Face au presbytère et en contrebas de celui-ci, à l'angle de la rue Désiré Mathieu et du chemin de la Scierie se trouvent aujourd'hui une série d'annexes agricoles dont le premier volume en moellons de calcaire, profondément modifié, est suivi d'une construction en brique qui a été construite après le milieu du XIXème siècle (elle n'existe pas sur le plan de 1843), obturant ainsi le passage qui existait entre la brasserie et le jardin de la ferme voisine. Ces annexes appartiennent aujourd'hui à la ferme du n°26, rue Désiré Mathieu. Il s'agit de l'ancienne brasserie communale dont l'existence est prouvée depuis l'année 1621 au moins et qui fonctionna jusqu'en 1913.
Le bâtiment de la brasserie était précédé d'une fosse servant d'abreuvoir dans laquelle se déversaient les eaux de pluies et le trop-plein de la distribution d'eau.
Une longue perche à crochet tournante était fixée au mur extérieur de la brasserie; un seau en cuivre à fond arrondi y était accroché et permettait d'aller puiser l'eau à la borne-fontaine, située de l'autre côté de la route et raccordée à la distribution d'eau, puis de monter l'eau jusqu'à l'étage de la brasserie. Le trop-plein de cette distribution d'eau se déversait dans l'abreuvoir qui, mal entretenu, fut comblé vers la fin du XIXème siècle, peu avant la disparition et la vente de la brasserie.
Le plan cadastral de 1843 montre que la brasserie possédait une petite cour clôturée d'un muret et dans laquelle se trouvait une marre.
Cette perche à crochet, dénommée "l'bolomave", servait de croque-mitaine pour les enfants qui étaient menacés d'être attrapés par le "bonhomme à crochet".
L'expression "bolomave" est interprétée localement comme une déformation de "bonhomme mal lavé", dénomination que l'on donnait traditionnellement aux gitans, vagabonds et pèlerins d'aspect douteux qui traversaient les villages et étaient supposés voler les enfants pour les estropier volontairement et les réduire ainsi à la mendicité. Dans le sud de l'Entre-Sambre-et-Meuse, on retrouve souvent la légende du "bonhomme havet", ce terme désignant le "crochet" dans le patois local. Ce terme provient de l'allemand "haken" (crochet), et l'origine germanique de cette expression wallonne s'explique par les invasions franques qui ont laissé une proportion d'environ 5% de leurs expressions dans le patois local.
Le crochet est toujours visible sur le haut du pignon de l'ancienne brasserie (2018)
La fabrication de la bière était une opération assez longue qui nécessitait un travail en famille. Chaque brassage donnait environ 24 à 25 "tonnes" de bière et 2 "tonnes" de "bèdo". La "tonne" correspondant à 80 ou 90 "pots" de 1,42 litres, on peut donc évaluer la production de bière à Soulme entre 2.700 et 3.200 litres environ, ce qui explique pourquoi la plupart des maisons paysannes étaient aussi des cabarets. Au début du XXème siècle, il y avait d'ailleurs encore 15 cafés à Soulme...
Vers 1912, la brasserie fut abandonnée pour des raisons d'hygiène évidentes: l'eau qui servait à la fabrication de la bière provenait de la distribution d'eau, alors alimentée par une source se trouvant dans les prairies au nord de la commune, au-dessus des Quatre Chemins et des Rochettes. Ceci explique sans doute pourquoi la bière de Soulme était plutôt forte et dure...
En sa séance du 7 août 1912, le Conseil communal décida donc de vendre le bâtiment de la brasserie communale au plus offrant. Joseph Dubois-Fesler s'en porta acquéreur pour la somme de 1.000 francs le 21 février 1913.