Cinquante ans après le passage de Jules César, vers l'an 25 après J.-C., la cité nervienne est limitée par l'Escaut, la Meuse et l'Oise qui forme le flanc méridional de la marche gauloise lors de l'invasion romaine. Cette dernière limite, sur le plateau de Rocroi, sera une zone d'invasion et une zone de passage des troupes jusqu'à l'époque contemporaine...
VODECEE, sans doute nommée à l'époque LOMACUS , devient peu à peu une ville importante et est située alors sur la gauche de la route de Villers-le-Gambon à Philippeville, à l'emplacement des carrières de la Croisette.
Le Pagus de Vodecée est limité par la Sambre et la Meuse depuis Namur et, au sud, par une frontière qui va plus ou moins de Beaumont à Hirson, Rocroi et Revin, limite de la marche gauloise dont il a été question ci-dessus.
Peu à peu, le réseau de routes préexistant se développe. Ainsi, on trouve alors les routes suivantes:
Bavay - Vodecée- Agimont
Vernand - Vodecée - Ciney (axe tabulaire servant à la récolte des impôts)
liaison Vodecée - Namur
route du Viroin, intérieure au Pagus
Le territoire des Nerviens s'intercalait entre les vallées de l'Escaut et de la Meuse.
Le site du sanctuaire et des ateliers de métalurgie aux Crayats des Sarrasins, entre Philippeville et Vodecée.
VODECEE (LOMACUS), devient alors capitale du PAGUS LOMACENSIS... La première mention de ce pagus remonte au Moyen Age.
Ainsi, les anciennes capitales gauloises devinrent-elles les chefs-lieux des cités qui recouvraient les anciens territoires des peuplades gauloises. Chacune de ces cités (ou civitates) était subdivisée en cantons (ou pagi, pluriel de pagus). L'Entre-Sambre-et-Meuse appartenait au PAGUS LOMMENSI5, le pagus de Lomme, les pagi voisins étant ceux de Fontaine-Valmont, Namur et Ciney.
La ville de LOMACUS est géographiquement située sur un plateau au centre du pagus et couvre environ une superficie de 15 hectare, sinon plus. C'est en effet la surface fouillée mais rien ne peut justifier que la superficie de l'habitat n'était pas plus importante.
Vodecée devient un CONCILIABULUM, c'est-à-dire un centre civique destiné aux populations rurales qui sont éloignées des villes. Elle comporte donc tous les bâtiments publics dont une ville de relative importance peut se glorifier:
forum situé au centre de la ville et autour duquel se regroupent toutes les autres constructions
théâtre avec des gradins
thermes
sanctuaire composé de temples: le domaine sacré avait une dimension de 200 x 50 mètres environ et permit notamment les rites religieux mis en place sous Antonin le Piteux qui règna de 138 à 161 après J._C.
ensemble d'habitations avec puits
La ville de LOMACUS est donc alors un foyer actif de romanisation. Il dépend alors de la ville de Bavay auquel il est alors relié par une route BAVAY - VODECEE - AGIMONT.
Le pagus de Vodecée était limité par la Sambre et la Meuse.
La cité de Lomacus (Vodecée) en l'an 80, avec son forum, son théâtre et son sanctuaire.
(D'après l'Office de Recherches Généalogiques et Archéologiques d'histoire locale et régionale de l'Entre-Sambre-et-Meuse.)
Vodecée: Crayats des Sarrasins - Fouilles du sanctuaire.
Sous Domitien (51-96), les provinces de Germanie inférieure et supérieure sont créées. L'exploitation du minerai de fer se développe dans l'Entre-Sambre-et-Meuse et c'est à cette période qu'apparaissent de nombreuses exploitations de fer dans la région. Partout, on peut aujourd'hui découvrir d'antiques crayats de Sarrazins car ils furent réexploités au XIXè siècle.
C'est surtout à la période flavienne, de 69 à 96, que cette exploitation du fer connut sa plus grande expansion.
Dans le dernier quart du IIème siècle après J.-C., la région de Vodecée connu un grand essor suite à l'activité croissante du limes rhénan et l'activité du PAGUS LOMACENSIS se tourna alors vers la Meuse plutôt que vers Vernand et Bavay
Le pouvoir économique se déplaçant de l'ouest vers l'est et les provinces de Germanie, le PAGUS LOMACENSIS est alors détaché de Bavay pour être rattaché à Tongres. Tongres est le seul chef-lieu situé dans la Belgique actuelle. Ce pagus a gardé l'ancien nom de l'ancien peuple conquis et dont l'Entre-Sambre-et-Meuse est la partie la plus méridionale.
Le temple A du vicus romain de Vodecée, fouillé en 1982.
(D'après l'Office de Recherches Généalogiques et Archéologiques d'histoire locale et régionale de l'Entre-Sambre-et-Meuse.)
Le temple B du vicus romain de Vodecée, fouillé en 1987.
(D'après l'Office de Recherches Généalogiques et Archéologiques d'histoire locale et régionale de l'Entre-Sambre-et-Meuse.)
Sanctuaire privé semi-souterrain au vicus romain de Vodecée.
(D'après l'Office de Recherches Généalogiques et Archéologiques d'histoire locale et régionale de l'Entre-Sambre-et-Meuse.)
