Jadis, le jardin d'agrément n'existait pas dans un village rural tel que Soulme: seul le curé pouvait-il peut-être disposer d'un jardin de fleurs, mais celui-ci avait aussi une fonction bien précise puisqu'il permettait de fleurir l'église.
Le jardin potager, dénommé "corti", se trouve toujours le plus près possible de l'habitation puisque sa production sert essentiellement à l'alimentation du ménage. Sa superficie est tout au plus de quelques ares. On y cultive les pommes de terre, les légumes (laitues, persil, haricots, cerfeuil, pois, ail, oignons, poireaux, céleri, betteraves, carottes), les plantes aromatiques (menthe, thym) et médicinales (la guimauve pour les infusions et le traitement des plaies, la rue aux propriétés abortives), les arbustes fruitiers (groseilliers), les plantes racines vivaces (rhubarbe, ciboulette, cerfeuil perpétuel, oseille), sans oublier les traditionnels fraisiers et quelques fleurs et arbres d'ornementation.
Un jardin potager vers 1955 et cinquante ans plus tard... transformé en jardin d'agrément.
Parfois, l'espace ne permet pas de disposer le jardin derrière l'habitation. Il peut alors se trouver à différents endroits: sur le côté de l'habitation et accessible par l'intermédiaire de l'usoir, devant celle-ci, de l'autre côté de la rue, quelques maisons plus loin. Au XIXe siècle, lorsque la population du village devient plus importante, certains nouveaux jardins sont même créés un peu à l'écart des habitations. Ils sont alors accessibles par un sentier, par une ruelle ou par une servitude étroite, la "pisinte" qui n'a que la largeur d'un pied...
Ruelle à l'angle de la rue du Ruage et de la rue des Granges.
Ruelle de Falize dans la rue du Ruage.
Ruelle dans la rue Désiré Mathieu.
Ruelle de la Fontaine dans la rue Désiré Mathieu.
Les jardins étaient souvent clôturés d'un muret, mais plus souvent d'une haie vive ou de taillis qui le protégeaient du vent et du froid, mais aussi du bétail errant qui aurait pu y faire des dégâts irréparables. On y accédait par un petit portail grillagé encadré de deux grands massifs en pierre provenant des carrières locales.
Des vergers formaient souvent une barrière de verdure entre les jardins et la zone agricole qui entourait le village. Ces vergers ont malheureusement disparu à la fin des années 1950 lorsqu'on distribua des primes pour l'abattage des pommiers...
Aujourd'hui, beaucoup de jardins potagers ont été transformés en jardins d'agrément.