Jean-Honoré Fragonard
Jean-Honoré Nicolas Fragonard, né le 5 avril 1732 à Grasse et mort le 22 août 1806 à Paris, est un peintre français. Il est l'un des principaux représentants du style rococo français. Peintre d'histoire, de genre et de paysages, il se spécialise assez rapidement dans le genre libertin et les scènes galantes.
Jean-Honoré Fragonard est le fils d’un garçon gantier. A l’âge de six ans, il quitte sa ville natale avec sa famille qui s’installe à Paris. Son goût pour la peinture apparaît très tôt et il commence par travailler avec Jean Siméon Chardin (1699-1779), peintre majeur de natures mortes et scènes de genre. A quatorze ans, il rejoint l’atelier de François Boucher (1703-1770). Ces deux grands artistes lui permettront d’atteindre très rapidement une exceptionnelle maîtrise technique. En 1752, à l’âge de 20 ans, il remporte le Grand prix de l’Académie royale de peinture (prix de Rome) et il entre à l'École royale des élèves protégés, alors dirigée par le peintre Carle Van Loo (1705-1765). Le séjour dans cette école n’acceptant que les meilleurs était de trois ans. Les élèves partaient ensuite pour le traditionnel séjour à l’Académie de France à Rome des lauréats du Grand prix de l’Académie. Fragonard y reste de 1756 à 1761. Après un périple par les villes italiennes de Florence, Bologne et Venise, il rejoint Paris. La peinture du maître vénitien Tiepolo exercera sur lui une profonde influence, ainsi que le style baroque de Pietro da Cortona (Pierre de Cortone). Dès son retour en France, Fragonard est accueilli comme un peintre confirmé ; il obtient la reconnaissance de la Cour, des commandes publiques et un atelier au Louvre. Il parvient à une aisance financière que les troubles politiques de la fin du siècle n’affecteront guère. Mais Fragonard ne cherche pas, comme Boucher, à mener une carrière officielle : il se consacre délibérément à une clientèle d’amateurs d’art. En 1769, il épouse Marie-Anne Gérard (1745-1823), peintre miniaturiste, originaire de Grasse, qui lui donnera la même année un premier enfant, Rosalie (1769-1788). En 1773 et 1774, Fragonard s’engage comme guide du fermier général Pierre-Jacques-Onésyme Bergeret de Grancourt pour un voyage en Italie et en Europe centrale. En 1780, naît un second enfant Alexandre-Évariste Fragonard (1780-1850), qui deviendra lui aussi peintre. Pendant la période révolutionnaire, Fragonard est nommé conservateur du musée du Louvre par l’Assemblée Nationale. En 1805, il est expulsé du Louvre par décret impérial et s’installe alors chez son ami Veri, au Palais Royal. Le 22 août 1806, il décède d’une congestion cérébrale. La famille Fragonard comporte de nombreux artistes : sa femme, Marie-Anne Gérard, miniaturiste, sa belle-sœur, Marguerite Gérard (1761-1837), peintre intimiste avec laquelle il a réalisé des œuvres en collaboration, Alexandre-Evariste Fragonard, son fils, peintre et sculpteur, et Théophile Fragonard, son petit-fils (1806-1876), peintre, dessinateur et graveur.
Paris Musée du Louvre
La leçon de Musique
« Le jeune professeur de musique courtise son élève : ce thème, souvent traité par les peintres hollandais, baigne ici dans une atmosphère de rêverie amoureuse. "Toile précoce et inachevée" ou "esquisse tardive", le tableau déroute encore les spécialistes. »
Anne-Louise Brillon de Jouy
Anne-Louise Brillon de Jouy, née Boyvin d'Hardancourt le 13 décembre 1744 à Paris et morte le 5 décembre 1824 à Villers-sur-Mer (Calvados), est une musicienne et compositrice française.
Elle feuillette un cahier de musique devant un clavecin à double clavier. La toile, appelée « L'Étude » avant l'identification du sujet en 2011, avait été considérée comme une « allégorie de la musique » ou une des « figures de fantaisie », portraits d'amis et de clients de Fragonard
Cascatelle de Tivoli
Exécuté pendant le premier séjour de Fragonard en Italie L'attribution ancienne à Hubert Robert illustre les liens entre les deux artistes qui ont parfois dessiné côte à côte dans la campagne italienne, auprès de l'abbé de saint-Non, à qui a peut-être appartenu ce tableau.
