202601 - Camille MILLET, le Lilasien BÉATIFIÉ - racines du 93 - généalogie & histoire locale
202601 - Camille MILLET, le Lilasien BÉATIFIÉ - racines du 93 - généalogie & histoire locale
Le 20 juin 2025, le pape Léon XIV signait le décret de reconnaissance du martyre de 50 jeunes français, tués "en haine de leur foi", dans l'Allemagne nazie de 1944-1945. Ils étaient prêtres, séminaristes, militants de l'Action Catholique ou des Jeunesses Ouvrières Chrétiennes, Scouts de France. Parmi eux, le Lilasien Camille Millet. Ils avaient tous répondu à l'appel du Cardinal Suhard et de l'abbé Jean Rodhain. Ce qui allait s'appeler la mission Saint-Paul leur demandait d'aller porter un secours religieux à leurs camarades partis sous la contrainte du Service du Travail Obligatoire. Le gouvernement de Vichy venait d'accéder à la demande de Berlin d'envoyer des milliers de jeunes travailleurs français, remplacer une génération entière d'ouvriers et d'agriculteurs allemands, enrôlés par la Wehrmacht. Il fallait bien combler l'absence de ceux qui partaient se faire tuer sur le front russe. L'autorité allemande ayant de plus interdit à son clergé d'exercer son ministère auprès des français du STO, les volontaires catholiques venus de France savaient en partant que c'était pour un apostolat clandestin, sans aucune protection.
Les Millet sont installés depuis 1926 aux Lilas, au 64 rue de Noisy-le-Sec. Ils sont alors loin de se douter du destin tragique de leur second fils. D'origine modeste, c'est le travail qui les guide. Ils seront ainsi cuisiniers chez un restaurateur à Château-Thierry puis à Vertus. Une fois arrivés aux Lilas, les témoignages manquent pour déterminer si les deux garçons de cette famille pratiquante ont été à l'école paroissiale (Saint-Louis) ou à l'école publique (Waldeck Rousseau). Par contre on peut penser qu'ils ont fréquenté le patronage du Père Piquet. Celui-ci, après s'être consacré aux chiffonniers exploités de la zone, venait d'être nommé dans notre paroisse. Une chance car c'est sous l'impulsion de ce curé de 45 ans que fleurit une gerbe d'œuvres éducatives et sociales à l'attention des jeunes: patronage d'abord, mais aussi colonie de vacances, scoutisme, groupe théâtral, chorale, cinéma des familles, dispensaire paroissial.
La famille s'agrandissant, elle migre vers Ivry-sur-Seine, où un ensemble de HBM a été construit spécialement à l'attention des familles nombreuses. C'est le 173 route stratégique (rue Marcel Hartmann actuelle), un melting-pot de toutes les origines: sociales, géographiques, politiques. Camille devient animateur de colonie de vacances, suivant en cela le chemin de son frère aîné, Lucien. Guidé par sa foi, il milite à la Croisade eucharistique, avant d'adhérer à la JEC (Jeunesse Étudiante Chrétienne). Pendant ses études à l'École d'Horticulture du Breuil, au bois de Vincennes, il rejoint la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne), un mouvement catholique et apostolique, en pleine expansion. Les jeunes militants y partagent la conviction de devoir établir une société nouvelle, plus juste et plus fraternelle. Au début de la Seconde Guerre mondiale, il a terminé ses études et est d'abord embauché chez un maraîcher, puis chez un horticulteur de la rue de l'Égalité, à Ivry. La JOC est interdite à partir d'août 1940 par le régime de Vichy, mais il continue de militer clandestinement. Il devient même responsable de la section jociste d’Ivry en novembre de la même année.
En 1942, Camille se porte volontaire pour prendre la place d'un père de famille requis pour le STO. Il veut lui épargner un exil loin des siens: "Je pars à ta place, je suis célibataire". Le 21 décembre, son train part au cœur de l'Allemagne, en Thuringe. A Erfurt, il est affecté chez un horticulteur où il est d'abord le seul français. Un jeune gars de la région parisienne, horticulteur d'orchidées et bon catholique, le rejoindra heureusement en juillet. Entretemps il a pu bénéficier d'une permission en juin, durant laquelle il s'est fiancé avec Marcelle Hareau, rencontrée au "173". A cette époque, il s'imaginait encore un avenir! Il écrit régulièrement de nombreuses lettres à sa famille. Il y parle peu des difficultés de son existence et de ses 12 heures de travail quotidien, mais plus de ses résultats dans l'organisation de cellules catholiques. Comme en août : "la section marche à bloc" ou en septembre "rencontres avec d'autres dirigeants jocistes de Thuringe et même de Saxe". Vient le déclenchement de la persécution avec l'ordonnance Kaltenbrunner du 3 décembre 1943 et les circulaires d’application de l’Office central de sécurité du Reich le 15. Visant les éléments subversifs infiltrés de l'action catholique française, il y est préconisé d'emprisonner ou de déporter les éléments actifs, auteurs d'activités antiallemandes ou d’espionnage. Pourtant, lors de sa dernière permission en France, en février 1944, Camille n'envisage même pas de se soustraire à son obligation de retourner en Allemagne. Il veut rester auprès de ses camarades déportés du travail, et poursuivre l’action jociste parmi eux. Les messes clandestines et les soirées de prière continuent. C'est dans ce contexte qu'il est arrêté le 19 avril 1944 et incarcéré dans la prison de Gotha, avec 11 camarades jocistes, scouts, séminaristes ou prêtre. Le 25 septembre, Berlin prononce sa condamnation pour "atteinte à la sécurité de l'État allemand". Le 12 octobre, il est déporté au camp de concentration de Flossenbürg en Bavière, puis au camp annexe de Zwickau en Saxe. L'avancée des troupes alliées, le fait renvoyer à Flossenbürg, où la dysenterie et les nombreux abcès finissent de l'affaiblir irrémédiablement. Il décède le 15 avril 1945, juste 8 jours avant la libération du camp par les Américains.
