L'endroit boueux désigné par l'étymologie pourrait évidemment désigner un passage à gué de l'Hermeton ou de l'Omeri. Cependant, ces deux rivières ne sont pas particulièrement boueuses étant donné qu'elles traversent des terrains essentiellement calcareux et schisteux. De plus, un passage à gué ne se maintient pas à un endroit boueux incommode et les deux rivières sont trop éloignées du village pour qu'un gué ait pu lui laisser son nom. De plus, on peut constater que les villages tirant leur nom d'un passage à gué avaient souvent un nom formé à partir des radicaux celtiques VADUM- , VADA- ou encore RITU- et DUBRON-.
Le lieu-dit ayant donné son nom au village devrait donc se situer au voisinage de l'agglomération actuelle et à proximité d'une source ayant joué, au niveau local, un rôle relativement important. Une telle source existe effectivement au lieu-dit INZEVAUX, situé au nord du village et dont le nom provient à la fois de ens Ruuaux (1619) et enservaux (1740) qui signifient respectivement sur le ruisseau et dans la vallée. Jadis, les habitants de Soulme accédaient à cette source d'eau potable proche du village par deux sentiers encaissés. L'un était situé entre les numéros 9 et 10 de l'actuelle rue Désiré Mathieu et l'autre, dénommé Ruelle de la Fontaine, prolongeait l'actuelle rue des Pachys.
La ruelle de la fontaine entre les n° 9 et 10 de l'actuelle rue Désiré Mathieu.
La fontaine de Soulme dans les années 1980.
Le vallon en contrebas de la fontaine avec vue vers la ferme Falgeotte.
Ce chemin de la fontaine obliqua ensuite vers le hameau de LA CHAMPELLE et des escaliers furent taillés dans le schiste pour faciliter la descente dans les fonds d'INZEDU. Jusqu'à la fin du siècle dernier, cette fontaine servit à l'alimentation en eau du village; on y menait le bétail par un herdal situé à l'extrémité des CORTIS DIEHOUARD et qui est encore visible aujourd'hui entre l'entrée du village et le carrefour des QUATRE CHEMINS.
En contrebas de la fontaine, les eaux de source et de ruissellement longent un pré aujourd'hui dénommé PRE COUCHAUX et qui, de mémoire de soulmois, a toujours été particulièrement marécageux. Jadis, cette terre s'est dénommée successivement preit du crachaux, la cranieuse terre (1697), au crachau (1740), le crahau (1756), termes dont le radical cra (gras) indique bien le caractère boueux de cet endroit.
Le rôle social et économique de la fontaine de Soulme s'explique donc par la nécessité de pouvoir s'abreuver le long d'une voie de communication mais aussi de procurer de l'eau potable aux populations locales et à son bétail. L'importance de l'endroit est d'ailleurs attestée par la complexité de son découpage parcellaire qui apparaît sur les plans cadastraux actuels et qui est due non seulement aux particularités du relief mais aussi à la nécessité de déplacer les chemins d'accès en fonction des modifications du ruissellement naturel.
Le chemin et la source décrits ci-dessus prirent probablement toute leur importance à l'époque romaine qui vit sans doute se créer une première agglomération le long d'une voie de communication servant au transport, vers la vallée mosanne, des productions agricoles de la région et des minerais exploités notamment à Vodecée, Rosée et Morville. On se plaît à imaginer la naissance d'un petit village fortifié sur le sommet d'une colline où passe une voie romaine et au pied de laquelle coule une source intarissable... On se plaît aussi à imaginer les premiers soulmois occupés à défricher cette clairière qui donnera au village sa forme circulaire...
Le sentier qui descend vers la fontaine de Soulme (photos dans les années 1980).
Suivant la tradition, les pierres entourant le puits de l'ancienne fontaine de Soulme auraient servi à construire une cheminée à feu ouvert dans l'une des maisons de Soulme au n°11 de la rue Désiré Mathieu.
Quand on voit l'état d'usure de ces pierres, on pourrait penser que celles-ci proviennent plutôt d'un ancien lavoir, la lavage et le battage du linge ayant provoqué cette usure des pierres.
Les lavoirs existaient anciennement dans chaque village. Néanmoins, à Soulme, personne n'en a jamais gardé souvenir. Peut-être le lavoir aurait-il disparu avant la fontaine elle-même? Tout est possible...