une grande attention, il s’agit de rencontres et d’interprétations cristallisées en un instant, il accorde une importance à la complexité du visage humain.

« J’ai toujours une préférence pour le travail en studio. Il isole les gens de leur environnement. En un sens, ils deviennent des symboles d’eux-mêmes. » Richard Avedon

« Un portrait photographique est l'image d'une personne qui sait qu'elle est photographiée. Une séance de pose est un échange d'émotion, l'image surgit de la rencontre de ces émotions. » Richard Avedon

« Un portrait n’est pas une ressemblance. Dès lors qu’une émotion ou qu’un fait est traduit en photo, il cesse d’être un fait pour devenir une opinion. L’inexactitude n’existe pas en photographie. Toutes les photos sont exactes. Aucune d’elles n’est la vérité. » Richard Avedon


Site Officiel : The Richard Avedon Foundation


« Les photos ont pour moi une réalité que les gens n’ont pas. C’est à travers les photos que je les connais. »  Richard Avedon


Afin de pouvoir visualiser toutes les images de cette page
activez les en cliquant sur l'image cassée ci dessous


Harlem, New York, 1949



Dovima et les Éléphants, Robe du soir Dior,
Cirque d'Hiver, Paris, Aout 1955

En 1955, Richard Avedon photographie le mannequin Dovima habillée avec la première robe de soirée conçue par Yves Saint Laurent pour Christian Dior, dans une pose élégante et sinueuse, entre deux éléphants du Cirque d’Hiver à Paris. La légèreté du corps de Dovima, le statisme théâtral de son geste et sa beauté éthérée font contrepoint à la puissance physique et à l’allure majestueuse des éléphants en mouvement. « Dovima est la beauté la plus remarquable et la plus inconventionnelle de son temps. » Richard Avedon

En 1949, Dorothy Virginia Margaret Juba connue sous le nom de Dovima, se fait aborder dans un rue de Manhattan par une collaboratrice du Vogue magazine, dès le lendemain elle réalise sa première série avec le photographe Irving Penn, son salaire passant de 25 à 60 $ de l'heure, elle devient la mannequin la mieux payée, surnommée « la fille à un dollar la minute ». Représentant la femme idéale, sophistiquée, elle est au coté de Suzy Parker et Dorian Leigh, une des trois icônes de la mode dans les années 1950. En 1962, elle quitte le métier et termine sa vie comme serveuse dans le restaurant.

« Elle fut la dernière des beautés aristocratiques, élégantes. » Richard Avedon




Dovima, Emilien Bouglione et clown, Robe Givenchy,

Cirque d'Hiver, Paris, Aout 1955




Suzy Parker, Café des Beaux Arts, Paris, Aout 1956



Marilyn Monroe, Sofa Sitting, 1957

« Marilyn donnait plus à l'objectif que toute autre actrice, toute autre femme que j'ai eu l'occasion de photographier, bien plus patiente, plus exigeante avec elle-même et plus à l'aise devant l'objectif qu'en dehors des séances de travail. » Richard Avedon




Suzy Parker, Robe du soir Jacques Griffe
Folies Bergère, Paris, Aout 1957



Dovima, Robe Jole Veneziani, New York, 1958




Brigitte Bardot, Paris, janvier 1959

Parmi les milliers de photos prises de Brigitte Bardot, celle d’Avedon est sélectionnée par Andy Warhol pour réaliser en 1974 l'une de ses sérigraphies caractéristiques aux couleurs contrastées et saturées.




Veruschka, New York, 1967



Janis Joplin, Port Arthur, Texas, 1969




Tina Turner, New York, 1971




Stephanie Seymour, New York, mai 1992





Stephanie Seymour et Azzedine Alaia, Paris, 1994



Nadja Auermann, 1994 - Calendrier Pirelli 1995



Christy Turlington, 1994 - Calendrier Pirelli 1995



Nadja Auermann, 1995
In Memory of the Late Mr. and Mrs. Comfort



Stephanie Seymour, New York, 1996



Elton John, Robe Versace, 1996



 Waris Dirie, 1996 - Calendrier Pirelli 1997



Anna Klevhag, Sweden, 1996 - Calendrier Pirelli 1997



Monica Bellucci, Italy, 1996 - Calendrier Pirelli 1997




Kate Moss, New York, 1997




Patti Smith, New York, 1998




TF
Comments