Le récit de la passion de sainte Colombe est très ancien. Il date peut-être d'avant le VIe siècle puisqu'elle était déjà vénérée à Sens à cette époque. Dès le VIIe siècle, on remarque son nom dans des documents liturgiques des Wisigoths ainsi que dans des textes de messes et des oraisons de la liturgie mozarabe.
On retrouve son nom dans les plus anciens martyrologes rédigés dans la région de Sens et d'Auxerre et qui sont probablement issus de textes plus anciens aujourd'hui perdus. A Sens, l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif était spécialisée dans une littérature qui ne manquait pas d'amplification imagée.
Bède le Vénérable (v.672-735), célèbre bénédictin anglais, poète, grammairien, historien et hagiographe, fit un éloge fort bref de Sainte Colombe qui fut également citée par Adon.
La plus ancienne "Passion de Sainte Colombe" que l'on possède date des VIIe ou VIIIe siècles et, en 1648, Dom Croton, chroniqueur de l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif, transcrivit deux textes des "Actes de Sainte Colombe" qu'il dit tirés d'un ancien manuscrit. Ces textes peuvent être complétés par les "Actes de Saint Sanctien" qui fut aussi martyrisé à Sens après avoir été le compagnon de sainte Colombe.
La légende selon laquelle sainte Colombe serait originaire d'Espagne date au moins du IXe siècle: à cette époque, les hagiographes se plaisaient souvent à imaginer que les saints avaient visité les lieux où leur culte était florissant.
Sainte Colombe aurait été baptisée à Colombe, village situé entre Vienne et Grenoble, dans le département de l'Isère. Elle a probablement pris le nom du lieu où elle a été baptisée car le nom de Colombe dériverait du mot latin « columbarium » qui désigne un pigeonnier.
Dans un couvent de religieuses bénédictines, on peut voir les ruines d'une ancienne chapelle qui a été construite à cet endroit et qui porte l'inscription "Baptistetium sanctae Columbae".
Le récit du martyr de sainte Colombe est tout à fait classique: on retrouve très souvent des épisodes similaires dans la vie d'autres saints. Ainsi, la scène de l'amphithéâtre est une copie presque intégrale des actes de saint Chrysanthe et surtout de saint Daria: seuls l'empereur Aurélien à remplacé Numérien et, dans l'arène, l'ourse à remplacé le lion.
L'introduction du personnage de Aurélien dans ce récit est suspect en Bourgogne car il est le persécuteur type: on le retrouve trop souvent dans les légendes et les vies de saints pour que de tels récits n'aient pas été copiés sur une source unique.
D'après les historiens, on ne connait aucun document signé de la main d'Aurélien qui condamnerait les chrétiens à la persécution. Néanmoins, on peut remarquer que sur son itinéraire en Gaule par Lyon, Autun, Sens et Orléans il y eut plusieurs martyrs et que à Sens, lieu du martyr de sainte Colombe, il existait un groupe de chrétiens sur le lieu où se trouvaient les tombeaux de saint Savinien et saint Potentien.
Pièce de monnaie représentant l'empereur Aurélien.
L'un des trois panneaux anonyme de la Pinacothèque de Brera, à Milan, représentant "La Vie de sainte Colombe" et son entrevue avec Aurélien.
Par ailleurs, il faut noter que la plupart des saints martyrs de cette époque étaient honorés sur leur tombeau et non pas sur le lieu de leur supplice qui était souvent inconnu. On peut donc émettre également des réserves en ce qui concerne le lieu du supplice de sainte Colombe.
Il est vrai cependant que, à partir du IIIe siècle, les villes se fortifièrent et laissèrent à l'extérieur de leurs remparts les amphithéâtres romains où, de temps à autres, on organisait encore des combats de fauve. Il apparaît donc logique que l'auteur inconnu de la passion de sainte Colombe ait placé les scènes de martyr dans un tel amphithéâtre, surtout lorsque des bêtes féroces se mêlaient au récit.
La forme courbe de la rue des Arènes à Sens témoigne de l'emplacement de l'amphithéâtre de la légende de sainte Colombe.
