L'évangélisation des campagnes fut une œuvre de longue haleine. Pour faciliter la tâche, les diocèses furent implantés suivant les limites des civitates, les cités romaines. Les paroisses, quant à elles, respectèrent les limites des domaines mérovingiens et carolingiens.
L'évangélisation de nos régions est, au départ, un phénomène essentiellement urbain qui se développa dans les villes de Cologne et de Trèves. Saint Servais, le premier évêque connu, résidait à Tongres au IVe siècle.
Au VIe siècle, c'est le début d'un renouveau des activités épiscopales. Les évêques ne résident plus à Tongres, mais à Maastricht et séjournent épisodiquement à Huy, Namur, Dinant et Givet. La Meuse devint donc, essentiellement aux VIIe et VIIIe siècle, l'axe d'évangélisation du diocèse. Cette évangélisation avait été opérée par des missionnaires aquitains, originaires du nord-ouest de la France, et des moines anglo- saxons, plus généralement dénommés scotti. Parmi eux, citons saint Remacle à Stavelot, saint Hadelin à Celles et saint Monon à Nassogne.
On assiste alors à une véritable efflorescence monastique. De 625 à 650, apparaissent les abbayes de Nivelles, Stavelot et Fosses et, dans la seconde moitié du VIIe siècle, celles de Leuze, Mons, Saint-Ghislain, Soignies, Aulne, Lobbes, Moustier, Flalonne, Andenne et Celles.
A côté de l'Eglise séculière apparaît donc une Eglise régulière, composée de communautés vivant selon une règle monastique. On constate une forte densité de ces monastères dans la partie romane des diocèses de Tournai, Cambrai et Maestrich. La raison en est bien sr la forte densité de population qui favorisa un important recrutement, mais aussi la nature et la configuration du sol qui permirent l'implantation de grands domaines bien organisés. Leurs propriétaires, souhaitant gagner les grâces du ciel, firent aux monastères d'importantes donations. Ces nouvelles institutions religieuses s'intégrèrent donc rapidement à la vie civile en devenant, tout comme les grands seigneurs, propriétaires fonciers.
L'apparition du christianisme influença considérablement les rites funéraires: à partir de la fin du VIIe siècle, on renonça progressivement aux rites d'abandon d'objets funéraires dans les sépultures. Dans nos campagnes, il existait à l'époque de nombreux petits édifices à la fois funéraires et religieux souvent constitués d'une nef et d'une abside. On en a notamment retrouvé des vestiges à Wancennes, Franchimont, Flavion, Couvin, Lavaux-Ste-Anne, Feschaux.
Comme nous l'avons vu, la présence d'une population chrétienne dans le sud de l'Entre-Sambre-et-Meuse est attestée par les découvertes archéologiques faites dans les nécropoles de la région. Cette christianisation est de plus attestée dès le VIIe siècle par un texte qui affirme que la villa notissima d'Anthée appartenait à une dame qui fit don à saint Hadelin d'une partie de ses biens situés à Rostenne. On a également retrouvé à Anthée un petit édifice religieux à abside, entouré d'un mur de clôture, et situé à 3m. de la FONTAINE SAINT-REMI. Cette chapelle datant du début du christianisme se trouve au flanc d'un vallon, à 30 m. de la célèbre villa romaine. On y a également découvert plusieurs tombes paléo-chrétiennes.
A l'époque carolingienne l'expansion du christianisme justifia l'agrandissement de nombreux oratoires mérovingiens qui furent de nouveau agrandis au IXe siècle. Entre le VIIIe et le Xe siècle, de nouvelles congrégations religieuses furent fondées: Saint-Hubert, Hastière, Brogne, Gembloux, Muno, Waulsort, Saint-Laurent et Saint-Jacques à Liège, Florennes, Orval et Saint-Martin à Tournai.
En 816, les autorités carolingiennes avaient imposé à tous les chapitres de l'Empire une loi unique et, l'année suivante, l'observance bénédictine avait été imposée à tous. Ces mesures rendirent une certaine uniformité à l'expansion du christianisme qui, jusque là, s'était plutôt développé dans la confusion.
Les souverains carolingiens firent d'importantes donations foncières aux abbayes et aux chapitres et leurs concédèrent également d'importants privilèges. En contrepartie, ils mirent la main sur l'appareil administratif de l'Eglise dont ils désignaient eux-mêmes les chefs. Certaines abbayes étaient d'ailleurs parfois dirigées par des abbés laïcs. Cette sécularisation de l'autorité et des biens de l'Eglise, conjuguée à la menace des invasions danoises et normandes, a souvent servi pour justifier la décadence et la désorganisation monastique et canoniale de nos régions. Une autre explication peut aussi se trouver dans le morcellement de l'autorité ecclésiastique.
Le territoire de notre Wallonie actuelle était alors divisé en quatre évêchés: Tournai, Cambrai, Liège et Trèves. Les diocèses, installés suivant les anciennes limites administratives romaines, ne tenaient comptent ni des frontières linguistiques, ni des limites territoriales et politiques, provoquant ainsi une particulière complexité et une infinie variété dans la superposition des droits seigneuriaux et ecclésiastiques. A l'intérieur du diocèse, les paroisses se développèrent en fonction des progrès dans les défrichements, de l'essor de l'agriculture et de l'économie, mais aussi de la croissance démographique. Aux Xe et Xle siècle, les paroisses furent regroupées en doyennés et les doyennés en archidiaconés.
Ce développement de l'appareil administratif de l'Eglise se Justifiait évidemment par l'expansion du christianisme dans les campagnes, mais aussi par une expansion démographique importante. Parallèlement à la création de nouveaux lieux de culte, on assista cependant à la fragmentation de certaines paraisses.