La comtesse de Graves
« Le portrait de cette toute jeune femme, probablement la danseuse Marie-Madeleine Guimard (1743-1816), se rattache à la série des figures de fantaisie créée par Jean-Honoré Fragonard autour de 1769. Elle donne l’impression de virevolter tout en prenant appui sur un entablement. »
Londres Wallace Collections
Enfant en Pierrot
Fragonard, privilégie dans cette période de sa vie les sujets en lien avec la fête et les jeux. Ses oeuvres sont recherchée par l’aristocratie, qui vit dans un univers frivole, voire débridé. Le portrait de l’enfant à la fois posé et instantané, restitue le plaisir de l’enfance insouciante et gâtée. Il fixe l’adulte qui le représente droit dans les yeux sans retenue. Le vêtement trop grand, trop fripé, le maquillage excessif font partie des attributs de la fête. L’espace d’un instant, l’enfant est un fripon.
Pour les couleurs, l’association du blanc, du rose et du bleu à l’accord parfait pour l’époque évoquent la féminité et l’enfance… cette accord « parfait », très codifié, vibre encore dans le monde d’aujourd’hui .
La lumière, apparemment égale, ne laisse aucune zone d’ombres, si ce n’est vers le bas du tableau.. est-ce un effet de style dans la composition pour rendre l’enfant plus radieux encore ou un nuage qui se profile sur une destinée ?
Le concours de Musique
Bien plus qu’un peintre de l’amour et de l’érotisme, Fragonard est le peintre d’une époque et d’une société, d’une philosophie aristocratique et bourgeoise du XVIII ème siècle. Frago, pour les intimes, représente en réalité une Arcadie convoitée, parfois complètement assumée, parfois n’étant qu’une simple inspiration. Cette référence mythologique trouve certainement ses origines dans son séjour à l’Académie de France à Rome où il a pu à loisir dépeindre les thématiques mythologiques gréco-romaines , notamment « Les Métamorphoses » d’Ovide.
Le souvenir
Avec la toile "Le Souvenir", on découvre une jeune fille qui grave dans l'arbre les initiales de son amant, dont la lettre se trouve sur le sol.
"Le Chiffre d'amour" est une toile similaire de Fragonard peinte entre 1776 et 1778 et conservée également à la Wallace Collection de Londres.
Madrid Musée Thyssen-Bornemisza
La Bascule
Fragonard aime les représentations de jeux où tout peut basculer. Les tableaux La Bascule ainsi que son pendant Le Collin Maillard doivent beaucoup à Boucher et ont probablement été peints alors que Fragonard était encore dans l’atelier du peintre. Elles constituent des exemples magnifiques du style de Fragonard à ses débuts, encore fortement marqué par Boucher et annoncent déjà ses qualités originales. D’une exubérance et d’un vitalité presque inaccessibles à Boucher, la vitalité de ces êtres délicieux qui continuent à jouer rend encore plus inévitable la culbute dans les éclats de rires et la surexcitation de la découverte. Dans La Bascule, le regard de convoitise du jeune garçon et l’ardeur que ces enfants mettent dans leur jeu annoncent les scènes burlesques mais touchantes des séries ultérieures, La conquête de l’Amour (New York, Frick Collection) plutôt que L’Escarpolette, plus artificielle et plus émoustillante (Londres, Wallace Collection) à laquelle La Bascule est souvent comparée. Les couleurs semblent déjà plus lumineuses et la lumière plus blonde, plus légère et plus aérée que chez Boucher. À l’origine, ces deux œuvres étaient des grandes compositions murales, auraient été diminuées et transformées en tableaux de chevalet. Lorsque plus tard Fragonard aimera les grandes toiles, les personnages resteront minuscules et c’est le paysage qui prendra de l’importance.
Saint Petersbourg Musée de l'Ermitage
Le baiser à la dérobée
Le Baiser à la dérobée, est une œuvre de Fragonard et de Marguerite Gérard, son élève et belle-sœur. Il s'agit d'une huile sur toile qui est actuellement conservée au musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg.
À la fin du XIXe siècle, les célèbres critiques d'art Edmond et Jules de Goncourt redécouvrent Fragonard sous un jour résolument romantique : selon eux, « c'est le conteur libre, l'amoroso galant, païen, badin, de malice gauloise, de génie presque italien, d'esprit français ». Néanmoins, contrairement à ce que sous-entend le jugement des frères Goncourt, sa carrière ne saurait se limiter aux scènes de badinage amoureux, quand bien même elles ont assis sa notoriété et démontré sa subtile dextérité. Ce tableau est la représentation même du libertinage.
