Auntie Marthe (Tante Marthe)
Née à Clères le 4 novembre 1893 au sein d'une fratrie de trois filles, Marthe est la fille de l'ancien régisseur du château du bourg. Très vite fascinée par l'Angleterre, elle commence des études de pharmacie et travaille comme préparatrice à Rouen, tout en tenant un commerce de fleuriste rue Beffroy, approvisionnée chaque matin par sa mère horticultrice à Déville-lès-Rouen.
Après un premier mariage avec Franck Venton Thomas en 1920, veuve, elle épouse en secondes noces en 1923 John Howey, un ancien soldat britannique. Le couple s'installe d'abord au Petit-Quevilly, passe par Paris, puis a un coup de foudre en 1937 pour le Petit-Appeville, près de Dieppe, où il bâtit la maison de ses rêves. Mais le conflit éclate. Engagée dans la Croix-Rouge britannique, Marthe réussit in extremis à franchir la passerelle du dernier navire-hôpital à Saint-Malo, flanquée de son inséparable bicyclette.
Installée à Billingham, dans le nord-est de l’Angleterre où son époux travaille pour Imperial Chemical Industries, Marthe multiplie les missions. Au sein du Women's Voluntary Service (ce qui lui vaut la Civil Defence Medal en 1941) et de la Y.M.C.A., elle sert plus de 700 000 tasses de thé dans les « British Restaurants » !
Toujours juchée sur sa monture aux yeux des 30 000 habitants de la ville, elle mobilise les consciences britanniques :
Organisation de « soirées françaises » pour financer l'aide aux démunis de la région dieppoise et du Petit-Appeville.
Accueil chez l'habitant de permissionnaires des Forces Françaises Libres.
Entretien et marrainage de 64 tombes militaires de marins et d'aviateurs français dans les cimetières du nord-est de l'Angleterre, pour le compte du Souvenir Français.
Avant leur fuite, le couple avait pris soin d'enterrer des affaires dans son jardin en France. Après-guerre, ils revinrent déterrer leurs trésors, dont des fourchettes à cornichons en argent que Marthe distribuera plus tard à ses proches !
Établie après les hostilités à Newhaven — où son mari John devient conseiller municipal —, « Tante Marthe » marque des générations de voisins par son accueil chaleureux, son accent français inimitable et son élevage de Toy Yorkshire Terriers. Les enfants du quartier courent ses commissions... ou lui glissent, pensant bien faire, des poches entières d’escargots vivants par la fente de sa boîte aux lettres ! Derrière ces anecdotes tendres de quartier se cache le souvenir d'une grande patriote, dont le dévouement a relié sans relâche les deux rives de la Manche.