Dans le premier quart du IIIème siècle, l'industrialisation se développe sous les Sévères. Dès lors, de CONCILIABULUM, Vodecée devient VICUS par l'adjonction de quartiers d'artisans.
Les activités ferrières se développent de plus en plus au point de détruire peu à peu la ville existante. Les autorités romaines décident de démanteler les restes de la ville existante. Les vestiges qui persistent aujourd'hui du sanctuaire religieux témoignent en effet d'une déconstruction méthodique et soigneuse des anciens temples.
Les vestiges de LOMACUS, la cité mystérieuse près de Vodecée, sont donc détruits pour être remplacés par l'implantation d'une véritable ferrière d'état. Le démantèlement de la cité ruinée et l'étendue des activités ferrières prouvent avec certitude la présence d'une population servile importante permet de penser à la création d'une ferrière impériale, une METALLICA PUBLICA.
Il y a alors à Vodecée:
habitations métallurgiques,
bas-fourneaux,
temple,
entrepôts de matériel roulant,
zone de pacage des bestiaux,
puits,
fosses d'extraction d'argile,
ateliers de bronziers,
entreposage de scories,
décombres
Les produits bruts de la production de fer sont alors acheminés vers la Meuse et les camps militaires de la Rhénanie où la fabrication d'armes devient notamment de plus en plus nécessaire suite aux menaces persistantes des invasions venant de l'Est.
On a également découverte près de Vodecée une voie Nord-Sud, perpendiculaire à l'axe Bavay-Vodecée-Agimont, par laquelle arrivaient les chargements de bois, de charbon de bois et de minerai qui était extrait d'un gîte en amas situé un peu plus au nord.
Toute la région est donc parcourue de ces voies qui alimentent en minerai et en combustible ce grand centre de production que représente la ville de LOMACUS. Il faut alors exporter le minerai de fer vers la Meuse et, au cours de la longue occupation romaine, les voies de transport ont probablement changé de tracé très fréquemment, au cours des aléas de l'industrie et du transport locaux.
La cité de Lomacus (Vodecée) en l'an 225, transformée complètement en exploitation métallurgique.
(D'après l'Office de Recherches Généalogiques et Archéologiques d'histoire locale et régionale de l'Entre-Sambre-et-Meuse.)
La première ressource écrite relative au PAGUS LOMACENSIS est moyen-âgeuse: elle apparaît au VIIè siècle.
Du VIIè au Xè siècle, le Pagus Lomacensis est délimité par la Sambre et la Meuse et au sud par une frontière qui passe par Hantes - Leugnies - Rance - Chimay - Revin avec Echerennes (près de Lomacus et Vodecée) en son centre.
La ville de LOMACUS disparaît de la mémoire des hommes à partir du XVIIème siècle, lors de la construction de la forteresse de Philippeville qui nécessite la destruction et fait disparaître le village d'ECHERENNE. Ce village tire en effet sont nom de ARCANA qui, en latin, désigne une VOÛTE. Il ne peut ici s'agir de la voûte d'un pont car nous nous trouvons sur un plateau, dépourvu de toute rivière importante. Il ne peut donc s'agir qu'une allusion aux vestiges voûtés de l'ancienne ville voisine de Lomacus...
Ainsi disparaît pour quelques temps le souvenir de cette ville importante de LOMACUS...
En 1840 , lorsque l'on défriche la zone, on constate un important nombre de crassiers. L'endroit sera dès lors dénommé "aux Crayats des Sarrazins"...
Trente ans plus tard, en 1870, les forges de Thy-le-Château tenteront de récupérer et d'exploiter les scorires de fer. A cette occasion, différentes pièces de monnaies datant du IIIème siècle seront mises à jour et répertoriées par les archéologues de l'époque.
Entre 1881 et 1890, différentes équipes viennent fouiller les lieux.
En 1900, les fouilles entreprises révèlent que le site est un ancienne exploitation métallurgique. On pense alors que cette exploitation n'aurait pas survécu à l'année 161. Erreur fatale!... L'absence de plan de fouilles explique aussi que l'on considère alors le caractère médiocre de l'importance du site. Cette erreur sera aussi répétée en 1966.
De 1981 à 1989, on réalisera cependant de nouvelles fouilles sur le site, ce qui permettra de mettre en valeur son importance. Les fouilles seront alors remblayées afin d'assurer leur préservation. Cependant, la ville de LOMACUS restera souvent ignorée de tous les archéologues car le terrain qu'elle occupait a été fort remué par les occupations successives, par les fouilles et la dévastation irréparable de la carrière de marbre des Croisettes.
Il existe peu de publications sur les fouilles réalisées à cet endroit et aucune exposition des pièces archéologiques n'a jamais été organisée. Plus de 200 monnaies romaines ont pourtant été récoltées mais, lors du décès des fouilleurs, les notes et les objets récoltés ont mystérieusement disparus, sans doute victimes de l'ignorance de ceux qui en furent les héritiers...
Office de Recherches Généalogiques et Archéologiques de l'Entre-Sambre-et-Meuse - Vodecée: https://www.gephil.be/sites/gephil/files/site_ndeg1_gephil.pdf