On remarque nettement l’influence de Marguerite Gérard à la touche très lissée et aux contours précis que l’académisme du 19e siècle reprendra. Ce style est inspiré du peintre néerlandais Gabriel Metsu (1629-1667). Marguerite Gérard, plutôt oubliée aujourd’hui, connut une carrière de peintre couronnée de succès. Artiste de grand talent, ses tableaux concernent la vie de famille, les rituels féminins, les relations amoureuses.
Washington National Gallery
La liseuse
Le thème de la lecture a souvent été utilisé par les peintres hollandais, par exemple Vermeer, comme un élément d’une scène de genre. Fragonard choisit le portrait, focalisant ainsi sur le personnage absorbé par sa lecture. En choisissant un fond sombre et uniforme contrastant avec le jaune citron et le blanc de la robe, le peintre illumine sa composition et concentre l’intérêt de l’observateur sur la figure de la jeune-fille. L’intérêt que prend le personnage à sa lecture nous donne l’impression de déranger, de troubler un moment de recueillement. Le thème de la liseuse sera repris bien souvent par la suite, en particulier par Berthe Morisot à la fin du 19e siècle. Jean-Honoré Fragonard, l’un des plus grands peintres du 18e siècle, fait partie des ascendants de Berthe Morisot, du côté maternel. La Liseuse de Fragonard se trouvait encore à Paris lorsque Berthe Morisot a peint La lecture. L’œuvre de Fragonard était probablement à cette époque la propriété du comte Pierre de Kergorlay (1847-1919). Berthe Morisot pouvait donc connaître le tableau et chercher à renouveler le thème tout en conservant ses caractéristiques dominantes.
Les impressionnistes, en particulier Monet et Renoir, ont beaucoup admiré Fragonard. Peintre virtuose, capable de traiter n’importe quel sujet, il fut reconnu à son époque comme un grand artiste, mais ne devint pas, contrairement à Boucher ou Quentin de la Tour, un peintre de la famille royale. Son œuvre comporte beaucoup de scènes de genre, parfois à caractère érotique, des portraits et les scènes mythologiques et religieuses qui permettaient aux peintres de l’époque d’atteindre les sommets de la hiérarchie artistique.
New York Metropolitan Museum
La lettre d'amour
« Chez Fragonard, si on le compare à Boucher, la finition est toute relative. Ici, sur un fond brun, Fragonard nuance la composition avec des bruns plus sombres, dessine et modèle avec la pointe de la brosse en utilisant des traits d'épaisseur variable. Les couleurs et le blanc sont confinés à des espaces très lumineux au centre de la toile : visage poudré de la jeune femme, robe et chapeau, surface du papier et siège, de même que les fleurs et le chien. Cette toile célèbre du début des années 1770 doit être considérée comme une scène de genre et non comme un portrait. »
La lettre
Voici une autre oeuvre de Fragonard sur le thème de la lettre. Elle est également à New York au Metropolitan Museum.
New York Frick Collection
L'amant couronné
Les Progrès de l'amour dans le cœur d'une jeune fille fut un projet commencé en 1771 à la suite d'une commande de Madame du Barry, la dernière maîtresse de Louis XV. Il consistait en quatre tableaux intitulés La Poursuite, La Surprise (ou La Rencontre), L'Amant couronné et La Lettre d'amour et destinés à être installés au pavillon de Louveciennes dans le salon en cul-de-four. Mais quelques temps après l'installation, les tableaux furent rejetés car ils ne s'accordaient pas avec le style d'architecture néoclassique du Pavillon.
Ainsi, Fragonard conserva tous les tableaux dans son atelier et les apporta avec lui quand il retourna à Grasse, sa ville natale. Il décida alors de les installer dans l'un des salons de la villa de son cousin, mais les murs restant encore vides après cette installation, Fragonard décida de peindre dix tableaux supplémentaires afin de meubler l'espace.
Milwaukee Art Museum
La bergère
La Bergère de Jean-Honoré Fragonard résume le mieux les goûts pour la frivolité et la galanterie au XVIIIe siècle. Au cours de quatre décennies, Fragonard a produit une variété d'œuvres, y compris des peintures d'histoire publique très appréciées, mais il a préféré peindre des tableaux de la taille d'un chevalet et des œuvres de décoration intérieure comme celle-ci pour une clientèle privée.