L'entrée des arènes de Sens est toujours visible.
L'un des trois panneaux anonyme de la Pinacothèque de Brera, à Milan, représentant "La Vie de sainte Colombe" et son emprisonnement dans les arènes de Sens.
Dans un manuscrit copié au Xe siècle pour une église de Sens, on trouve cependant quelques précisions sur le lieu du martyr de la sainte. Ce document précise que le supplice de sainte Colombe eu lieu "dans la villa qu'on appelle Erdona", lieu qui est actuellement dénommé Fontaine d'Azon.
L'endroit, situé aujourd'hui sur la commune de Saint-Clément-les-Sens, se trouve bien à un mille de la ville de Sens comme le veut le récit du martyr, à un kilomètre à vol d'oiseau environ de l'abbaye de Sainte-Colombe où la sainte a été ensevelie.
Jadis situé en plein milieu rural, l'endroit est aujourd'hui consacré au monde commercial et industriel car le District de l'Agglomération Sénonnaise y développa une zone industrielle afin de lutter contre le chômage endémique. C'est d'ailleurs dans ces années 1980 que le site de la Fontaine d'Azon fut acquis et rénové par la municipalité de Saint-Clément auprès des Soeurs de Nevers.
L'un des trois panneaux anonyme de la Pinacothèque de Brera, à Milan, représentant "La Vie de sainte Colombe" et sa décapitation à la Fontaine d'Azon.
La Fontaine d'Azon et son petit oratoire.
La croix élevée près de la Fontaine d'Azon.
La chapelle construite par Aubertus sur la tombe de sainte Colombe, dans la commune actuelle de Saint-Denis-lès-Sens, au nord de Sens, fut probablement détruite lorsque l'Empire romain fut envahi par les barbares au Ve siècle.
Saint Loup, parfois dénommé saint Leu, évêque de Sens, mort en 623, voulu être enterré aux pieds de Sainte Colombe.
En 620, Clothère II construisit une abbaye royale bénédictine à proximité du lieu alors supposé du calvaire de sainte Colombe, c'est-à-dire, en réalité, à l'emplacement de son tombeau, aujourd'hui dans la commune de Saint-Denis-lès-Sens, en compensation du pardon accordé à saint Loup, archevêque de Sens, qu'il avait injustement exilé.
Dotée des reliques de sainte Colombe et de saint Loup ainsi que de nombreux biens et droits spécifiques cédés par différentes royautés, instances religieuses et papautés, l'abbaye connut une grande prospérité pendant près de douze siècles.
A l'époque de la création de l'abbaye, Saint Eloi (v.588-660), habile orfèvre, fabriqua une châsse pour Sainte Colombe et s'occupa de l'église parisienne qui est placée sous son patronage.
Sainte Colombe à Sens: les arènes, la fontaine d'Azon, l'abbaye Ste-Colombe, la crypte et le reliquaire de la sainte.
Le 22 juillet 853, l'évêque Wénilon consacra la nouvelle église de l'abbaye Sainte-Colombe de Sens qui gardait alors les reliques de la sainte et de saint Loup. Le lendemain, il fit transférer les reliques de sainte Colombe et de saint Loup de la crypte à la nef supérieure afin de leur donner une place de choix. Ces reliques furent alors enveloppées dans une étoffe orientale décorée de médaillons à lions affrontés. Les morceaux de cette étoffe furent retrouvés dans les châsses au XIXe siècle et sont encore visibles aujourd'hui.
Les épreuves ne furent cependant pas épargnées à l'abbaye Sainte-Colombe suite aux pillages des Sarrazins en 731, un incendie en 936, la guerre de Cent Ans; les guerres de Religion qu virent le cloître détruit par les Huguenots et les abus divers dont son patrimoine fut l'objet, notamment au XVe siècle.
Notons que cette abbaye cistercienne Sainte-Colombe de Sens fut notamment dirigée par l'abbé Thibaut qui était le fils de Hugues de Payns, fondateur de l'ordre des Templiers et que, comme par hasard, il est arrivé que des Templiers se réunissent à Soulme et perpétuent la tradition dans l'église Sainte-Colombe...