Dimanche 14 décembre 2025, le père Marcio Pena, célébrait une messe d'action de grâce en mémoire de Camille Millet, dans notre église Notre-Dame-du-Rosaire. La veille, il était à Notre-Dame-de-Paris, en tant que curé des Lilas. Avec le chœur des prêtres dans le cloître, et tous les fidèles assemblés dans la nef, il a pu voir arriver la modeste croix d'immortelles que Camille avait confectionnée 80 ans plus tôt. C'était peu de temps avant le départ de Gotha. Le jeune horticulteur avait réussi à cueillir une poignée de ces fleurs chez un maraîcher où il travaillait, à les introduire dans la prison malgré les fouilles et à les tresser en forme de croix chrétienne. L’abbé Lecoq la suspendit alors au mur de leur grande cellule commune et la bénit. Chaque soir, ils priaient devant elle, et -mystère total- aucun garde, aucun nazi, n’y toucha. La veille de leur départ de la prison, les douze détenus se recueillaient encore devant elle, dans un dernier moment de fraternité et de foi, avant d'être dispersés dans les camps; seulement quatre rescapés en revinrent. La croix d'immortelles est ensuite parvenue intacte jusqu'à nous, à la suite d'un incroyable périple, passant par une boîte de biscuits américains, par le curé de Saint-Malo et par l'interview de son dernier dépositaire en 2013. C'est ainsi qu'a pu être présenté à la vue du monde entier, dans la cathédrale Notre-Dame-de-Paris, ce bien frêle objet, rare témoin concret de l'histoire de ces 50 jeunes français, condamnés et tués par l'Allemagne nazie, "en haine de leur foi". Camille Millet, jeune Lilasien de 23 ans, était des leurs.
Généalogie en ligne sur Geneanet = https://gw.geneanet.org/racinesdu93_w?n=millet&oc=0&p=camille+paul+lucien
Posts des 19-20-21 décembre sur notre groupe facebook = https://www.facebook.com/groups/racinesdu93 = fb1 fb2 fb3 fb4 fb5 fb6
Magazine infoslilas daté de janvier 2026 = bientôt en ligne sur https://www.ville-leslilas.fr/vie-citoyenne/publications/#2-30-infos-lilas
Enregistrement AUDIO sur notre chaine hearthis = bientôt en ligne sur https://hearthis.at/racinesdu93/
Documentation réunie sur notre site racines du 93 = https://sites.google.com/site/racinesdu9302/histoires/202601-camille-millet/202601-doc
Cette histoire intégrale sur notre site racines du 93 = https://sites.google.com/site/racinesdu9302/histoires/202601-camille-millet
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VIDEO de la Messe à Notre-Dame-de-Paris du samedi 13 décembre 2025 14:00 diffusée sur KTO
rediff sur KTO https://www.youtube.com/watch?v=J84PttYMh1k
annonce du diocèse https://dioceseparis.fr/messe-de-beatification-de-raymond.html
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A LIRE
Biographie du Maitron
Mission en Thuringe, au temps du nazisme de Paul Beschet, éditions à pleine vie, jan 1989
La Croix d'Immortelles
article 20250728 rennes.catholique.fr https://rennes.catholique.fr/actualite/447665-beatification-des-50-martyrs-francais-a-notre-dame-de-paris-veillee-de-priere-autour-de-la-croix-dimmortelles/
photos rennes https://rennes.catholique.fr/wp-content/uploads/sites/11/2025/11/croix-immortelles-marcel-callo-bd-e1763733727831.jpg
https://resistchretfmorin.wordpress.com/la-croix-dimmortelles/
50 MARTYRS
Liste des 50 martyrs par Charlotte Reynaud https://dioceseparis.fr/fideles-jusqu-a-la-mort.html
Mgr Bernard Ardiora postulateur de la cause des Martyrs du S.T.O. https://dioceseparis.fr/rencontre-avec-le-postulateur-de.html
Le Pape reconnaît le martyre de cinquante Français tués par les nazis https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2025-06/pape-leon-martyrs-beatification-france-resistance.html
Béatification de Raymond Cayré, Gérard-Martin Cendrier, Roger Vallée, Jean Mestre et de leurs 46 compagnons https://dioceseparis.fr/-beatification-de-raymond-cayre-.html
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