Dès le début de l'occupation, les Allemands organisèrent des réquisitions et les fermiers furent les premiers à y être contraints. Ils devaient ainsi fournir une partie de leurs récoltes. Ils ne pouvaient pas fabriquer de beurre, sauf si leur ferme était isolée. Les fermiers de Soulme devaient ainsi fournir une certaine quantité de lait à la laiterie de Rosée, proportionnelle aux nombre de vaches qu'ils possédaient. Les chevaux furent aussi réquisitionnés.
Parfois, le champ d'aviation de Florennes, construit par les Allemands, était bombardés. Les hommes des villages voisins étaient alors réquisitionnés pour réparer les dégâts. Le garde-champêtre de Soulme devait alors désigner les hommes du village qui, avec pelles et pioches, devaient partir en camion vers Florennes pour effectuer le travail. On devine leur crainte...
Dès 1940, l'armée allemande qui occupe le territoire belge édicte des ordres de réquisition qui vont perturber la vie agricole de la commune de Soulme.
En janvier 1940, le deuxième service de Manutention du 4ème Corps d'Intendance à Namur réquisitionne à Soulme 10.000 kg.d'avoine au prix de 103 fr. au wagon départ à destination du Magasin de Fourrage à Namur.
Par ailleurs, le bourgmestre de Soulme propose 4 à 5.000 kg. de paille dont le prix s'élevait à 46 fr. les 100 kg. augmentés de 2,50 fr. pour le transport.
Le 26 janvier 1940, le service envoie 134 sacs de 75 kg. marqués A.B.L./ M.F.N. Les 16 fermiers de Soulme fournissent 6.100 kg. d'avoine pourun montant de 6.334,50 fr. transport compris et 2.944 kg. de paille pour 1.354,24 fr.
Mais les réquisitions ne s'arrêtent pas là. Voici une lettre adressée par le bourgmestre de Surice à celui de Soulme le 23 août 1940:
Monsieur le Bourgmestre de et à Soulme,
Réquisition militaire:
Conformément à un ordre de la Kommandanture locale, les habitants de votre commune doivent pourvoir pour le 25 courant au soir:
- douze paires de draps de lit en bon état;
- vingt-quatre couvertures en bon état.
Une auto militaire allemande prendra ces objets chez vous lundi prochain au matin.
Les habitants qui livreront ces objets doivent les marquer afin de pouvoir les retrouver quand les militaires allemands quitteront la commune.
Veuillez agréer, Monsieur le Bourgmestre, mes salutations distinguées.
Le Bourgmestre.
Les réquisitions les plus importantes et les plus graves de conséquence concernaient évidemment les chevaux dont la présence était nécessaire au bon fonctionnement des fermes et au maintien de l'agriculture. Voici la traduction d'un document malheureusement non daté relatif à ce type de réquisition:
MM. les Bourgmestres des provinces de Namur et Luxembourg,
Objet: Mise à disposition d'attelages et de chevaux.
Les nombreux doutes régnant au sujet de prestations à faire par les habitants aux troupes d'occupation m'obligent à faire savoir ce qui suit:
Les troupes d'occupation ont le droit d'exiger de la part des détenteurs d'attelages et de chevaux qu'ils mettent ces attelages et chevaux à leur disposition.
D'habitude, la troupe s'adressera au Bourgmestre qui, de son côté, désignera les personnes qui auront à prêter main-forte aux soldats. Des personnes devront obéir immédiatement à l'ordre donné par le Bourgmestre.
Ces prestations seront payées par la troupe même qui les a exigées. Elle exigera une facture en deux exemplaires, si possible rédigée en langue allemande. Sont exceptées les mises à disposition d'attelages et de chevaux servant à aménager les logements, à y amener les combustibles etc. Les prestations sont payables par la commune qui sera remboursée par le Ministère.
Veuillez procéder d'après ces directives et instruire les intéressés sur le mode de payement.
Le Feldkommandant.
Lors de la réquisition de chevaux du 10 mars 1941, les 16 fermiers de Soulme reconnurent avoir reçu avis de présenter leurs chevaux à Florennes le 10 mars à 9 heures allemandes.
Il s'agissait de Noël Fabry, Nestor Marée, Louis Gilbert, Albert Cavrenne, Clovis Penasse, Robert Collinet, Georges Lathurz, Marcel Lathuraz, la veuve delobbe, Célestin Dubois, Nestor hayard, Clément Penasse, Fernand Hamoir, Roger Danthine, Henri Scieur et Joseph Dubois.
Le nombre de chevaux réquisitionnés s'élevait à 30 dont 5 chevaux de moins de trois ans.
Dans le bas du relevé de cette réquisition, le bourgmestre avait ajouté le texte suivant:
Ancien chariot au vieux moulin de Soulme.
La commune comprend 269H97 dont 113H96 de culture et 156H01 de pâtures et prairies. Le terrain de la commune est très accidenté, toutes les terres en cultures sont en pente et nécessitent un effort de traction très considérable, une réquisition de chevaux nuira considérablement au ravitaillement, chaque cultivateur ne disposant que d'un minimum de chevaux strictement nécessaire à la bonne marche de l'agriculture. 11 chevaux ont été réquisitionnés par les armées en septembre, des terres resteront certainement sans être cultivées en 1941.
Le relevé établi par le bourgmestre nous permet aussi de constater que la plus petite exploitation agricole de Soulme, celle de Henri Scieur, a une superficie de 6 hectares répartis en 3 hectares de cultures et 3 hectares de prairies. La plus grande, celle de Joseph Dubois, couvre une superficie de 36,10 hectares dont 16,10 hectares de culture et 29 de prairies.
A l'occasion d'une réquisition de chevaux de 1943, le bourgmestre de Rosée adressa la lettre suivante au bourgmestre de Soulme en date du 10 juillet 1943:
Monsieur le Bourgmestre ,
La Kreiskommandanture nous avise qu'une réquisition de chevaux aura lieu à Rosée le 20 juillet 43 à 8 heures 00. et que votre commune y participera.
Ce jour matin la police communale vous désignera l'emplacement réservé à vos cultivateurs et vous donnera toutes indications utiles.
Les communes seront classées suivant l'ordre des distances du parcours jusque Rosée de manière que les communes éloignées aient un peu plus de temps pour effectuer le voyage.
Il est inutile de vous rappeler que vos fermiers doivent arriver à l'heure exacte et que les chevaux présentés doivent être classés par n° d'ordre du propriétaire et pour chacun de ceux-ci par n° d'ordre de cheval.
Vous devrez mettre à la disposition de la commission de recrutement un homme habitué à la conduite des chevaux.
Prière de vouloir bien me faire savoir d'urgence son nom car une liste de ces personnes doit être remise à l'officier chargé du recrutement. ces personnes convoieront ces chevaux à pied aussitôt le recrutement jusque Philippeville, y soigneront les chevaux les 20 et 21.7.1943 et accompagneront leur transport par chemin de fer depuis le départ de Philippeville le 22 juillet jusqu'à l'arrivée à Liège le 23.7.43.
Le paiement du personnel convoyeur sera à avancer par la commune laquelle nous adressera une facture à raison de 6 francs l'heure (jour et nuit) plus les frais de retour de Liège.
A vous lire, croyez, Monsieur le Bourgmestre, à mes sentiments les plus distingués.
Le Bourgmestre.
A. Dumont.
Particulièrement astucieux, les fermiers de Soulme parvinrent à berner les Allemands.
Avec l'aide et le complicité du bourgmestre, certains documents furent falsifiés et on pu ainsi tricher sur les quantités, fabriquer du beurre et cacher les chevaux...