L'abbaye de Sainte-Colombe vit passer d'autres célèbres personnages parmi lesquels nous ne citerons que saint Thomas Becket, archevêque exilé de Cantorbéry, qui y trouva refuge de 1166 à 1170 ainsi que le roi Louis IX - Saint Louis - qui y descendit la veille de son mariage à la cathédrale de Sens le 27 mai 1234.
Le maintien de l'abbaye durant toute cette période put être sauvegardé grâce notamment à l'abbatiat de Robert de la Ménardière au XVIe siècle et, au siècle suivant, grâce à un certain nombre de réformes qui l'empêchèrent de tomber en décadence comme d'autres monastères au XVIIIe siècle.
L'abbaye de Sainte-Colombe-lès-Sens à la fin du XVIIe siècle
Toute l'histoire de l'abbaye, reconstruite au XVIIe siècle, fut balayée par la suppression des ordres religieux et la vente de leurs biens, décidées par les Révolutionnaires en 1790. En 1792, les nouveaux propriétaires de l'église abbatiale et de ses dépendances les firent disparaître en les transformant en carrière de pierres. Seule l'hôtellerie des XVIIe et XVIIIe siècles, qui constituait l'aile nord, a échappé aux démolisseurs et est encore visible aujourd'hui.
L'abbaye de Sainte-Colombe en 2019.
En 1842, les vestiges de l'abbaye voisine furent rachetés par la congrégation de la Sainte Enfance de Jésus et de Marie qui reconstruisit une nouvelle église sur l'ancienne crypte qui subsistait. La crypte fut inaugurée en 1853 et l'église de style néo-gothique, due à l'architecte M. Lefort, fut consacrée en 1874. Commencés en 1893, les bâtiments conventuels furent achevés en 1900.
L'abbaye devint un lieu d'enseignement pour les jeunes filles et un hôpital, mais, de moins en moins nombreuses et vieillissantes, les religieuses durent quitter l'endroit en 1992. Aujourd'hui, l'endroit est toujours connu sous le nom de Clinique Sainte Colombe et Lycée professionnel et Institut de Formation de Sainte-Colombe.
L'église néo-gothique du XIXe siècle surmonte la crypte qui contient le tombeau et les reliques de sainte Colombe.
Les reliques de sainte Colombe et de saint Loup font actuellement partie du trésor de la cathédrale Saint-Etienne de Sens où d'autres reliques des premiers martyrs chrétiens furent mis à jour en 1008 par l'archevêque Lierri qui découvrit également un morceau du bâton de Moïse...
La crypte de l'actuelle chapelle Sainte-Colombe à Saint-Denis-lès-Sens comporte en son centre un enclos carré, entouré d'un muret entre quatre colonne, où un plancher recouvre l'endroit où a été découvert le tombeau de sainte Colombe. Au siècle dernier, avant la construction de l'actuelle chapelle Sainte-Colombe, le site a donné lieu à des fouilles archéologiques qui ont mis à jour des matériaux qui semblent dater de l'époque gallo-romaine et seraient issus d'une sépulture primitive.
La châsse en bois doré de la sainte, jadis conservée en la cathédrale de Sens, se trouve au centre depuis 1971. Elle date de 1853 et succède à plusieurs oeuvre d'orfèvrerie aujourd'hui disparues dont la première était due à saint Eloi.
Cette châsse du XIXe siècle contient un reliquaire plus ancien constitué d'un coffre en bois recouvert d'un double parchemin dans les tons rouges et blancs constituant une étoffe orientale décorée de médaillons aux lions affrontés. Les morceaux de cette étoffe furent retrouvés dans les châsses au XIXe siècle. En outre, le coffre est fermé par des ferrures qui seraient du VIIe et du XIIIe siècles.
Les reliques de sainte Colombe, contenues dans ce reliquaire, ont été à plusieurs reprises inventoriées et authentifiées.