Le destin d’André Martin ne laisse personne indifférent. Né en 1926 à Vichy, cet enfant naturel, confié à l’Assistance publique dès l’âge de deux ans, connaît une enfance marquée par la maltraitance et l'absence d'amour. Pourtant, de cette « absence d'enfance », l'homme tire une force morale exceptionnelle qui le mène aux plus hautes responsabilités locales et nationales.
Le parcours d'André Martin bascule grâce à des rencontres décisives. Alors qu’il vit une adolescence désespérée — au point de tenter de mettre fin à ses jours en se jetant dans l’Allier — la main d’un passant le sauve. C’est surtout son instituteur qui, décelant son intelligence, le pousse à se battre pour échapper à sa condition. Soutenu par la famille Berliot, une famille d’adoption chaleureuse, il entreprend des études et choisit, par vocation, de devenir à son tour instituteur.
En 1944, alors étudiant au lycée Corneille de Rouen, il est témoin des terribles bombardements qui ravagent la ville. Jeune pensionnaire, il participe au dégagement des corps et des blessés des décombres, une expérience qui le marque à vie et renforce son humanisme. Diplômé en 1947, il s'installe à Montville où il débute sa carrière d'enseignant engagé.
Sa carrière politique, riche de seize mandats, est indissociable de son action sociale. Maire de Montville en 1959, puis conseiller général, député et sénateur, André Martin place le logement et l'enfance au cœur de ses priorités. En tant que président de l'office départemental des HLM, il œuvre pour la reconnaissance du droit à l'habitat. Sa collaboration avec le ministre Roger Quilliot permet d'ailleurs l'élaboration de la loi de 1982, pilier des rapports entre locataires et bailleurs.
Son attention se porte également sur les enfants placés. Président du centre de l’enfance de Canteleu, il innove en créant des structures permettant de ne plus séparer les fratries, une révolution dictée par sa propre expérience de l’abandon.
Bien que son évolution politique du socialisme vers le centre-droit ait pu surprendre, elle semble guidée par une volonté d'efficacité pour les plus démunis. En 1993, il accède à la présidence du Conseil général de Seine-Maritime, succédant à Jean Lecanuet. Il occupe cette fonction avec courage jusqu’à sa mort, en novembre de la même année, emporté par la maladie à 67 ans.
André Martin laisse derrière lui l'image d'un homme qui, selon ses propres mots, s'est « construit » seul, transformant sa souffrance intime en un moteur inépuisable pour la justice sociale.
« André Martin : une vie construite, 1926-1993 » de Jean-Louis Richard, Yvette Martin - livre édité en 1999 par l’association des amis d’André Martin