Le choléra fait sévit en Europe de 1865 à 1867 et fait son apparition en Belgique en juin 1866. Cette épidémie connaîtra un pic dans notre pays en juillet 1866 et disparaîtra pendant l'hiver. Ce sera un rappel cuisant des épidémies de 1832-1833 et de 1848.
En Europe, le choléra fera près de 500.000 victimes dont 32.812 décès en Belgique en 1866, mais ce sera la dernière apparition de cette maladie.
Cette épidémie n'est pas sans rappeler celle de la grippe espagnole qui se répendit de mars 1918 à juillet 1921. Il n'existe aucune statistique sur cette épidémie, mais on peut estimer le nombre de décès entre 20 à 50 millions de mort dont 2,3 millions pour l'Europe... On ne peut éviter de faire le rapprochement avec l'épidémie de Covid que l'on connut à partir de 2020 et qui comptabilisait 25.000 décès en Belgique en 2021.
Il est impossible de savoir s'il y eut des victimes à Soulme de 1865 à 1967, mais cette épidémie de choléra eut certainement des conséquences sur la gestion de la commune. Un certain Docteur Bribosa vint à Soulme faire sa petite enquête et donner quelques conseils aux édiles communaux, sinon prescrire certains travaux d'aménagement et d'assainissement dans la commune. Dans une note renfermant les "Observations relatives au budget communal de Soulme en 1868", on peut en effet lire la remarque suivante, en partie raturée:
Des travaux d'hygiène presrits par le Docteur Bribosia lors de sa visite concernant l'enquête sur le choléra entraîneront des dépenses considérables auxquelles il faudrait faire face au moyens du restant disponible de 1864
En 1866, le Département de l'Intérieur a fait adresser aux administrations communales, relativement aux mesures à prendre en cas d'épidémie cholérique, des instructions formulées par l'Académie de médecine et par le Conseil supérieur d'hygiène publique. Ces instructions ont été révisées en 1875. Voici un extrait des "Mesures à recommander en temps d'épidémie de choléra" publié par le Ministère de l'Intérieur en 1883.
A. — AUX ADMINISTRATIONS PUBLIQUES.
1° Faire entretenir la voie publique, les marchés et les halles dans un état constant de propreté et de salubrité, en évitant avec le plus grand soin d'y laisser séjourner des matières organiques en décomposition et surtout des déjections humaines ou des eaux qui ont servi au lavage des ap partements et des linges de malades.
2° Curer, avant l'arrivée de l'épidémie, les ruisseaux des rues, ainsi que les petits cours d'eau et les fossés des chemins dans le voisinage des habitations ; y assurer un libre écoulement; défendre d'y jeter les déjections et les eaux de lavage dont il a été question ci-dessus.
3° Veiller d'avance au bon état des égouts publics et de leurs coupe-air, entretenir dans les égouts un courant d'eau continu quand les circonstances le permettent et y verser chaque jour des désinfectants ; enjoindre aux propriétai•es et aux principaux occupants des habitations où existent des égouts particuliers de prendre les mêmes précautions et, s'il s'y trouve des puisards, de les désinfecter soigneusement.
4° Obliger les propriétaires de maisons à y établir des coupe-air hydrauliques, à immersion de cinq à sept centimètres, pour empêcher les miasmes des égouts publics et des fosses d'aisance de pénétrer dans les habitations ; prendre les mesures nécessaires pour pouvoir s'assurer que ces coupe-air restent constamment pourvus d'eau dans les maisons inoccupées.
5° Veiller au bon entretien des sources, des fontaines, des puits, des ruisseaux et des rivières qui fournissent de l'eau pour les usages domestiques empêcher surtout d'y laver du linge ou d'y verser des immondices et spécialement des déjections humaines ou des eaux de lavage.
6° Veiller avec le plus grand soin à ce que les denrées alimentaires et les boissons exposées en vente soient de bonne qualité.
7° Faire entretenir dans un état de propreté convenable les étables, les écuries et leurs abords, ainsi que les établissements industriels de toute nature qui peuvent nuire à la salubrité publique.
8° Faire entretenir une aération large et constante, dans les locaux où se tiennent des réunions nombreuses, tels que les églises, les écoles, les théâtres, les casernes, etc., etc., et, au besoin, les assainir au moyen de désinfectants.
9° Veiller à la salubrité des locaux où les ouvriers et les pauvres logent en chambrée et prendre les mesures nécessaires pour que l'on n'y admette que le nombre de personnes en rapport avec leurs dimensions; assainir les rues, ruelles, bataillons carrés, habitations, etc., des quartiers occupés par la classe ouvrière, et spécialement de ceux où des épidémies ont sévi.
10° Veiller à l'assainissement des bateaux, voitures publiques, etc.; prescrire l'usage de voitures spéciales pour le transport des malades.
11° Faire entretenir dans un grand état de propreté et désinfecter fréquemment, sous la surveillance des agents de l'autorité, les latrines des stations de chemin de fer, des hôtels, cafés, estaminets et autres établissements publics.
12° Déconseiller instamment l'usage de remèdes non prescrits par les médecins.
13° S'abstenir, pendant l'épidémie, de faire exécuter des travaux qui peuvent exercer une influence nuisible sur la salubrité publique, tels que le curage des canaux, la construction, la réparation ou le curage des égoûts et généralement toutes les opérations qui nécessitent le remuement des terres.
14° Interdire pendant l'épidémie, les foires, kermesses, etc., qui donnent lieu à des excès, ainsi que les pélerinages et les processions, qui peuvent alarmer la population.
Références:
Statistiques du choléra au XIXème siècle: http://www.numdam.org/item/JSFS_1868__9__165_0.pdf