Hilaire Boucher (1885-1962) dit Valentin, tenant les rênes et Georges Marest à coté de son épouse
La diligence de Cailly n'est pas un simple moyen de transport ; c'est un vestige vivant des « antiques pataches du bon vieux temps ». Basse sur ses roues souvent crottées, large et trapue, elle se distingue par sa caisse jaune serin, rappelant les voitures de Sèvres immortalisées par Géricault.
Sur le plan technique, cette voiture est particulièrement complexe :
Le coupé : Situé à l'avant, il offre trois places privilégiées.
L'intérieur : Il peut accueillir six passagers.
La rotonde : À l'arrière, elle propose trois places au tarif le plus économique.
L'impériale : Elle surmonte le coupé et accueille les bagages ainsi que le cocher sur sa banquette haute.
Deux lignes principales desservent la commune :
La ligne Cailly-Rouen : Menée par le célèbre père Douyer, elle rejoint la place Beauvoisine. Douyer est une figure locale dont la complaisance est légendaire ; il n'hésite jamais à repartir, même par temps difficile.
La ligne Cailly-Morgny : Assurée par le père Marest depuis 1867, elle permet de rejoindre la gare de Morgny sur la ligne de chemin de fer Rouen-Amiens.
L'année 1895 est tragique pour ces services : les deux conducteurs, Douyer et Pierre-Antoine Marest, meurent à quelques mois d'intervalle. Si la presse de l'époque annonce alors la disparition définitive de la diligence de Cailly, une exploitation subsiste sous la direction de Georges Marest.
Le service de diligence survit encore près de deux décennies. Cependant, l'histoire n'est pas interrompue par la technologie, mais par la Grande Guerre. En 1914, le dernier conducteur de la voiture, Hilaire Boucher (dit Valentin), est mobilisé. Son départ au front marque l'arrêt de mort définitif du transport hippomobile régulier à Cailly. La diligence reste alors remisée comme le symbole d'une époque révolue.
Pourtant, dès 1884, les signes du futur apparaissent sur la place du marché. L'ingénieur Edouard Delamare-Deboutteville y effectue, grâce à Léon Malandin, des essais avec son break de chasse motorisé. Bien que l'inventeur normand se concentre par la suite sur les moteurs industriels, ce face-à-face entre le moteur à explosion et la diligence du père Marest reste le symbole saisissant du passage d'un siècle à l'autre.