Priant de Claude Groulart, cathédrale de Rouen (chapelle Saint-Étienne)
Né vers 1551 à Dieppe, au sein d'une riche famille bourgeoise, Claude Groulart acquiert la terre de Montville à la suite de son second mariage avec Barbe Guiffard, célébré en octobre 1584. En devenant baron de Montville, il entreprend d'émanciper son nouveau domaine. À cette époque, la baronnie dépendait encore du comté de Tancarville et du puissant duché de Longueville, ce qui plaçait de fait sa justice sous la tutelle du bailli de Longueville.
Grâce à sa position de magistrat de premier plan et à l'amitié de confiance qui le liait au roi Henri IV, Groulart sollicite et obtient une faveur rarissime. Par des lettres patentes signées en mai 1603, le souverain sépare définitivement la baronnie de Montville des juridictions de Tancarville et de Longueville. Montville devient alors une haute cour de justice indépendante, dirigée par son propre bailli, dont les appels ressortissent directement et librement devant le Parlement de Rouen. Dans son testament rédigé en 1602, le baron estime la valeur de sa baronnie de Montville (avec Gruchy) à 2 500 livres, et la lègue à son fils aîné, prénommé également Claude. La famille Groulart conservera Montville jusqu'à sa vente par son petit-fils en 1648 au conseiller Alexandre Bigot.
L'influence du baron de Montville dépasse largement les frontières de ses terres. Juriste formé à Genève auprès du célèbre érudit Joseph Juste Scaliger – où il se distingue en traduisant des auteurs grecs comme Lysias –, il est nommé premier président du Parlement de Normandie en 1585, poste qu'il occupera sans relâche jusqu'à sa mort en 1607.
Durant les troubles de la Ligue, il reste d'une loyauté absolue au pouvoir royal. Il maintient le Parlement en exil à Caen, loin de la rébellion de Rouen, et conseille dès 1591 à Henri IV d'assiéger la capitale normande. Il va jusqu'à avancer personnellement, avec des alliés, cinquante mille écus au monarque pour soutenir l'effort de guerre. Homme de lettres passionné, il restaure en 1595 la célèbre académie des Palinods à Rouen, tombée dans l'oubli pendant les guerres de religion.
S'il demeure célèbre aujourd'hui, c'est aussi pour sa vision avant-gardiste de l'assistance publique. Faisant honneur à sa devise « Toujours faire le bien », il bouleverse la prise en charge de la misère. Constatant la multiplication des indigents dans les rues, il achète sur ses propres deniers, en 1602, un vaste terrain marécageux dans le quartier de la Maréquerie pour 3 900 livres. Il y fait édifier les premiers bâtiments du Bureau des pauvres valides, destiné à accueillir, loger et encadrer les miséreux par le travail. Cette fondation fondatrice est l'ancêtre direct de l'imposant Hôpital Charles-Nicolle que nous connaissons aujourd'hui.
Décédé le 3 décembre 1607, Claude Groulart laisse le souvenir d'un administrateur hors pair. Ses armoiries, « d'azur à trois châteaux d'or », et son majestueux mausolée en marbre blanc – où il est représenté agenouillé en prière face à son épouse gisante – ont été précieusement sauvegardés et sont aujourd'hui conservés dans la chapelle Saint-Étienne de la cathédrale de Rouen. Ils témoignent pour l'éternité de la grandeur de ce baron de Montville qui voua sa vie à la justice et à la charité.