La séduisante bergère est représentée attendant son amant, un jeune berger qui se fraye un chemin à travers le paysage luxuriant. Les bienfaits fertiles de la nature sont démontrés par le panier de fleurs aux couleurs vives et la guirlande de roses que la bergère tient dans sa main droite. Le cadre champêtre fécond aurait été aisément compris au XVIIIe siècle comme le décor clandestin des passions de la cour juvénile. Les pieds déchaussés de la bergère et la cage à oiseaux à côté d'elle soulignent davantage le thème d'une rencontre amoureuse.
New Haven Yale University Art Gallery
Le repos pendant la fuite en Egypte
Le Repos de la Sainte Famille de Fragonard associe virtuosité picturale et préoccupations religieuses. Une autre version de l'oeuvre existe au musée de Troyes.
... dans les Collections privées ...
Rosalie Fragonard
Ce dessin est une copie du célèbre portrait de Rosalie Fragonard, la fille de Fragonard. Il a été fait au fusain, craie blanche et sanguine sur papier gris. C'était une technique très en vogue au XIIème et XIIIème siècle dite des "trois crayons".
Sapho inspirée par l’Amour
L’historique ancien de ce tableau est difficile à établir car Fragonard a livré plusieurs versions de cette composition qui manifestement lui sembla significative au point qu’elle fut aussi gravée par Angélique Papavoine en 1788. La lettre de la gravure ainsi que les descriptions lors des ventes anciennes, notamment lors de la vente Calonne du 21 au 30 avril 1788, permettent d’identifier sans ambiguïté son sujet : « Sapho inspirée par l’Amour qui lui dicte ses poésies. » Il est à noter que c’est une autre version provenant de la collection du marquis de Véri, commanditaire du Verrou, qui inspira la gravure de 1788. Celle-ci présente une variante notable puisque « l’Amour offre à Sapho une de ses flèches pour tracer ce qu’il lui inspire ». Avec cette composition que l’on date généralement vers la fin de la carrière picturale de Fragonard, dans les années 1780, le maître aborde et raffine le thème de l’inspiration créatrice et amoureuse qui irrigue un pan important de sa production tout au long de sa carrière. Frago connaissait sans doute de première main les poésies de Sapho. On conserve en effet un recueil qui lui a appartenu rassemblant ses œuvres ainsi que celles d’Anacréon telles qu’elles furent compilées et traduites par l’helléniste Julien-Jacques Moutonnet-Clairfons en 1773.
La poétesse Sapho fut une figure emblématique des milieux littéraires en France aux XVIIe et XVIIIe siècles. Mademoiselle Madeleine de Scudéry avait adopté son patronyme comme nom de plume, associant ainsi cette figure antique à l’univers policé de l’amour galant. Toutefois, le XVIIIe siècle retiendra surtout le destin tragique de la femme amoureuse inspirée par une passion malheureuse qui causera son suicide. « Son coeur trop sensible et trop tendre causa tous ses malheurs, et tous ses tourments. Cependant c’est à cette sensibilité, à cette tendresse que Sapho devait ses plus belles odes, ces pièces immortelles, ces chefs- d’oeuvre qui l’ont fait placer au-dessus des poètes ». Aux antipodes de ces visions tragiques ou corsetées, Fragonard propose une image qui assume pleinement une franche sensualité : Sapho compose, la poitrine découverte, superbe et frémissante. Le petit amour qui l’inspire semble prêt de l’aiguillonner par un tendre baiser sur la bouche, à l’image des amants fougueux inspirés par les magnifiques illustrations de Charles Eisen pour le recueil des Baisers de Claude-Joseph Dorat. Avec cette œuvre, Fragonard poursuit sa suggestion de la création artistique comme métaphore de la rencontre amoureuse. La transposition antique favorise cependant l’évocation de la dimension onirique de cette approche. Sapho semble ici être plutôt l’objet d’une vision tout intérieure que l’agent d’une écriture. Sur la toile, la main qui doit écrire apparaît éloignée de la feuille et surtout dépourvue de tout stylet. Foin de toute démarche laborieuse, Sapho subit une inspiration dont l’élan ressort de la fougue d’un enthousiasme spirituel et non d’un quelconque déterminisme matérialiste. Fragonard est proche d’une certaine sensualité spiritualisée qui fait la marque de ses allégories amoureuses de la même décennie.