Témoignage recueilli en 1977 sur Canal C.
Roger Lathuraz, dernier meunier de Soulme, sur Canal C.
Le moulin Hamoir dans les années 1960.
Le moulin Hamoir après la seconde guerre mondiale.
Lorsque je l'ai connu en 1954, le moulin n'était déjà plus utilisé que pour un usage personnel pour le bétail. Tous les appareils étaient encore intacts et pouvaient encore fonctionner pour la farine, mais faute de rentabilité et manque de clients, c'était terminé: il a arrêté de fonctionner pour les gens vers 1946 - 1947 comme moulin à façon.
La trémie de l'une des meules après sa restauration.
La machinerie en bois de 1794 se trouvant encore au sous-sol.
Mais il y a eu une évolution constante parce que pendant la guerre, il fonctionnait à plein rendement, mais avec deux meules. Si on revient plus en arrière, à l'époque de l'entre deux guerres et à la guerre de 1914, c'était vraiment le type pour l'époque industrielle: il y avait trois ou quatre ouvriers, quatre meules qui tournaient 24 heures du 24 à cette époque là. Il y avait un service de distribution et de ramassage à domicile avec des chevaux, des chariots et ils allaient jusqu'en France du côté de Foische, Chooz, de ce côté-là. De l'autre côté, ils allaient jusqu'à Hermeton, Florennes, Rosée, Flavion c'est-à-dire tout un réseau. En même temps, ils faisaient un commerce d'aliments pour le bétail, c'est-à-dire les aliments simples à l'époque car il n'y avait pas de tourteaux: c'était du son, des avoines aplaties pour les chevaux, vraiment des aliments simples.
Un vieux chariot, restauré, est encore visible sous une dépendance du moulin.
Les trémies avant leur rénovation dans les années 1970.
Alors moi, quand je suis arrivé ici, mon beau-père avait déjà de l'âge. Donc, il m'a mis au courant pour pouvoir moudre pour notre usage personnel pour le bétail. C'est comme çà que j'ai encore connu le moulin qui fonctionnait. Il avait aussi différents usages car,.comme on n'avait pas le raccordement au réseau électrique, on faisait toute la force motrice avec le moulin: on hachait les betteraves, on sciait le bois de chauffage, tout çà avec la roue.
Les deux roues du moulin étaient encore visibles à la fin des années 1970.
On faisait l'électricité nous-même avec une dynamo de 130 volts continu qui, elle, fonctionnait déjà depuis les années 20 certainement, bien avant qu'on ne raccorde le village. C'était un éclairage raisonnable sinon qu'on voyait un peu les hauts et les bas suivant que la roue ne tournait pas bien rond. Quand on arrivait à distance, on voyait la lumière qui vacillait un petit peu par moment, mais quand on était à l'intérieur, on ne le remarquait même pas.
Une seule des deux roues fut restaurée en 1977.
La machinerie ici est assez ancienne: elle date de 1794 comme on peut le voir. C'est la dernière partie en date, donc la dernière transformation ou modernisation qui a été faite. D'ailleurs, on le constate déjà quand on regarde les engrenages qui sont d'un type assez récent. L'ancienne partie qui moulait l'épeautre, je ne sais pas exactement de quelle époque elle date ou elle provient, mais on voit que c'est une construction beaucoup plus rudimentaire, plus ancienne.
Le moulin Hamoir dans les années 1950.
Vanne de la dérivation réglant le débit de l'eau en surplus.
Le barrage, tel qu'il est, date de 1650. On a retrouvé des dates inscrites sur les pierres: 1650-1654. On présume donc que cela aura duré quatre ans pour le construire. On a amené là des pierres pour le construire qui pèsent des tonnes et avec les moyens qu'on avait alors, cela a du prendre un temps infini.
Le date de 1650 figure sur l'un des montants du barrage.
Et alors, on a du arrêter le fonctionnement du moulin parce que le barrage a cédé suite à des inondations en février 1961. Evidement, on n'a pas pu le réparer parce que cela aurait coûté énormément pour l'emploi qu'on en avait encore. Je suis donc le dernier à l'avoir fait fonctionner.
Le barrage sur l'Hermeton lors d'une crue hivernale.