Les canadien entrent dans Cailly le 31 aout 1944 (crédit AHPHC)
L’ombre de la Grande Guerre plane déjà sur leurs foyers. Le père de Claude, George, garde dans sa chair un éclat d’obus du Chemin des Dames qui le fait souffrir chaque printemps. Cet héritage imprègne l'atmosphère familiale d'une méfiance viscérale envers l’occupant. En juin 1940, la peur jette les familles sur les routes. Marie-Thérèse fuit vers la Creuse dans un convoi de camionnettes, tandis que la famille de Claude, bombardée près de Caudebec, doit rebrousser chemin pour découvrir sa ferme pillée.
Malgré les combats, la vie sociale tente de subsister. À l’école de Cailly, sous l’autorité de l’instituteur « très bon mais sévère », jusqu'à cinquante élèves s'entassent dans des classes surchargées. Entre deux dictées, les enfants doivent balayer le plancher et frotter les tables en bois. Mais dehors, le décor change radicalement : les Allemands démontent les Halles pour y garer leurs camions et l'état-major réquisitionne les maisons bourgeoises, forçant les habitants à la cohabitation.
Le danger s'insinue dans les gestes les plus banals. Le couvre-feu est implacable : Claude se souvient des soldats allemands brisant des vitrines d'un coup de crosse à la moindre lueur filtrant d'une couverture mal ajustée. La menace vient aussi du ciel. Un jour, alors qu’il livre du lait, Claude échappe miraculeusement à une rafale de mitrailleuse d’un avion allié : les balles sifflent juste derrière son dos alors qu'il se retourne pour servir une mesure.
Grandir sous l’Occupation, c’est aussi apprendre le secret et la résistance passive. Pendant un an et demi, la famille Archeray cache « Jean », un Polonais évadé des chantiers souterrains, qui dort dans une grange pour échapper aux patrouilles. À la Libération, en août 1944, l’enfant laisse place au jeune homme : Claude, âgé de 16 ans, et son protégé polonais capturent eux-mêmes douze soldats allemands dans le village avant de les remettre aux troupes canadiennes.
Ces témoignages nous rappellent qu'entre 1939 et 1945, grandir signifie avant tout survivre et mûrir prématurément dans un monde où chaque jour est un défi.